Vitraulle Mboungou - Jusqu’au milieu des années 2000, l’Europe était la principale destination de nombreux Africains à la recherche d’une meilleure situation économique. L’histoire, la proximité et les relations privilégiées tissées après les indépendances entre les anciennes colonies et leurs colonisateurs étaient à l’origine de cette réalité.
Mais depuis, il y a eu les événements tragiques dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en octobre 2005 où 13 migrants africains ont trouvés la mort et des centaines d’autres blessés en tentant de pénétrer en Espagne par le Maroc. Après les lois européennes très restrictives sur l’immigration, beaucoup d’Africains désespérés débarquaient sur les côtes européennes à l’aide de pirogues ou de bateaux de fortune dans une traversée qui a souvent fini au fond de la méditerranée ou dans le désert marocain. Le phénomène de migrations semble donc depuis avoir pris une nouvelle dimension dans les relations entre l’Europe et l’Afrique. En effet, devant une Europe fermée sur elle-même qui verrouille ses frontières, les immigrés africains se retournent aujourd’hui vers d’autres destinations comme le Canada et les États-Unis qui semblent représenter le nouvel eldorado pour eux.
Contrairement à l’Europe, l’immigration africaine en Amérique du Nord est particulière dans le sens où elle est essentiellement composée de professionnels hautement qualifiés, si bien que certains pays sur le continent africain n’hésitent pas à parler d’hémorragie. Ainsi, selon des données disponibles sur le site de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) relatives aux stocks d’immigrés dans les pays développés, 46% des Africains qui immigrent aux États-Unis ont un niveau d’études supérieur. On trouve donc surtout de jeunes diplômés fraîchement sortis de l’université dans cette nouvelle génération d’immigrés venue d’Afrique qui est en train de creuser son sillon et de se faire une place dans le système nord-américain en accédant à des emplois qualifiés. Chose plus difficile à faire dans des pays européens comme la France où la discrimination à l’embauche contre les jeunes professionnels issus de l’immigration africaine, est devenue monnaie courante. Ce qui explique sans doute le taux de chômage particulièrement élevé (25% d’après les données de l’OCDE) dans ce groupe en France. Jugés responsables des maux, notamment économiques et sociaux (chômage, délinquance, violences, etc.) dont souffre l’Europe d’aujourd’hui, les immigrés en général et africains en particulier sont devenus des boucs émissaires des politiques sécuritaires et des enjeux électoraux de certains gouvernements européens.
C’est dans ce contexte que les grandes métropoles nord-américaines sont devenues des destinations privilégiées dans le choix de ces Africains à la recherche d’une meilleure situation professionnelle. Cette immigration relativement récente n’est donc plus effrayée par les stéréotypes véhiculés à propos des hivers insoutenables outre-Atlantique. Ainsi des villes comme Washington DC et New York aux États-Unis, ou encore Toronto et Montréal au Canada, sont devenues des chefs-lieux de l’immigration africaine. Reconnus comme terres d’immigration depuis leur fondation au XVIIe siècle, ces deux pays sont perçus comme un creuset multiethnique et multiculturel qui s’est constitué au fil des vagues d’immigration. C’est donc normal pour cette nouvelle génération d’immigrants africains hautement qualifiés de diriger leurs espoirs vers ces nations.
Les articles suivants pourraient aussi vous intéresser:
- Resserrer l’étau autour de la Maladie du ver de Guinée / Jimmy Carter et Margaret Chan vont annoncer une nouvelle campagne de financement pour éradiquer la maladie du ver de Guinée
- L'Afrique, nouvel eldorado pour les entrepreneurs du web et des téléphones
- Relations presse – Afrique – Interview de Nicolas Pompigne-Mognard au journal Les Afriques du 30 juin 2011: « L’APO ouvre des bureaux en Inde et en Chine »
- E-commerce : nouvelle donne pour les commerçants et les consommateurs
- L’Afrique : Le nouvel eldorado pour les télécommunications
- Afrique du Sud: les taxis collectifs veulent fonder une compagnie aérienne































