Vitraulle Mboungou - Depuis quelque temps, beaucoup de pays africains sont lancés dans la course aux investissements, notamment dans les domaines des infrastructures et de l’énergie. Selon l’institut national français d’études démographiques, le continent africain dont la population a franchi la barre du milliard d’habitants en 2009 (et devrait dépasser les deux milliards en 2050), aura besoin de raccorder tout ce beau monde en eau, en énergie et en réseaux de transport. Les projets allant dans ce sens ne cessent de se multiplier sur le continent. Malheureusement, ces projets, mis bout à bout, nécessitent un besoin colossal en capitaux. Or, l’Afrique ne reçoit jusqu’à présent que 2 à 3 % des investissements directs étrangers dans le monde (rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement). C’est pourquoi de plus en plus d’États africains cherchent désormais à mobiliser leur diaspora installée en Occident, pour accélérer le renforcement des capacités d’investissements et le développement.
En effet, ces dernières années en Afrique, les pouvoirs publics n’ont cessé de rechercher les moyens leur permettant d’amener leurs ressortissants établis à l’étranger à participer au développement de leur pays. Ils font appel à leur expertise et leur esprit d’entreprise en les incitant à investir dans les entreprises locales ou à servir de pont entre le milieu des affaires de leur pays d’accueil et celui de leur naissance, à participer à la société civile, etc. Les initiatives ne manquent donc pas sur le continent. Ainsi, a été créé le Forum de la diaspora africaine (FDA), sous l’impulsion de l’Union africaine (UA), pour permettre à la diaspora africaine de l’Union européenne, de s’engager concrètement dans la mise en place de processus qui sous-entendent un partenariat stratégique solide entre l’Afrique et l’Union européenne ou d’être un important groupe de pression susceptible d’attirer diverses sources de financements sur le continent. Le principal objectif du FDA est d’encourager les représentants de cette diaspora à réfléchir sur la manière dont ils pourront aider au développement de leur pays d’origine sans avoir nécessairement besoin de rentrer. Par exemple, certains membres de la diaspora ont fait construire des centres sportifs ou des établissements de santé en milieu rural.
Pour l’UA, l’Afrique est un nouveau territoire avec des potentiels économiques insoupçonnés, que sa diaspora devrait considérer plus sérieusement. Par ailleurs, elle estime qu’il est également du devoir et de la responsabilité de cette diaspora de l’aider à construire le continent qui les a vu naître, en créant par exemple des entreprises génératrices d’emplois avec l’aide des agences gouvernementales. L’UA mène également une politique d’incitation auprès des dirigeants africains afin qu’ils rencontrent, lors de leurs voyages en Europe ou en Amérique, les membres de cette diaspora africaine dans le but de renforcer leur sentiment d’appartenance au continent et leur faire comprendre l’importance de leur engagement.
La mobilisation de cette diaspora pour le développement du continent africain fait également partie des préoccupations de la Banque africaine de développement (BAD) qui encourage les États africains à intégrer la diaspora africaine dans leur agenda de politique nationale car elle représente « une valeur cachée dans la chaîne de valeur globale ». Elle a, de ce fait, organisé en mai dernier une rencontre pour réfléchir sur cette question où elle avait invité les représentants de la Chine, de la Corée du Sud et de l’Inde, pays souvent cités en exemple pour avoir réussi à transformer leur diaspora en facteur de moteur de l’industrialisation. Seung Hung Chun, président de l’Institut coréen d’études sur le développement pour qui l’industrialisation est le seul moyen d’accéder à la prospérité, a ainsi révélé que les membres de la diaspora hautement qualifiée avaient les capacités à travers l’industrialisation d’apporter la paix et la sécurité économique dans leur pays d’origine. Mais pour cela, les gouvernements doivent par exemple leur offrir des conditions d’investissements favorables et les utiliser comme modèle ou source d’inspiration pour les compatriotes restés sur place.
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