Vitraulle Mboungou - On appelle « deuxième génération d’immigrants », des personnes nées dans le pays d’accueil des parents immigrants où elles ont donc généralement grandi. Souvent, certains de ces jeunes s’identifient à la communauté ethnoculturelle du pays d’origine des parents, d’autres ont exclusivement un sentiment d’appartenance envers la société d’accueil de ces derniers tandis que d’autres encore se reconnaissent dans les deux pays et cultures. Le sentiment d’attachement de ces jeunes envers la culture du pays d’ origine des parents, vient en grande partie de leur éducation. En effet, beaucoup de parents qui ont conservé certains aspects de leur culture et traditions telles que la langue, les valeurs, la nourriture, la musique, etc. les transmettent à leur enfant.
En somme, si beaucoup des jeunes immigrants de deuxième génération s’identifient plus ou moins au pays ou à la région d’origine des parents, ils ne le font pas tous. Quoi qu’il en soit, tout cela entrave rarement l’appartenance de ces jeunes, dans leur ensemble, à la société qui a accueilli leurs parents et dans laquelle ils ont grandi.
On peut ainsi citer l’exemple de la France où ces « jeunes issus de l’immigration » comme on les appelle, sont sans cesse soupçonnés de « ne pas aimer la France » et de ne devenir Français à leur majorité, que pour des raisons utilitaires. On a pu le constater en 2001, au lendemain d’un match de football opposant la France à l’Algérie, au cours duquel l’hymne national français a été sifflé par les jeunes Français d’origine algérienne et en 2005, au moment des fameuses émeutes urbaines déclenchées à la suite de la mort de deux adolescents « issus de l’immigration » poursuivis par la police. Les hommes politiques, les médias et une partie de la population française ont alors reproché à ces jeunes, de rejeter la France ou simplement de ne pas se sentir Français au point que l’actuel président Nicolas Sarkozy, à l’époque Ministre de l’Intérieur, avait dit : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ».
Mais, Évelyne Ribert, chercheure au CNRS (Centre Nationale de Recherche Scientifique) a démontré dans son livre, Liberté, égalité, carte d’identité, les jeunes issus de l’immigration et l’appartenance nationale, paru en 2006, que ces accusations n’étaient aucunement fondées. En effet, suite à une enquête de terrain auprès de ces jeunes, elle a prouvé clairement que, certes, il y a un faible sentiment d’appartenance à la France, mais aussi de profondes attaches. Une attitude qui les rapproche de la majorité des autres jeunes Français. Et donc contrairement aux idées reçues, ils prennent la nationalité française à leur majorité (18 ans en France) car ils pensent souvent qu’elle va leur assurer l’égalité des droits avec les « Français de naissance », sans laquelle les jeunes ne pensent pas pouvoir faire décemment leur vie en France. Le but est donc égalitaire, non instrumental. En revanche, beaucoup de ces jeunes vivent très douloureusement le rejet dont ils peuvent se sentir victimes en France.
En conclusion, on peut affirmer que quelle que soit l’identité ou l’appartenance choisie par les jeunes immigrants de deuxième génération, ils considèrent que le pays où ils sont nés, est de fait leur pays car ils y possèdent leurs repères, sont liés affectivement à leur quartier, région ou province et adhèrent aux valeurs communes du pays.
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