Vitraulle Mboungou - L’Afrique perd chaque année un grand nombre de ses travailleurs les plus qualifiés au profit des pays du Nord. Ce phénomène de fuite des cerveaux ou d’exode des compétences n’est pas nouveau; il remonte à l’époque des indépendances dans les années 1960. Mais, il s’est surtout intensifié au cours de cette dernière décennie avec les politiques incitatives d’immigration de certains pays du Nord comme les États-Unis, le Canada et quelques pays européens. Les causes de cet exode massif des compétences sont à chercher dans la dégradation de la situation économique et sociale de nombreux pays africains et dans l’incapacité des gouvernements d’y faire face, ce qui pousse ces hommes et ces femmes à aller chercher de meilleures conditions de travail et de revenus, de vie tout simplement. Ils souhaitent, en somme, rentabiliser l’effort intellectuel et les moyens financiers qu’ils ont investis dans la construction de leur capital humain.
On a ainsi vu beaucoup d’Africains médecins, infirmiers, enseignants, chercheurs, ingénieurs, avocats, administrateurs, etc. ne pouvant s’épanouir ou s’assurer une vie meilleure, immigrer en masse vers les pays industrialisés ou développés qu’ils imaginent paradisiaques car ces derniers leur promettent monts et merveilles. En effet, les pays occidentaux comme la France et le Canada qui perdent également leurs cadres au profit des États-Unis, mènent depuis quelques années des politiques d’immigration très incitatives pour attirer à leur tour les cadres africains. L’immigration est donc devenue pour eux, une source importante pour la satisfaction de leurs besoins en main-d’œuvre qualifiée. Ces travailleurs africains hautement qualifiés candidats à l’immigration en Occident trouvent également leur motivation dans les « histoires merveilleuses » des compatriotes immigrés.
Seulement voilà, une fois dans le pays d’accueil, ils se rendent compte que l’absence d’opportunités de carrière n’est pas une réalité qu’en Afrique. Les mêmes personnes qui les ont poussés à venir pour leurs compétences, estiment qu’ils doivent retourner sur les bancs de l’école pour obtenir une équivalence de leurs diplômes car ces derniers ne sont pas reconnus. Ils découvrent alors l’austérité et la dureté d’une réalité souvent omise dans les discours des services d’immigration pendant leur opération de séduction et dans les récits des immigrants-vacanciers. Ils passent alors très rapidement du rêve à la désillusion. Ils prennent conscience que tous leurs diplômes et connaissances accumulées au fil des années, ne leur servent à rien. Beaucoup sont dépassés. Les médecins ou les avocats par exemple, se voient interdire d’exercer leur métier dans ces pays tant qu’ils n’ont pas passé ces fameuses équivalences. Certains de ceux qui acceptent cette condition se retrouvent parfois dans des situations absurdes où ils ont le statut de l’élève alors qu’ils en savent plus que l’enseignant.
C’est une situation très frustrante que beaucoup gèrent difficilement. Ainsi, les moins chanceux se résignent devant l’échec et végètent dans la clandestinité tandis que les plus obstinés reprennent les études et décident de changer brutalement d’orientation professionnelle, quelquefois pour un métier bien moins rémunéré. On se retrouve ainsi dans une situation de double gaspillage : les pays d’origine qui ont énormément investi dans leur formation les ont perdus et leurs nouveaux pays d’accueil ne les utilisent pas à leurs justes compétences.
Pour résumer, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus même s’il y a quelques success stories.
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