Vitraulle Mboungou - Héritage de l’ordre colonial, le français est la langue officielle d’une vingtaine d’États africains. Il a en effet été exporté et imposé par le colonisateur et après les indépendances, les anciens colonisés ont fini par se l’approprier. Depuis, cette langue tient une place importante sur le continent (administration, écoles) mais reste minoritaire sociologiquement car les Africains préfèrent parler au quotidien leur langue maternelle.
Elle pose ainsi un problème sérieux aux pédagogues qui se demandent s’il faut l’utiliser comme véhicule exclusif de l’enseignement, surtout dans les premières années de la scolarisation. Beaucoup de dirigeants africains ont suivi cette voie en la choisissant comme langue officielle estimant qu’elle pourrait être un facteur d’unification nationale dans des pays comptant plusieurs langues ethniques. Depuis l’époque coloniale, les Africains n’ont donc cessé d’avoir une attitude contradictoire à l’égard du français, mélange d’attirance et de méfiance, voire d’amour et de haine.
Preuve en est le nombre d’immigrants africains francophones qui immigrent dans les pays anglophones comme les États-Unis et affichent un certain attachement à cette langue. On peut citer l’exemple de certains d’entre eux qui sont installés à New-York ou ailleurs dans le pays et qui ont décidé de fonder des médias en français ou encore les nombreux universitaires-romanciers qui enseignent dans les départements d’Études francophones des plus grandes universités américaines.
Ainsi, la volonté de cette partie de la diaspora africaine francophone de faire en quelque sorte la promotion de la langue française en Amérique du Nord, continent où celle-ci est très minoritaire, illustre parfaitement ce paradoxe. Ces émigrants deviennent donc pour ainsi dire des « missionnaires de la francophonie » à l’heure où la langue anglaise tend à devenir une langue universellement « imposée ». Mais pourquoi s’accrocher autant à une langue longtemps reniée sur le continent africain, même encore aujourd’hui ? Est-ce-parce que pour beaucoup d’Africains, le français, synonyme d’ascension sociale, constitue le moyen le plus sûr d’accès au savoir et au pouvoir ? Ou est-ce- parce qu’il est un gagne-pain ?
Quoi qu’il en soit, il existe à l’inverse d’autres membres de cette diaspora qui refusent cette mission de défenseurs de la francophonie comme le demandait notamment le président français Nicolas Sarkozy à l’occasion d’une cérémonie célébrant le 40e anniversaire de l’Organisation Internationale de la Francophonie : « défendre notre langue, défendre les valeurs qu’elle porte, c’est au fond se battre pour la diversité culturelle de notre monde ».
À l’heure où il est question de la mondialisation, beaucoup d’Africains, notamment ceux de l’extérieur, pensent qu’il s’agit là d’une cause qui ne les concerne plus et au vu du comportement de la France envers ses immigrés d’origine africaine, ils ne veulent plus mener un quelconque combat aux côtés de cette dernière. Ils ne croient plus en cette Francophonie, en particulier lorsqu’ils pensent aux conditions d’obtention d’un visa dans les ambassades et consulats français en Afrique.
Voilà pourquoi beaucoup se tournent aujourd’hui vers les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et l’Australie et se détournent de la France et de sa langue. Ils ne cachent même plus leur colère et leur mépris pour tout ce qui vient de ce pays. Pour eux, celui-ci a terni sa propre image en Afrique et parmi les Africains de l’extérieur avec son mépris et son arrogance à leur égard.
Par conséquent, au moment même où la France ferme ses frontières aux ressortissants africains et crée un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale dont le but inavoué est de pratiquer une discrimination subtile et réelle contre tous ceux qui ne sont pas des « Français de souche », beaucoup d’Africains, aussi bien ceux du continent que ceux déjà installés là-bas, préfèrent se diriger vers l’Amérique du Nord, tournant ainsi le dos à la France et sa francophonie au profit de l’anglais. Le français arrive donc désormais comme deuxième langue chez bon nombre d’entre eux. On se demande ainsi : quel avenir pour la Francophonie sans les Africains?
Vitraulle Mboungou
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