Vitraulle Mboungou - De tout temps, l’Occident a toujours suscité beaucoup d’admiration chez beaucoup d’Africains, notamment chez les jeunes qui l’ont toujours idéalisé. Rêvant de s’y établir en quête d’une vie meilleure, bon nombre d’entre eux n’hésitent pas à prendre des risques inconsidérés, quitte à perdre leur vie. On se rappelle entre autres, au cours de cette dernière décennie, les fameux « bateaux de la mort », ces canots pneumatiques à bord desquels s’embarquaient de nombreux jeunes Africains dans le but d’atteindre les côtes européennes au péril de leur vie. Malgré les nombreux récits de naufrages de ces bateaux dans la Méditerranée ou la fermeture des frontières, européennes en particulier, l’envie de tenter l’aventure occidentale reste intacte chez beaucoup d’entre eux.
Derrière l’engouement de ces jeunes Africains pour l’Occident, se cache la recherche d’une meilleure reconnaissance sociale et d’un mieux-être que l’on s’imagine plus accessible là-bas. Frustrés par des situations socio-économiques et politiques désastreuses dans leurs pays, ils perçoivent le monde occidental comme ce lieu où l’on finit toujours par s’en sortir et où tout est possible. En somme, sortir de son pays pour aller vivre là-bas est devenu pour eux le seul moyen de s’élever socialement. Pourtant, beaucoup de ceux qui parviennent à passer les frontières n’accèdent pas forcément à cette réussite tant rêvée. En effet, nombreux sont les membres de la diaspora africaine qui, en raison de la non-reconnaissance de leurs diplômes notamment, n’arrivent pas à trouver un travail dans leurs domaines d’activités. Leurs compétences et leurs connaissances ainsi niées, ils sont souvent contraints d’enchaîner les « petits boulots ». Ils apprennent donc très vite la dure réalité de la vie en Occident. Comment dès lors expliquer le fait que ce phénomène de l’eldorado occidental continue à être aussi vivace à l’échelle continentale chez autant de jeunes Africains? Qui est à l’origine de la survie de ce mythe de l’Occident en Afrique?
D’abord, il y a les incursions momentanées des membres de la diaspora au pays pour « en mettre plein les yeux » à ceux qui sont restés, avec des valises pleines de cadeaux qu’ils apportent de leur pays d’accueil ou les maisons qu’ils font construire. Même s’ils se battent tous les jours pour leur survie en Occident, quand ils retournent chez eux, ils ont toujours l’air riche et heureux, donnant ainsi l’impression qu’ils ont réussi, dans le seul but de provoquer l’admiration de leurs compatriotes. Vu d’Afrique, l’Occident reste donc un monde merveilleux où l’argent « coule à flot ». C’est pourquoi beaucoup d’Africains comprennent difficilement que leur frère ou leur sœur immigrant puisse être quelquefois « à court d’argent ». Ensuite, le matérialisme occidental, véhiculé à travers les séries télévisées occidentales, fascine et séduit énormément les jeunes sur le continent. Avec l’arrivée d’internet et des bouquets satellites, beaucoup de ces jeunes sont bombardés au quotidien d’images en provenance d’Europe ou d’Amérique qui font la « propagande » de la vie en Occident. Comment ne pas être alors séduit par cette multitude de stars occidentales, surtout afro-américaines qui inondent ces chaînes de télévision, en particulier lorsqu’on est un jeune en mal de modèles locaux et de repères identitaires?
Enfin, le spectacle des touristes sur les plages de certains pays africains comme le Sénégal, la Tunisie ou le Maroc, qui se détendent au soleil toute la journée ou se promènent dans leurs voitures climatisées, pousse indirectement les Africains à vouloir immigrer en Occident pour profiter également de toutes les opportunités que celui-ci offre.
En conclusion, on pourrait assimiler tout cela à une pièce de théâtre ou à un film où tout le monde joue un rôle en portant des masques, des costumes, et dont l’accès dans les coulisses est interdit au public ou au spectateur. Pour autant, les jeunes Africains ne sont pas naïfs de certaines réalités occidentales mais ils sont persuadés que leur situation là-bas ne pourrait pas être pire que dans leur pays. En effet, beaucoup d’entre eux ont cumulés des diplômes universitaires en croyant comme tout un chacun qu’ils trouveront un emploi en fonction de leur compétence. Mais à la place, ils se retrouvent sans activité et aucune perspective d’avenir professionnel au point que certains vont jusqu’à vendre des « babioles » à la sauvette au marché.
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