Vitraulle Mboungou - Beaucoup d’immigrés africains installés en Occident ne se voient pas passer leurs vieux jours dans leur pays d’accueil. En effet, même s’ils parviennent à bien s’y intégrer, ils gardent constamment en tête l’idée d’un retour au pays. Pour eux, cela va de soi. Ainsi, la perspective de vieillir dans ces pays n’est pas toujours sous-entendue d’office, surtout que beaucoup d’entre eux laissent femmes et enfants pour venir tenter l’aventure européenne ou américaine. Mais en réalité, après une vie passée à travailler dans leur nouveau pays, la perspective du retour dans le pays d’origine semble s’éloigner petit à petit, au fur et à mesure qu’ils perdent toute attache avec leur patrie.
Il s’agit principalement d’hommes originaires de l’Afrique du Nord (mais ce phénomène de vieillissement a également commencé à se faire sentir chez les Subsahariens) qui ont immigré jeunes en Europe notamment, dans les années 50 et 60 pour construire des autoroutes, des grands ensembles immobiliers, les lignes de métro, etc. Mais une fois à la retraite, ces immigrants âgés renoncent finalement à rentrer, souvent pour des raisons administratives souvent liées à leurs prestations de retraite. Cette situation les oblige ainsi à faire des allers-retours pour voir la famille laissée là-bas, et à vivre parfois dans des conditions précaires.
En quittant le pays, ils avaient aussi le projet d’y retrouver un jour femmes et enfants dans la grande maison qu’ils auraient fait construire, de reprendre leur place de chef de famille et d’y couler de jours tranquilles, vieux et respectés. Mais lorsqu’ils parviennent à rentrer, ces seniors africains sont souvent très déçus et déboussolés. Ils se sentent de trop et ne trouvent plus leur place auprès d’une épouse qui a pris l’habitude de diriger seule son foyer ou se sentent coupables envers leurs enfants qui leur reprochent leur absence et leur demandent pourquoi ils n’ont pas pu les suivre en Occident, que beaucoup d’Africains considèrent comme un eldorado. Ces hommes ont également beaucoup de difficultés à retrouver leur rôle de citoyen dans un pays qu’ils ne connaissent plus. Ils sont complètement dépassés par les événements et se sentent étrangers, en exil dans leur « propre pays ». Ils éprouvent des difficultés à « s’intégrer » ou s’adapter.
Par ailleurs, du fait de leur exil prolongé loin de chez eux, ces « anciens » ont souvent modifié de fond en comble leurs habitudes, notamment alimentaires. Ils ont développé un réseau social, souvent des anciens collègues, auquel ils sont attachés et avec qui ils partagent des centres d’intérêts. Ils tiennent aussi énormément à leur train-train quotidien, les visites chez les petits commerçants de leur quartier, les balades dans le parc, le café ou le thé avec les amis, etc.
De plus, la dégradation de leur état de santé, conséquence des travaux généralement pénibles auxquels ils ont été astreints durant leur vie professionnelle, ne les incite pas non plus au retour.
Par conséquent, l’espoir d’un retour au pays donc s’est peu à peu évaporé dans l’esprit de ces immigrants âgés devenus étrangers dans leur propre patrie, pour n’être plus qu’un lointain souvenir. Cela s’est fait sans qu’ils s’en aperçoivent, par des retours au pays de moins en moins nombreux, une perte progressive des liens familiaux, une difficulté croissante à retrouver sa place. Nombreux sont ceux qui, résignés et dépossédés de cet espoir qui les faisait tenir, ont fini par renoncer à ce pays dont ils se sont déshabitués et à des gens qui les ont oubliés. Dès lors, ils perçoivent alors leur pays d’accueil comme une sorte de prison dorée, synonyme malgré tout d’une vie plus confortable.
Vitraulle Mboungou
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