Afrique : querelle entre ceux qui partent et ceux qui restent

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Vitraulle MboungouVitraulle Mboungou - «Que faites-vous en Europe, pourquoi ne rentrez-vous pas pour construire l'Afrique avec nous »? Cette question résume relativement bien la querelle sous-jacente qui existe depuis toujours en Afrique, entre ceux qui partent et ceux qui restent. Ce contentieux continue de miner les relations entre les membres de la diaspora africaine et leurs compatriotes restés au pays, aujourd’hui plus qu’hier, à cause des conditions de vie de plus en plus difficiles sur le continent. Parmi ceux qui sont restés, beaucoup accusent les premiers de manquer de patriotisme car ils ont préféré fuir à l’étranger, au lieu de faire face à l’adversité et se battre sur le terrain pour changer les choses comme eux le font quotidiennement. Malgré leur travail acharné pour aider au développement économique de leur pays d’origine, ces concitoyens d’ailleurs sont toujours considérés par les autres comme des « lâches » et des « traîtres » à la patrie. Mais, ces attaques sont-elles vraiment justifiées? Surtout si l’on considère les efforts fournis par ces hommes et femmes pour garder un lien fort avec le continent, et cela peu importe le sort que leur pays d’accueil leur réserve ou leur attachement à leur nouveau mode de vie. En effet, les faits parlent pour eux, ne serait-ce qu’avec l’exemple des transferts de fonds effectués tous les jours des grandes métropoles européennes et américaines vers l’Afrique.

En 2009, une étude de la Banque mondiale a évalué à 20 milliards de dollars les envois de fonds des immigrants africains installés en Occident, en plus des 13 milliards transférés de manière informelle. Dans certains pays bénéficiaires, ils représentent plus du quart de leur Produit Intérieur Brut (PIB). Le Lesotho a ainsi vu son PIB augmenter de 20% grâce à ces fonds. Dans d’autres pays, cette somme est presque identique au budget alloué à certains ministères. C’est le cas du Nigéria avec le ministère de l’Éducation.

Dans un tel contexte, l’argumentation développée par certains États africains concernant le phénomène de la fuite de cerveau est-elle justifiée? Ces États ont quelquefois le sentiment de s’être fait avoir en finançant la formation de certains citoyens qui décident contre toute attente, d’immigrer en Occident après leurs études au profit de leur pays d’accueil. Mais selon cette étude de la Banque mondiale, même en temps de crise économique comme celle qu’a connue le monde dernièrement, ces transferts restent réguliers car ces immigrants continuent à envoyer de l’argent dans leur pays d’origine, au prix de nombreux sacrifices. Une telle critique est donc relative. Pour certains pays comme le Nigéria, le Kenya et l’Ouganda, ces flux affichent même une croissance supérieure comparée à l’année 2008. Ils représentent donc véritablement une manne financière importante pour le développement de certains pays africains pour qui, c’est devenu une question de survie. En effet, ces fonds caractérisés souvent par des petites sommes de 200 à 300 euros ou dollars envoyées très régulièrement, constituent une aide précieuse d’urgence pour les familles restées sur place, dans la mesure où elles sont généralement absorbées par les dépenses élémentaires de la vie courante telles que l’alimentation, la santé, l’éducation, le logement, etc. Une partie de ces sommes est également investie, dans la réalisation de nombreux projets en milieu rurale, dans les régions les plus reculées de l’Afrique par exemple. L’on cite souvent le cas du Mali, du Sénégal et du Nigéria dont les diasporas sont les plus actives et ont contribué à la construction d’équipements collectifs comme les écoles, les centres de soins ou d’adduction d’eau et d’électricité, les édifices religieux, etc. On peut donc aisément comprendre le sentiment d’injustice que peuvent ressentir les membres de ces diasporas face aux attaques de leurs compatriotes africains qui ont choisi de rester sur place.

Certes, la contribution de ces derniers au développement du continent est incontestable car ce sont eux qui se battent quotidiennement pour « tenir la maison », cultiver la terre, éduquer, soigner les populations et défier quelquefois le pouvoir en place, au risque de leur vie, etc. Ils jouent ainsi un rôle très important dans les changements qui surviennent dans leur pays. Est-ce pour autant, qu’ils doivent se considérer comme étant les seuls acteurs de ces changements ou encore sous-estimer l’apport de leurs « frères » de l’Extérieur?

Vitraulle Mboungou

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