Vitraulle Mboungou - L’État hébreu a vu arriver au milieu de la décennie 2000 un flux d’immigrants africains venus notamment de Soudan et d’Érythrée. Ces hommes et ces femmes fuyant pour la plupart la guerre au Darfour, ont choisi Israël car ce pays qui possède une frontière terrestre avec le continent africain de 200 km (via l’Égypte) est le plus facile d’accès pour eux. Cette nouvelle diaspora, essentiellement composée de réfugiés soudanais demandeurs d’asile politique, voit en Israël une bonne terre d’accueil, sorte de Terre promise où ils espèrent trouver une protection. Ainsi, cette communauté qui compte près de 20 000 membres, ne cesse de grandir d’année en année. Elle a connu en 2010, selon les chiffres officiels du dernier rapport publié par le Bureau de la Population et de l’Immigration, une augmentation de 300% par rapport à 2009. Il y aurait ainsi près de 25 000 immigrants infiltrés par la frontière égyptienne dont 1000 à 2000 enfants.
Ces immigrants arrivent souvent l’été après avoir effectué un long et périlleux voyage dans le désert égyptien avant d’arriver au Caire, l’ultime étape où certains vivent un moment avant la traversée de la frontière israélienne. Ces immigrants viennent pour la plupart chercher du travail dans ce qui leur apparaît comme un îlot de prospérité. Dans un premier temps, ils s’installent d’abord dans les quartiers déshérités de Tel-Aviv et d’Eilat, première station balnéaire israélienne près de la mer Rouge et très proche de la frontière égyptienne et donc la première grande route de ces migrants africains. Certains d’entre eux parviennent à y trouver un emploi payé à 7 shekels de l’heure (soit à peine près de deux dollars) comme garçon d’étage dans les hôtels ou plongeurs dans les restaurants. Leur vie dans ce pays n’a donc rien d’attirant avec des emplois très pénibles, sous-payés sans oublier qu’ils sont souvent installés de façon précaire dans des quartiers ghettoïsés quant ils ne sont pas dans l’ancienne prison de Ketziot dans le sud du désert israélien du Néguev qui accueillait les prisonniers palestiniens mais réaménagée depuis 2007 pour les immigrants clandestins africains. En somme, la majorité de ces demandeurs d’asile restent dans la précarité, fuyant sans cesse les unités de la police de l’immigration car quasiment aucun d’entre eux n’obtient le statut de réfugié politique. Et cela, malgré les efforts de quelques organisations de défense de droits de l’homme qui font remarquer « qu’un pays créé par des réfugiés ne peut pas tourner le dos à d’autres réfugiés fuyant des atrocités ».
Mais, les autorités israéliennes, notamment le ministère de l’Intérieur, ne souhaitent aucunement voir ce pays devenir, pour reprendre leurs termes, « la Terre promise des Africains ». Ainsi, cette immigration africaine inattendue a pris une telle ampleur qu’elle occupe aujourd’hui le centre de débats dans le pays. Il s’agit d’une situation complètement inhabituelle pour l’État hébreu qui n’a jamais reçu autant de demandes d’asiles politiques venant de personnes non juives au cours de son histoire. De plus, du fait qu’elles viennent en majorité d’un pays répertorié par les autorités israéliennes comme un pays ennemi provoque un fort sentiment de méfiance.
D’où en partie la décision du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, de fermer la frontière avec l’Égypte par la construction d’une « clôture de sécurité » de 250 km, pour éviter au pays selon lui, d’être submergé par ce « tsunami » de réfugiés africains qui « risque de mettre en danger le caractère juif et démocratique de l’État d’Israël » et constituer une « menace démographique » pour le pays. Cependant, cette situation des réfugiés du Darfour a provoqué un tel émoi auprès d’une partie de la population que le gouvernement a décidé de faire des exceptions en décidant d’accueillir tous les ans 500 réfugiés qui seront ensuite naturalisés.
Cette présence « visible » d’immigrés africains commence également à susciter des réactions de rejet souvent teintées de racisme au sein de la population israélienne à cause notamment des mouvements d’extrême droite qui agitent le spectre d’Israël devenant « un pays africain ».
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