Sanctions économiques internationales : une arme à double tranchant

Envoyer Imprimer PDF

home_24mai12petit La politique est liée à l’économie. L’une et l’autre sont unies. C’est indiscutable. Elles s’entremêlent et s’interpénètrent, c’est indéniable. Le dossier portant sur les sanctions économiques que nous avons décidé de traiter cette semaine sur ce site, permet de bien le réaliser.

C’est quasiment sinon toujours à cause de raisons politiques que des pays subissent des sanctions économiques.

 L’histoire récente du continent africain en rend compte éloquemment. Il suffit de prendre le cas de la Côte d’Ivoire. Suite à la crise postélectorale de la présidentielle 2010, disons, les puissances occidentales et la CÉDÉAO, pour asphyxier le régime de Gbagbo, se sont servis, entre autres, du levier financier et économique : gel des avoirs, pressions sur la BCEAO (Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest), blocus sur l’exportation du cacao…

Ailleurs aussi, pareilles mesures sont prises. Intéressons-nous particulièrement au cas de l’Iran, qui n’a cessé de marquer l’actualité internationale ces derniers mois.

Les sanctions économiques et leurs conséquences sur Téhéran 

L’Iran, pour des raisons politiques [encore une fois] et géostratégiques – en fait, il s’agit du dossier nucléaire – a été tout au long des derniers mois frappés par nombre de pays – essentiellement les Occidentaux et leurs alliés – par des sanctions économiques.

L’Union européenne a par exemple décidé de suspendre ses importations de pétrole en provenance de cette région. D’après les informations qui circulent, l’Europe représentait      20 % des exportations pétrolières de l’Iran. Les États-Unis ont aussi réagi. Radio-Canada.ca nous apprenait ceci : "Le décret, entré en vigueur à minuit, prévoit le gel des biens « appartenant au gouvernement de l'Iran, à la Banque centrale iranienne ou à toute institution financière d'Iran (peu importe si l'institution bancaire fait partie du gouvernement de l'Iran) qui sont aux États-Unis ». "

Le débat sur l’efficacité de ce genre de mesures, une fois de plus, n’a pas fait l’unanimité. Ne serait-ce que parce que d’aucuns pensent que c’est le peuple qui en souffre. Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS, qui s’est exprimé sur Lemonde.fr, y a même vu de la gesticulation diplomatique.

Cependant, il est rapporté qu’une inflation très forte est observée dans le pays ainsi qu’une dégradation de la valeur de la monnaie iranienne, le rial. Selon rfi.fr « Le 14 mars, lors d’un discours devant le Parlement pour défendre son bilan, Mahmoud Ahmadinejad avait déjà avoué que l’inflation, officiellement de 21%, était en réalité de 30% et que le rial, la monnaie iranienne, avait perdu 55% de sa valeur par rapport au dollar depuis un an ».

 L’arroseur arrosé ?

 Le géostratège Jean-Paul Pougala, Directeur de l’Institut d’Études Géostratégiques de Genève en Suisse, a théorisé la naissance d’un G2. Non pas un groupe qui réunirait les États-Unis et la Chine, mais plutôt la Russie et la Chine. Pour lui, il s’agit de l’avènement d’un nouvel ordre mondial qui se manifeste, notamment, par une alliance stratégique entre ces 2 géants sur le plan militaire. Il explique : « À cause d’une guerre des plus maladroites contre la Libye tout cela est terminé. Cette guerre a permis la création du G2 oui, mais un nouveau G2 que personne n’avait prévu, un G2 militaire en construction entre la Chine et la Russie. Ces deux pays ont en effet, à cause de ce qu’ils appellent une agression injustifiée contre la Libye, décidé de renforcer leur collaboration dans toute une série de secteurs dits stratégiques avec l’objectif affiché de stopper l’Occident belliqueux ; La célébration des 10 ans d’amitié nouvelle entre les deux pays à Moscou du 16 au 18 juin 2011 dernier s’est transformée en Conseil de guerre pour le lancement du nouveau G2. »

C’est une donne très importante à avoir à l’esprit, car cela montre que dans la gestation du nouveau monde que chacun voit venir, l’Occident n’aura plus le monopole. Cela donne donc des marges de manœuvre importantes aux nations ; d’ailleurs, il a été rapporté que l’Iran a approché d’autres pays pour la vente de son pétrole afin d’éviter les contrecoups de cet embargo européen. Il est dit que l’Iran a par exemple demandé à la Chine d’augmenter ses achats. 

Mais, en plus l’Iran, pratiquement tac au tac, a annoncé qu’elle n’exporterait plus son pétrole en France et en Grande-Bretagne.

Quelques semaines plus tard, le pays de l’Ayatollah Ali Khamenei a suspendu ses exportations pétrolières à la Grèce et a mis ce pays en difficulté. Selon une dépêche d’avril dernier de l’AFP,  « La Grèce tente actuellement d'augmenter les quantités importées de Russie, d'Irak, d'Arabie Saoudite ou de Libye, où elle s'était déjà approvisionnée l'année dernière mais en quantités inférieures à celles de l'Iran, avait affirmé cette source. »

Rfi.fr rapportait par exemple que les dirigeants iraniens avaient appelé à « Acheter iranien ». Là encore, il pourrait avoir des coûts pour les pays qui sanctionnent. Car ce « patriotisme économique » pourrait faire perdre à leurs entreprises des parts de marché dans ce pays qui compte près de 80 millions d’habitants.

Sans compter que ce genre de sanction, qui rappelons-le, est d’abord politique, peut entraîner des effets contradictoires par rapport aux objectifs des initiateurs. Voulait-on au départ raffermir le nationalisme ? Désirait-on rapprocher le dirigeant mis en cause de sa population car c’est un réflexe lorsqu’un peuple se sent attaqué ? Évidemment non ! Les sanctions économiques sont donc une arme à manipuler avec délicatesse car au lieu d’affaiblir politiquement le dirigeant visé, elle pourrait au contraire le renforcer et en même temps affaiblir les entreprises issues des pays qui sanctionnent.

Au fond, si l’on y prend garde, l’arroseur pourrait devenir l’arrosé et l’arme pourrait se retourner contre celui qui la tient.

Sanctions  économiques internationales :  une arme à double tranchant
 
 
 
 

AE ENTREPRISE

AEInc_logo11

Afrique Expansion Inc.

Créée en 1995, Afrique Expansion Inc. est une firme de consultants en communication et développement international dont la mission est de promouvoir les relations et les partenariats d’affaires entre les entreprises canadiennes et africaines.

+ Plus d'info...

AE MAGAZINE

AEmag_logo11

Afrique Expansion Magazine


Depuis 12 ans, Afrique Expansion Magazine est une revue internationale des affaires qui fait la promotion des échanges commerciaux et des partenariats d’affaires entre l’Afrique et les Amériques...

+ Plus d'info...

FORUM AFRICA

ForumAfrica_logo11

Forum Africa


Rendez-vous d’affaires Organisé par Afrique Expansion Magazine. Il réunit des entrepreneurs, personnalités politiques et dirigeants d’organismes publics et privés...

+ Plus d'info...

Contact

Afrique Expansion Magazine.
Revue des affaires et des partenariats Nord-Sud
Une publication du groupe Geramcommunications

  • Tel: +1 (450) 902-0527
  • Fax: +1 (514) 393-9024
  • Équipe

Afrique Expansion Magazine