Prisé par un nombre de plus en plus important de consommateurs canadiens, le vin sud-africain s’est imposé en se démarquant des autres produits dits «du Nouveau Monde ».
Cette réussite est le résultat d’une véritable tradition née au 15e siècle. Le Canada n’a pas échappé à la poussée du bouchon d’Afrique du Sud et lui a trouvé une niche de choix dans les épiceries et magasins du pays, grâce à sa variété et à des campagnes de marketing judicieuses.
Le marché du vin au Canada est en forte croissance et le Québec est la province qui affiche la plus forte consommation avec une moyenne de 17 litres par habitant par an contre 13 au pays. Attentif, le consommateur canadien applique des critères de sélection marqués surtout par le prix et la qualité du vin et une sensibilité plus inclinée vers les dénominations de cépages que les appellations d’origine. Ici, les vins français, italiens et canadiens restent les plus populaires, mais les cuvées du «Nouveau Monde» connaissent de bonnes fortunes dans un marché national de plus de 4 milliards $CAN. Au Québec, la SAQ a vendu 117 millions de litres de vin d’une valeur de 1,47 milliard $CAN au cours de son exercice 2006, soit une hausse de 11,8 % par rapport à l’année précédente. Les indicateurs demeurent à la hausse et d’ici 2010, la croissance des ventes de vin au pays devrait atteindre 44,81 %, alors que la moyenne mondiale sera de 9,15 %, indique une étude réalisée pour Vinexpo. C’est dire la forte concurrence entre les producteurs étrangers qui doivent aussi faire face à la marge intérieure menée par des produits aussi originaux que le cidre et le vin de glace.
Cependant, la forte valeur ajoutée des vins du «Nouveau Monde» leur donne une avance considérable dans l’appréciation des consommateurs. C’est dans ce contexte hautement concurrentiel que les vins sud-africains ont fait leur entrée. L’argument de base utilisé par les agences d’importation reposait sur deux aspects : sur le plan de la quantité, les vignobles sud-africains s’étendent sur 101 957 hectares (est. 2007) et avec 3 % de la production mondiale, le pays a disposé sur une année en juillet 2008 d’une quantité de 787,2 millions de litres, soit 56,8 millions de plus qu’en 2007; en terme de qualité, la tradition vinicole de l’Afrique du Sud et son histoire de plus de 300 ans marient l’élégance retenue des vins des vieux pays aux styles accessibles des vins fruités «exotiques» pour produire des vins variés qui expriment avec éloquence ce terroir unique.
Biodiversité et développement durable
À ces fondamentaux s’ajoute le caractère bio des vins sud-africains. En effet, le secteur vitivinicole de l’Afrique du Sud est adossé à la Biodiversity and Wine Initiative (BWI) pour une méthode de production intégrée (MPI) d’application obligatoire depuis 1998. Elle porte sur toutes les étapes de la production, des études sur les répercussions environnementales à l’utilisation de matériaux d’emballage recyclables, en passant par les méthodes appropriées pour la préparation des sols. Avant de planter un nouveau vignoble, les producteurs doivent effectuer un inventaire de la végétation et élaborer un plan de préservation de toute espèce menacée. De nombreux producteurs ont réservé des zones qui vont demeurer à l’état naturel pour toujours. Certains chercheurs privilégient l’utilisation de plantes indigènes pour protéger les vignobles. Cette base historique a été un argument de choix dans la prise d’assaut des marchés mondiaux.
L’Afrique du Sud a pu modeler au départ des ressources fiables respectant des standards de qualité très élevés. Plusieurs organismes sont ainsi voués au contrôle de l’industrie locale.On peut citer à cet effet, le Fairtrade Institute of Cape Wine Masters, le Pinotage Association, la South African Wine and Brandy Company, la South African Wine Industry Information & Systems, la South African Port Producers Association, la South African Society for Enology & Viticulture, le South African Wine Industry Council, le South African Wine Industry Trust ou encore la Wine Industry Ethical Trade Association.Ainsi constituées, ces entités permettent de garantir dans tous les cas, une production originale et de qualité. Ce gage de sérieux et de professionnalisme dans la chaîne production est particulièrement recherché dans un marché aussi exigeant que celui de l’Amérique du Nord.
Résultat des courses, la croissance remarquable des vins d’Afrique du Sud au Québec en particulier s’est concrétisée cette année avec le 1er Salon qui s’adressait aux membres de l’industrie et aux consommateurs. Les ventes qui sont passées de 16 à 27 millions en une année affichent une augmentation de 63 %. Au cours des cinq dernières années, c’est une augmentation de 750 % ! Ce premier Salon des Vins d’Afrique du Sud, qui s’est tenu en mai 2008 au Centre des Sciences de Montréal, a réuni 23 producteurs sud-africains, 22 agents promotionnels, plus de 100 conseillers en vin et membres de la SAQ, 23 journalistes et 350 détaillants autorisés et sommeliers. Près de 1400 bouteilles provenant de toutes les régions du vignoble sud-africain ont ainsi été débouchées. Ces vins étaient le reflet de la passion de ses artisans, soucieux de produire des vins respectueux du terroir. Sérieux, les producteurs sud-africains arrivent ainsi à pénétrer et occuper des marchés qui ne sont pas acquis d’avance. Face aux Chiliens, Australiens et autres Californiens, ils ont démontré par la force de l’exemple la nécessité de respecter les conditions minimales exigées pour envisager de conquérir le marché nord-américain dont les consommateurs sont toujours friands d’originalité et de nouveauté, mais à des conditions bien précises et pas à n’importe quel prix.
<>LA CARTE DES VINS SUD-AFRICAINS
| Production étalée sur huit régions | |
- Worcester : 19,42 % du vignoble |
Pour les cépages blancs :
- le Chenin blanc (appellé ici aussi Steen) avec plus du tiers des surfaces plantées
- le Sauvignon - le Chardonnay
- le Sémillon (appellé aussi «Green Grape»)
- le Riesling
- le Gewurztraminer
Léopold Nséké
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