Après avoir atteint des pics d’amélioration autour de 10% au cours des cinq dernières années, les assurances en Afrique ne représentent au dernier pointage qu’environ 1,2% du marché mondial. Une performance qui pourrait être améliorée.
Le rapport de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF) dont le siège est à Dakar au Sénégal rendu public en février 2011 démontre qu’en 2009, le marché mondial des assurances a atteint 4 066 milliards de dollars US (environ 2 000 000 milliards de francs CFA). L’Afrique, toujours selon cette source, représente 1,2% de parts (marchés vie et non-vie). La plus grande part revenant à l’Europe (39,6%), juste devant l’Amérique (33,2%) et l’Asie (24,3%). Les variations sur la période 2005-2009 démontrent par ailleurs qu’à l’image du marché mondial, le volume des cotisations émises en Afrique (42,7 milliards de dollars US en 2005 ; 49,3 milliards en 2009) stagne quelque peu. Ces faits et chiffres semblent démontrer une chose : le marché des assurances en Afrique est loin d’être florissant. Aussi bien au plan continental qu’à l’intérieur des pays, le taux de pénétration des assurances reste très faible, avec des chiffres parfois dérisoires. À titre d’exemple, en Algérie, il est de 0,59%, au Maroc de 2,7%, en Tunisie 2,01% et en Égypte 0,79%, alors qu’en France il est de 9,58%. Dans cette mêlée, l’Afrique du Sud sort du lot, avec un taux de pénétration de 14,38% ; le meilleur d’Afrique.
Une activité marginale
Cet état des lieux démontre une activité à plusieurs vitesses selon les pays, avec cependant une constante : l’assurance en Afrique reste une activité marginale dans les économies, même si, comme le certifient certains experts, les professionnels du secteur ne veulent pas le reconnaître. Il n’en demeure pas moins qu’au Cameroun, en Côte d’Ivoire ou au Mali, par exemple, les opportunités qu’offre le marché sont plutôt bonnes. Seulement, sur le terrain, elles tardent à se concrétiser à cause d’une sous-exploitation des opportunités. Conséquence, le marché reste très étroit. En illustration, dans le dernier pays suscité, le marché des assurances, selon les rapports des experts, représente 3% du secteur en Afrique. En Côte d’Ivoire, en termes de revenus pécuniaires, il est rapporté qu’en 2 000, le marché représentait pas moins de 100 milliards de francs CFA. Alors qu’en Afrique du Sud, qui représente environ 90% des primes collectées sur le marché continental, les dix premières compagnies en activité sur le continent affichent des performances louables. Les deux premières, Sanlam et Old Mutual, parvenant même à atteindre la barre de 10 milliards de dollars collectés.
Des faiblesses bien connues
Les professionnels du secteur, notamment ceux des pays en dehors de l’Afrique du Sud et du Nord, ont visiblement du grain à moudre, pour niveler les écarts constatés. À cet égard, il convient de noter qu’au classement 2010 des 50 premières compagnies du continent, seulement quinze issues de ces pays sont représentées, et pas aux meilleures places. Cette sous-représentation, selon certaines analyses, s’explique par la faiblesse du pouvoir d’achat des populations de ces pays, mais aussi par leur mauvaise connaissance des produits d’assurance. La faiblesse des professionnels à collecter les assurances obligatoires, comme l’automobile, les mentalités de fonctionnaires et le peu d’efforts consentis pour promouvoir et vendre l’assurance-vie, qui est pourtant la branche la plus rentable de cette activité, ne sont pas innocents dans cet état des faits.
Pour que cette activité soit conséquente, il faudra que le secteur aille au-delà de certaines faiblesses. Sa relative jeunesse, caractérisée par un cadre réglementaire qui gagnerait à être renforcé, est un des obstacles à surmonter. Il est par exemple à signaler qu’il y a tout juste plus d’une décennie, le secteur des assurances en Afrique fonctionnait sous un régime hérité du code des assurances français datant de 1938. Ce n’est qu’en 1995 que, dans la Zone franc par exemple, les pays membres de la Conférence interafricaine des marchés de l’assurance (CIMA), créée trois ans plus tôt, ont décidé d’appliquer un code plus adapté aux réalités, cultures et moyens de terrain de leur environnement. Dans cette zone, les observateurs notent une amélioration de la qualité des produits et services. Pourtant, selon certains, il faudra encore dépasser certaines difficultés liées premièrement au manque de professionnalisme et à la faiblesse de financements de nombreux opérateurs qui, une fois insolvables, ne parviennent plus à respecter leurs cahiers de charge et de fait se font retirer leur agrément. Deuxièmement, il y a l’étroitesse du marché, responsable de la forte concurrence et de la présence de nombreux acteurs qui proposent les mêmes produits. Il s’avère clair que le renforcement du contrôle, le développement de l’assurance sur les personnes et le soutien au financement du secteur, tel que présenté par certains officiels, sont des préalables au développement des compagnies sur le continent.
La nouvelle stratégie des fusions
Pour certaines compagnies parmi les plus en vue en Afrique, il sera simplement question de renforcer les acquis. Pour les sud-africaines Sanlam, Old Mutual, ou Liberty Group, l’année 2009, contrairement aux tendances globales, a été meilleure que 2008. Et certains indicateurs, comme certaines actions récentes, laissent penser que leurs performances iront s’améliorant. Il est par exemple à signaler la fusion de Metropolitan et Momentum, qui devrait favoriser la naissance d’un des tout premiers groupes d’assurances sud-africain et, pourquoi pas continental. Sanlam, quant à lui, s’est implanté en Ouganda, après avoir signé en 2009 un accord avec la banque anglaise Standard Chatered, afin de diffuser ses produits à travers ce réseau bancaire dans une demi-dizaine de pays d’Afrique subsaharienne. En 2010, le numéro un africain a signé avec une banque nigériane, First Bank of Nigeria, un accord similaire. Des actes de ce genre, notamment en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays d’Afrique, sont une piste de plus en plus explorée, dans la volonté d’extension et même de financement des compagnies. Au Maroc, au Nigeria, en Ouganda, comme en Algérie ou au Cameroun, ces actes d’agressivité sur le marché peuvent être perçus comme les premiers frémissements d’un envol qui certainement devra avoir lieu.
Les dix premières compagnies en 2010
Rang 2010 | Société | Pays | Total des primes |
1 | Sanlam | Afrique du Sud | 8 179 664 |
2 | Old Mutual Life Assurance Co. | Afrique du Sud | 3 113 129 |
3 | Liberty Group | Afrique du Sud | 2 965 770 |
4 | Santam | Afrique du Sud | 1 738 369 |
5 | Metrpolitan Life | Afrique du Sud | 1 380 557 |
6 | Life Healthcare Group | Afrique du Sud | 1 069 078 |
7 | Mutual and Federal Insurance | Afrique du Sud | 926 753 |
8 | Discovery Health | Afrique du Sud | 699 177 |
9 | Zurich Insurance Co. South Africa | Afrique du Sud | 574 972 |
10 | Wafa Assurance | Maroc | 539 347 |
Chiffres en milliers de dollars.
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