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Titre : L’industrie du bois : Les enjeux autour de l’exploitation et de la transformation

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bois AfriqueAlors qu’un vent de reprise souffle sur la filière bois, de nouvelles exigences de gouvernance et d’exploitation responsable s’imposent. Concilier les questions de développement et de préservation de l’environnement est le nouveau défi des pays producteurs d’Afrique.

Après avoir trinqué au cours de la dernière crise financière mondiale, la filière bois en Afrique semble avoir trouvé les racines d’un nouvel essor. Quelques chiffres relevés en 2010 en Afrique centrale, plus précisément dans les pays du bassin du Congo, un des trois principaux ensembles boisés de la planète – notamment deuxième après l’Amazonie – avec environ 204 millions d’hectares, en témoignent. Il est par exemple relevé que la production de grumes dans cette sous-région est remontée à près de huit millions de m3, après une dégringolade de neuf à six millions en 2007 et 2009, au plus profond de la crise financière. Des années au cours desquelles la filière, qui au sein de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) joue un rôle majeur dans les économies, a considérablement ralenti les efforts de développement des dix pays couverts par cet espace forestier : Angola, Burundi, Cameroun, Congo Brazzaville, Gabon, Guinée équatoriale, République démocratique du Congo, République centrafricaine, Rwanda, São Tomé et Principe.

Une timide reprise

Du coup, si l’on considère que la filière bois, avant la crise, participait jusqu’à 6 %  au PIB de certains pays comme le Cameroun, et pouvait se retrouver deuxième pourvoyeur d’emplois après l’État, comme en République centrafricaine, les chiffres de la reprise sont loin de rétablir l’équilibre perdu. Pour rattraper le gap, il faudra alors niveler les pics de -37 % des exportations de grumes, -26 % des sciages et -30 %  des sciages rabotés enregistrés en République démocratique du Congo, et récupérer 3 500 emplois perdus et 1 000 autres mis en chômage technique au Cameroun. Ce qui est loin d’être le cas dans les pays susmentionnés, comme dans tous les autres de la sous-région, qui n’ont pas été plus épargnés par la conjoncture mondiale.

Il est dès lors évident que la reprise observée de la filière bois  n’est pas encore de nature à hisser l’Afrique centrale au sommet de la production mondiale de bois tropicaux. Elle reste d’ailleurs toujours troisième, avec tout juste 3 % des parts de marché. Une situation qui ne révèle pour autant pas le véritable potentiel des pays concernés. Il est avéré que dans cette filière, le secteur formel ne représente qu’environ 50 % des activités. Le reste se déroulant dans le maquis. Il est par exemple rapporté qu’à côté du Groupe Rougier, leader du secteur dans le bassin du Congo, une dizaine d’opérateurs internationaux réalisent entre 40 et 50 % de la production en Afrique centrale. D’autres opérateurs de moins grande importance interviennent dans la filière, avec beaucoup moins de professionnalisme. Et puis, il y a la nuée d’exploitants clandestins, essentiellement des locaux, qui agissent en marge de toute réglementation, et dont l’impact et l’activité sont difficilement chiffrables. Tout comme l’est l’exploitation à des fins domestiques, qui concerne aussi bien les pays d’Afrique centrale que les autres d’Afrique australe et occidentale.

Divergence d’intérêts

Ces derniers faits, justement exacerbés par la crise, contraignent pouvoirs publics, opérateurs formels et organisations internationales – il y en a une trentaine qui opère dans la zone COMIFAC – à un nouvel axe de réflexion : quelle adéquation entre les besoins de développement des populations et les pays producteurs de bois, et les exigences actuelles d’exploitation et de gestion durable des écosystèmes forestiers, au moment où les changements climatiques imposent des attitudes plus responsables dans les activités au sein de cette filière ? Il est question de trouver une adéquation entre les intérêts économiques des États producteurs et les exigences de gouvernance forestière qu’impose la situation environnementale en dégradation du monde.

Tâche difficile, car selon les estimations des experts en 2008, l’Afrique perd chaque année quatre millions d’hectares de forêt, soit une régression plus de deux fois supérieure à celle connue en Amazonie. Une situation qui a des répercussions non seulement sur l’équilibre écologique du monde, mais aussi sur les économies des pays producteurs, pour certaines très dépendantes de la filière bois. L’intérêt des gouvernements et des différentes organisations de protection de la nature s’en trouve largement justifié.

L’implication des communautés locales

Il s’est avéré depuis des années que le monopole d’antan de l’État sur le secteur forestier ne pouvait plus assurer une gestion durable de ces écosystèmes. Dès lors, les États de la sous-région Afrique centrale ont progressivement introduit une approche démocratique et participative de ses activités. L’introduction d’ONG ou de communautés locales dans le processus fait partie de cette stratégie. La démarche elle-même évolue à différentes vitesses selon les pays. Au Cameroun par exemple, la reconnaissance des droits des populations riveraines s’est concrétisée par la création de premières forêts communautaires et communales. La gestion de ces espaces incombant aux principaux bénéficiaires, les chances pour qu’ils s’y affairent avec plus de responsabilités sont grandes. Seulement, cette démarche bute sur la faiblesse financière de ces populations, qui généralement doivent confier leur bien à un opérateur économique plus riche, mais aussi moins probe.

Cette initiative louable, bien que perfectible, n’est pas l’apanage du seul Cameroun. Tout comme la promotion des produits non ligneux, la création et la vulgarisation des pépinières en vue du reboisement des espaces forestiers, ou la création d’aires protégées, de plus en plus nombreuses. Qu’ils soient privés, nationaux ou transfrontaliers, ces espaces sont de plus en plus nombreux à travers l’Afrique. Certains organismes internationaux en dénombrent plusieurs centaines, spécialisés non seulement dans la conservation des écosystèmes forestiers, mais aussi des espèces fauniques. En Afrique centrale, une dizaine d’aires protégées sont transfrontalières. Ces forêts modèles dont la conception est importée du Canada et déjà expérimentée dans certains pays de la sous-région, sont des exemples d’une coopération qu’il faudra tout de même renforcer.

Un impératif, si l’on en croit certains experts qui estiment que les défis les plus pressants à relever pour les prochaines années en Afrique notamment centrale, tournent autour de deux points : la gestion des forêts et la filière bois. Pour ce qui est de la gestion des forêts, il faudrait aider les États à acquérir les capacités à mettre en œuvre les politiques forestières efficaces et efficientes ; étendre la gestion durable des forêts à toutes les superficies de forêts de production ; assurer le suivi de la mise en œuvre des plans d’aménagement en renforçant les capacités des institutions de contrôle forestier ; réviser les plans d’aménagement, notamment en insistant sur la sensibilisation des opérateurs sur les enjeux, les bénéfices et les contraintes de l’aménagement durable. Concernant la filière bois, le premier enjeu serait de diversifier les produits transformés en poussant plus loin la transformation industrielle et en promouvant la consommation locale et continentale. Et, bien entendu, il devra être question de mieux promouvoir les bois tropicaux, mais aussi la gestion durable dont ils sont issus.

Badjang ba Nken

Cet article est extrait du numéro 37 d'Afrique Expansion Magazine. Cliquez ici pour vous
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Titre : L’industrie du bois : Les enjeux autour de l’exploitation et de la transformation


 
 
 
 

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