L’horizon alimentaire de la planète n’est pas tout à fait clair. Entre les caprices climatiques et les impératifs de croissance économique, la production agricole, base de l’alimentation mondiale puisqu’elle contribue à l’alimentation de 70% des habitants de la Terre, est soumise à un certain nombre d’aléas. Plusieurs inégalités et déséquilibres ne permettent pas d’établir une autosuffisance alimentaire pour tous. Au-delà des spéculations, certains chiffres permettent d’en dresser un portrait… à long terme.
Dans une prévision établie au cours d’un Forum en 2009, les experts des Nations Unies projettent la population mondiale à 9,1 milliards d’individus en 2050, soit un tiers de bouches de plus à nourrir qu’aujourd’hui avec nos 6,8 milliards d’habitants. Cette croissance démographique et l’augmentation prévisible des revenus provoqueront une demande alimentaire accrue.
Dans le rapport final des travaux, les besoins appréhendés en termes absolus sont de 2 milliards de tonnes de céréales annuelles et 470 millions de tonnes des produits de l’élevage. Les spécialistes précisent en outre que contrairement aux idées reçues, le menu alimentaire ne variera presque pas car les besoins physiologiques chez l’humain n’ont pas changé depuis quelques millénaires et ne changeront pas avant plusieurs autres. Les tenants de la science fiction et prétendants de l’alimentation aux « gélules » devront attendre longtemps encore.
Importance des investissements
Produire encore plus exige des moyens spécifiques et d’énormes investissements. Ces derniers doivent être ciblés sur la production agricole et animale ainsi que les services de soutien (chaînes du froid, installations de stockage, infrastructures de marchés et transformation primaire).
Les besoins d’investissements annuels projetés pour 2050 comprennent quelque 20 milliards $ pour la production agricole et 13 milliards $ pour la production animale. La mécanisation représenterait le secteur d’investissement le plus important, suivi du développement et de l’amélioration de l’irrigation. Et 50 milliards $ par an seraient alloués aux services en aval (infrastructures et matériel) pour obtenir un accroissement de 70% de la production vivrière mondiale d’ici à 2050. Des chiffres qui donnent un peu le tournis mais qui permettent d’établir un tableau prévisionnel réaliste, selon les experts de haut-niveau consultés.
À côté du secteur privé, incontournable, l’État a un rôle central à jouer au niveau de l’amélioration du fonctionnement des systèmes agricoles et du renforcement de la sécurité alimentaire, indique-t-on dans le document. Et dans les secteurs prioritaires d’investissements publics, on note la recherche-développement, les routes, les ports, l’énergie ou encore les institutions agricoles et les services d’éducation et de vulgarisation.
Quant à ce qui concerne la variation des prix des produits, il faudra s’en remettre aux conditions d’exploitation et de commercialisation. Déjà, la FAO en a amorcé une analyse en indiquant que ces deux dernières décennies, la réforme des échanges a réduit les barrières douanières, stimulé l'intégration économique mondiale, renforcé la productivité et relevé les revenus. Cette tendance se poursuivra même si tous les pays et communautés intéressés n'y ont pas gagné. Néanmoins, des interventions en matière de politiques nationales et internationales pourraient atténuer l'impact sur les perdants dans l’avenir.
Tout cela pour dire que l’alimentation mondiale restera certainement « sous contrôle » et qu’on pourra encore « mettre du pain et du beurre sur la table » pour plusieurs générations. Et même si ces prévisions sont ambitieuses, elles ont au moins le mérite de dresser un tableau de bord positif. Ce qui est indispensable au marché actuel, qui carbure à la confiance.
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