Le dernier Comice agropastoral camerounais qui s’achève a ramené à l’ordre du jour la nécessité de relancer une filière qui affiche quelques paradoxes sur le continent. Près de 70% des Africains travaillent dans l’agriculture mais le quart de la population du continent demeure sous-alimentée. Ces dernières décennies, les réponses à ce constat se sont retrouvées vers l’importation et l’aide extérieure. Des mesures qui coûtent cher et ne rapportent pas nécessairement les bénéfices escomptés. La meilleure solution vient peut-être de l’intérieur.
La surconsommation d’aliments importés a conscientisé sur les dangers de cette tendance et l’organisation des rendez-vous du monde rural, comme celui du Cameroun, a pour effet de relancer l’intérêt des citoyens pour la production locale. Le président camerounais, Paul Biya ne s’y est d’ailleurs pas trompé en rappelant que l’agriculture doit assurer l’autosuffisance alimentaire des populations, être pourvoyeuse d’emplois et contribuer au rééquilibrage de la balance commerciale des pays. M. Biya fait d’ailleurs un diagnostic sans complaisance de la situation actuelle au Cameroun : insuffisance des financements, enclavement des zones de production, inadéquation des systèmes des marchés par rapport au calendrier agricole, effets du changement climatique, etc.
L’importance d’un rendez-vous comme celui d’Ébolowa permet également de se rendre compte du potentiel agropastoral d’un pays. Il motive et libère des énergies car, à la vue de cheptels et de productions vivrières de premier grade, il est difficile d’échapper à l’implacable constat : l’agropastoral, ça marche et ça peut rapporter gros. C’est également l’occasion de se rendre compte de la diversité du potentiel des pays africains qui se sont vu détourner des bases de l’activité agricole (nourrir son monde) pour les mirages des monocultures d’exportation.
Les voies du développement agricole
L’objectif de rendre le continent autosuffisant sur le plan alimentaire date des années 80 avec notamment le Plan de Lagos promu par l’ancienne Organisation de l’unité africaine. Si son échec tient plus à des questions diplomatiques et géostratégiques, il comportait des points importants en matière de développement économique.
Car, dans un continent où l’une des priorités est de se nourrir, il était plus que jamais essentiel de prioriser les axes de développement. Et l’agriculture doit être au premier rang des préoccupations des autorités qui doivent présenter des plans de relance conséquent. D’une part, parce que les cultures de rente ne justifient plus les investissements qu’on leur accorde et d’autre part, avec l’exode rural, on a de moins en moins de bras disponibles pour arriver à nourrir de plus en plus de bouches.
Cependant, le concept d’autosuffisance alimentaire ne doit pas non plus servir à justifier des interventions étatiques inefficaces et coûteuses. Pour comprendre l’importance de la crise alimentaire africaine, une visite des chiffres s’impose. Il y a près d’un an, les importations alimentaires annuelles de l'Afrique s'élevaient à 33 milliards $US dont près de 3 milliards comme aide. La Commission économique pour l'Afrique (CEA) initiée par l’ONU et qui avançait ce bilan, concluait que le développement de l'agriculture pour une croissance économique soutenue, la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté en Afrique demandaient l'élargissement de la perspective au-delà des limites étroites de l'agriculture pour l'ensemble du système agricole et alimentaire.
Le chantier devient d’autant plus important que de nouvelles données, biotechnologiques notamment, entrent dans la course à la chaîne de production. Et il sera plus que jamais nécessaire de lier à la conscientisation, la nécessaire coopération avec les pays nourrissant les mêmes ambitions, disposant de meilleurs outils de production et pérenniser ainsi les plans de développement. Pape Abdoulaye Seck, directeur général du Centre du riz pour l’Afrique, explique à cet effet qu’une métamorphose positive de l’agriculture africaine passera par une combinaison intelligente de quatre facteurs : technologies adaptées, infrastructures de qualité, environnement institutionnel et économique incitatif et préservation des ressources naturelles.
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