L’Afrique regorge de nombreux emplois informels. D’après le Bureau International du Travail, ce secteur fournit 72% des emplois en Afrique subsaharienne et il est à l’origine de plus de 93% des nouveaux emplois créés, comparativement aux performances du secteur formel qui n’emploie que près de 10% des actifs sur le continent. Beaucoup d’Africains vivent effectivement de cette économie parallèle qui est surtout répandue parmi les classes les plus pauvres, dans des secteurs comme la pêche, le petit commerce, l’artisanat, etc.
En revanche, certaines professions, notamment celles régies par des textes précis comme la santé, l’assurance, l’administration, les carrières de l’enseignement, ne sont pas concernées. Par conséquent, les travailleurs de l’informel sont majoritairement des travailleurs pauvres qui exercent un ou plusieurs emplois secondaires dans des conditions souvent précaires avec des revenus parfois très faibles et incertains. Mais, ce secteur regroupe également des gens instruits en attente d’un emploi et des licenciés d’entreprises à la recherche d’une nouvelle source de revenus. Il s’agit donc très souvent de métiers de survie.
Défini comme l’ensemble des activités qui échappent à la politique économique et sociale et donc à toute régulation de l’État, le secteur informel occupe ainsi une immense place dans l’économie africaine. Il est, à côté de l’État, le principal pourvoyeur d’emplois et de richesses dans la plupart des pays africains. Le succès de l’informel en Afrique est dû aux conséquences des différentes crises économiques des années 80 et 90. L’essor de ce phénomène s’explique également par l’incapacité des économies africaines à créer le nombre d’emplois nécessaires pour faire face au développement du chômage urbain, conséquence logique des crises économiques. Mais surtout, les programmes des politiques d’ajustement structurel souvent imposés aux pays en développement, notamment africains, avec ses effets pervers (réduction des salaires, diminution des effectifs de la fonction publique, privatisation des entreprises d’État, etc.), ont largement contribué à aggraver la situation économique du continent, gonflant ainsi encore plus le nombre de personnes travaillant dans le secteur informel.
Aujourd’hui, beaucoup d’États africains soutenus par l’Union africaine, cherchent à intégrer ces travailleurs dans l’économie formelle avec comme objectif de leur permettre, entre autres, de bénéficier des avantages de la protection sociale et d’en faire des supports de croissance et de développement économique et social à l’échelle du continent. Par ailleurs, le secteur informel a pris une importance telle que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International ont décidé de l’encourager et d’insérer ses activités dans les stratégies de développement de l’Afrique. Toujours dans le but de ramener les activités de l’informel dans le formel.
La prise de conscience de l’importance du secteur informel par les décideurs s’est ainsi traduite par de nombreuses initiatives aux niveaux international, régional et national. Cependant, malgré ces efforts pour rendre formel ce secteur qui s’avère rentable, productif et créatif, nombreux sont les experts qui pensent qu’il a de beaux jours devant lui. Pour eux, le secteur informel continuera à occuper encore pour longtemps une part importante de la population active de l’Afrique.


























