L’idée d’un marché économique commun identique à l’image de l’Union européenne, l’ALÉNA ou le Mercosur, n’est pas récente en Afrique. Le mouvement pour sa mise en place a d’ailleurs d’ores et déjà commencé avec la création de nombreuses organisations ou communautés économiques régionales comme le COMESA (Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe), la CAE (Communauté d’Afrique de l’Est), la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe), la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) ou encore l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine). Mais le manque de cohésion de tous ces groupements régionaux ralentit quelque peu le processus de création de ce marché unique africain. Pour parvenir à la pleine intégration régionale tant rêvée, le continent africain doit donc apporter encore quelques améliorations aux différents systèmes déjà existants. Pour ce faire, il devrait notamment s’inspirer des réussites des autres grands ensembles économiques concernant, entre autres, les questions sur le commerce régional, la libre circulation des biens, des marchandises et de la main-d’œuvre ou la monnaie unique.
Pour beaucoup, l’intégration régionale en Afrique devrait offrir un plus grand nombre de perspectives économiques qui permettront aux pays africains de mieux intégrer l’économie mondiale, à commencer par une véritable politique commerciale commune. En effet, les débouchés commerciaux intra-africains demeurent relativement inexploités car il y a très peu d’échanges entre les pays africains bien qu’elles représentent une part importante du total des échanges extérieurs pour bon nombre d’entre eux. Ce manque d’échanges est notamment imputable à l’absence d’infrastructures sur le continent. Du fait de leur caractère volumineux, les marchandises échangées entre pays africains exigent en effet des systèmes de transport efficaces. Le développement des infrastructures régionales constitue donc un « must » dans les progrès à accomplir au titre de l’intégration régionale. Par ailleurs, les pays africains doivent s’attaquer à plusieurs mesures nationales qui freinent le développement du commerce régional. Ils pourraient, par exemple, accélérer les échanges en simplifiant notamment les procédures administratives. Ainsi, la modernisation des procédures douanières en Angola a radicalement réduit le temps de traitement (qui n’est maintenant plus que de 24 heures) et a entraîné une augmentation des recettes douanières de 150%. Des réformes identiques réalisées au Mozambique ont donné lieu à une hausse de 58% des recettes douanières. Si on suit l’exemple de l’Union européenne qui grâce une politique commerciale commune forte, a réussi à faire face à la concurrence des grandes puissances comme les États-Unis et la Chine, la mise en place d’une telle politique est donc primordiale à l’Afrique dans sa volonté d’intégration régionale.
L’autre grand point qui a fait le succès des grands ensembles économiques comme l’Union européenne est la libre circulation des échanges, des marchandises et des personnes, surtout de la main-d’œuvre. S’il est vrai que la majorité des communautés économiques africaines ont adopté des dispositions et des protocoles sur la libre circulation des personnes et les droits de résidence et d’établissement, il n’en reste pas moins que beaucoup restreignent encore la libre circulation de la main-d’œuvre. Sur ce point précis, l’Afrique aura juste à mettre en œuvre et faire respecter les dispositions des traités déjà en place. Il y a encore trop de pays qui hésitent à ouvrir leur marché du travail, et ce pour diverses raisons, notamment pour des questions de sécurité ou du manque ou de l’absence de débouchés professionnels et du nombre limité d’emplois vacants. Les gouvernements africains devraient donc intégrer complètement et réaffirmer le principe de la migration de la main-d’œuvre dans les politiques nationales en matière d’emploi, de marché du travail et de développement avec des politiques de migration claires et transparentes.
Enfin, l’adoption d’une monnaie unique est également un des éléments clés du processus qui conduira l’Afrique vers une réelle intégration économique régionale. Cette idée est relativement ancienne sur le continent. L’association des Banques centrales africaines (ABCA), avait même fixé une date au début des années 2000 pour la création de la Banque centrale africaine qui devrait l’introduire et la mettre en circulation dès 2021. Il y avait eu également avant, la tentative de la CEDEAO en 1987 de mettre en place un programme pour frapper une monnaie unique qui devait voir le jour en 2000, au plus tard en 2003. Mais, malgré la bonne volonté de ces différentes communautés économiques régionales pour sa mise en place définitive, la procédure semble être longue du fait notamment de l’instabilité chronique de certaines monnaies africaines liée à la faiblesse des économies du continent, du manque de stabilité et d’harmonisation du taux de change, de la convergence de certaines politiques économiques et financières, etc.


























