Pétrole : L’alternative du BRICS

BRICSDepuis que les assises de leur pouvoir vacillent, de nombreux pays tentent de renégocier leurs alliances, sinon de changer de camp. C’est le cas des producteurs de pétrole, Libye en tête, qui promettent de s’en remettre particulièrement à la Chine, à l’Inde et à la Russie pour l’exploitation de leurs hydrocarbures puisqu’ils ont été « trahis » par l’Occident. Ces menaces  peuvent-elles réellement aboutir, quand on sait que les intérêts économiques et surtout la réalité géopolitique régissent les relations internationales ? Sur un plan purement industriel, le BRICS est parfaitement capable de relever le défi de récupérer et gérer l’exploitation des gisements de pétrole en litige dans le monde, singulièrement en Afrique. Surtout la Chine dont les besoins sont énormes et l’Inde, devenue un pays énergivore.

Pourquoi l’Afrique dans ces choix stratégiques ? Il est reconnu que les événements du 11 septembre 2001 ont fait basculer l’importance historique du Moyen-Orient dans l’exploitation et la production du pétrole. Or, détenant environ 10 % des réserves de pétrole de la planète, le continent africain se trouve au centre de toutes les sollicitations. Avec une augmentation de 40% entre 1990 et 2004, la production africaine devrait représenter près de 15% de la production mondiale vers 2020. Des chiffres qui attirent naturellement les gros joueurs du secteur dont les investissements en Afrique ont progressé de 4% en 2009 alors qu’ils chutaient de 16% dans le monde. D’ici 2030, les analystes estiment qu’ils devraient atteindre 30% des investissements mondiaux dans l’offshore.

L’Inde a fait le choix d’exploiter « son » pétrole en Afrique. L’année dernière, l'Ouganda et le Kenya se sont mis d'accord avec le Groupe indien ESSAR pour construire un oléoduc et une raffinerie afin d'exploiter un champ de pétrole et de gaz estimé à 2 milliards de barils dans la région du Lac Albert. ESSAR, un géant qui pèse 20 milliards $ de chiffre d'affaires, est également impliquée dans le business de l'acier et a été fondée en 1969 par les frères Shashi et Ravi Ruia. Cette course à l’Or noir africain que l’Inde mène désormais contre la Chine fait qu’à New Delhi, la société publique de gaz naturel et de pétrole, ONGC (Oil and Natural Gas Corporation), a conclu en 2010, des accords d’investissement d’un montant total de 359 millions $ avec son plus grand partenaire commercial en Afrique, le Nigeria. Et en Angola, elle a proposé de racheter pour un montant de 2 milliards $, les 25% de prise de participation dans un champ pétrolier du géant américain ExxoMobil. C’est dire l’importance que revêt cette énergie pour un pays qui est parvenu à maintenir une croissance de plus de 7% en 2009-2010, et dont les analystes prévoient une croissance du Produit intérieur brut (PIB) autour des 9 % en 2011-2012.

L’émergence de la Chine, 10% de taux de croissance par an, en fait le deuxième consommateur au monde de pétrole et l'Afrique fournit aujourd'hui à l'empire du Milieu plus du tiers de son brut. À Pékin, l’objectif a été clair dès le départ. Faire concurrence au Big Five américain (Total, BP, Chevron, Shell et Exxon Mobil). Après de timides engagements, le bal s’est enflammé avec la China Petroleum & Chemical Corporation (SINOPEC), qui, en rachetant la compagnie canadienne Addax Petroleum en août 2009, a acquis plusieurs permis d’exploration et de production pétrolières au Nigeria. Quelques mois plus tard, c’est la Chinese National Offshore Oil Corporation (CNOOC) qui a proposé au Nigéria 50 milliards $ pour acquérir des parts détenues par l’État dans vingt-trois permis exploités par des compagnies européennes et américaines (Royal Dutch Shell, Total, Eni/Agip, ExxonMobil, Chevron).

Quant à la Russie, elle revient progressivement dans le jeu en Afrique après longue disette ayant suivi la chute de l’URSS. Statut de superpuissance en ligne de mire, Moscou fait de nouveau la cour à plusieurs capitales africaines. Plusieurs groupes de la fédération de Russie sont intéressés à la manne africaine, dont le plus important est Lukoil, qui assure 18% du productible énergétique intérieur de la Russie et couvre près de 3% de la production mondiale. Présent au Maghreb, en Afrique occidentale et centrale, Lukoil possède un portefeuille africain conséquent.

Ces exemples suffisent donc à mesurer la pertinence des capacités réelles des pays émergents à bénéficier de nouvelles sources d’approvisionnement aux dépens des anciens « rentiers » occidentaux. Une tendance déjà en marche, compte tenu des conditions et avantages que cela apporte aux pays africains, s’estimant longtemps floués dans les termes d’échanges.

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