Londres 2012 : Décrocher une médaille, une question de gros sous.

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London 2012On le sait tous, les Olympiques font partie des activités humaines parmi les plus nobles. « L’important n’est pas de gagner, mais de participer », moralisait le baron Pierre de Coubertin, le fondateur des Jeux olympiques de l’ère moderne. « Plus vite, plus haut, plus fort », clame pour sa part la devise de ces mêmes Jeux (Citius, Altius, Fortius pour les lettrés qui ont eu la chance d’apprendre le latin).

Mais ces beaux principes, si louables soient-ils, ne font pas le poids devant la dure réalité. Pour faire partie de l’élite sportive, il faut des sous, beaucoup de sous ! Ainsi, le Canada, hôte des Jeux d’hiver de Vancouver en 2010, a investi plus de 120 millions de dollars canadiens (119M US$ ou 100M d’euros) pour s’assurer de faire partie du podium d’honneur à la toute fin des jeux.

L’objectif était clair. « Notre gouvernement s’est engagé à appuyer nos athlètes afin de leur donner les ressources et l’aide dont ils on besoin pour avoir du succès et s’emparer du podium », déclarait Gary Lunn, le ministre d’État aux Sports dans le gouvernement canadien. Le ministre ne se gênait donc pas pour établir un lien entre victoire olympique et … argent.  Nous sommes bien loin des nobles aspirations du baron de Coubertin.

On ne saurait blâmer M. Lunn pour son réalisme, car les résultats obtenus par les athlètes canadiens lui donnent raison. Parmi toutes les nations participantes, le pays de l’érable s’est classé troisième avec 26 médailles. Si l’on ne s’en tient qu’aux médailles d’or, le Canada a terminé les Jeux … bon premier avec 14 premières places. Une première dans son histoire. Mais une petite division élémentaire nous permet de conclure que le prix de chacune de ses médailles d’or s’élève à plus de 8,7 M$ (7,1 millions d’euros).

Ce qui pose la question suivante. Si le Canada, un pays développé faisant partie du club privilégié du G7, peut se permettre d’investir autant dans les sports d'élite, qu’en est-il des pays qui ne possèdent pas les ressources monétaires et les infrastructures sportives que l’on retrouve en Occident ou dans certains grands pays émergents tels la Chine ou le Brésil.

Et l’Afrique ?

Du début du mouvement d’accession à l’indépendance en 1960 à 2008, soit en douze Jeux d’été (nous avons fait abstraction des Jeux de Montréal, car les pays africains ne s’y sont pas présentés à cause de la participation de l’Afrique du Sud, alors sous le joug de l’Apartheid), les Africains se sont mérité 252 médailles, dont 68 d’or.

Ce bilan est bien maigre si l’on compare aux résultats d’autres pays. Par exemple, les États-Unis ont gagné à eux seul 2258 médailles d’or depuis les Jeux de 1896. John Hawksworth, économiste en chef du bureau londonien de PwC, une boîte de consultants d’envergure mondiale, a cherché à savoir si l’argent était un facteur explicatif du succès qu’obtiennent les diverses nations aux Olympiques. Ce qui pourrait jeter la lumière sur la piètre performance relative de l’Afrique.

« En général, le nombre de médailles gagnées est relié à ces deux facteurs suivants : la taille de la population des pays respectifs et la richesse de ceux-ci », observe M. Hawksworth dans son étude  Economic briefind paper : Modelling Olympic performance. L’économiste pondère toutefois ses propos en faisant observer que la corrélation entre la population, le PIB des pays et le nombre de médailles obtenues n’est pas parfaite. « David peut parfois battre Goliath, mais il faut s’attendre à ce que les grandes puissances comme les États-Unis, la Chine et la Russie continuent de dominer le classement des médailles », ajoute M. Hawksworth.

Mais qui sont ces David du concert des nations qui réussissent l’impossible, soit se hisser au rang des pays gagnant un nombre important de médailles sans disposer d’un PIB élevé ou d’un bassin de population important.

Ben Jones, un ingénieur d’origine canadienne vivant à Los Angeles et spécialiste en vulgarisation des statistiques, s’est amusé à dresser sur son blogue dataremixed.com un tout autre genre de classement des médailles. M. Jones a dressé la liste des pays qui obtiennent un nombre honorable de médailles, malgré le fait qu’ils disposent d’un PIB peu élevé (nombre de médailles par milliards de dollars de PIB) ou ne comptent que sur une petite population (nombre de médailles par millions d’habitants). Or, parmi ceux-ci, l’on retrouve un certain nombre de nations africaines.

Selon le premier critère du nombre de médailles par milliard de dollars américain de PIB, le Zimbabwe arrive… bon premier avec 0,9 médaille par milliard de dollars de PIB. Parmi les vingt premières nations, l’on retrouve quatre autres pays du continent ; soit, le Kenya au 4e rang (0,5 médaille par milliards de dollars de PIB) ; le Togo au 10e rang (0,32) ; l’Éthiopie au 12e rang (0,26) et, finalement ; Maurice 20e (0,1). À titre de comparaison, mentionnons que les grands champions que sont les États-Unis comptent sur moins que 0,1 médaille par milliards de dollars de PIB, soit moins que Maurice !!!

En matière de population, les pays africains qui se démarquent du lot sont plutôt rares. En effet, la première puissance africaine selon le critère des médailles en fonction de la population est Maurice au 25e rang avec 0,8 médaille par million d’habitants. Le pays africain suivant est le Kenya au 40e rang avec 0,38 médaille par million d’habitants. Notons cependant que les États-Unis se retrouvent au 45e rang, tout juste devant le Zimbabwe au 46e rang.

Il est intéressant par ailleurs de noter que la République démocratique du Congo (Congo-Kinshaha) se classe parmi le club peu envié des quatre plus grandes puissances qui n’ont obtenu aucune médaille en 2008 à Beijing. Le membership de ce club se dresse ainsi : le Pakistan (4e démographie du monde avec 179M d’habitants) ; le Bangladesh (9e, 142M); les Philippines (12e,94M) ; et, finalement, le Congo-Kinshaha (19e,68M).

L’économiste John Hawksworth  observe cependant que l’argent et la population n’expliquent pas tout. «  Deux autres facteurs rentrent en ligne de compte. L’appartenance à l’ancien bloc soviétique (Chine et Cuba inclus) et le fait d’être le pays hôte », soulève-t-il.

Or, à ce titre, l’Afrique est bien mal dotée. En effet, les Olympiques n’ont jamais eu lieu en Afrique. Mais, il s’agit d’une autre question que mon collègue Léopold Nséké abordera demain.

À quand des jeux africains ?

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