Rançon de leur succès économique, certains pays africains sont devenus, au cours des dernières décennies, un véritable pôle d’immigration à l’échelle du continent. Une immigration massive qui s’est parallèlement accompagnée d’un regain de comportement xénophobe et raciste chez les nationaux.
Ainsi, en Afrique du Sud, la présence des immigrés et l’incertitude quant à leur nombre nourrissent une solide xénophobie. Le pourcentage de cette population étrangère serait de 3% à 5% par rapport à la population totale mais ce chiffre n’est pas pris au sérieux car il ne tient pas compte des clandestins, nombreux dans ce pays où les frontières sont poreuses. Résultat : les estimations les plus farfelues circulent à ce sujet, ce qui accentue davantage le sentiment anti-immigrant dans la « Nation arc-en-ciel » et les incidents violents à l’encontre des étrangers à qui, comme ailleurs, on attribue tous les maux, de la délinquance au chômage et même au sida.
Les Africains francophones, les Mozambicains, les Malawites et les Zimbabwéens sont donc devenus une cible toute désignée. Les Sud-Africains noirs, longtemps confinés dans les townships et les bantoustans, les ont pris en grippe car ils les suspectent de voler leur travail et de profiter indûment des investissements ou des services qu’ils ont si longtemps attendus.
De même, la Côte d’Ivoire, terre d’accueil, pendant des décennies, de nombreux migrants provenant des autres États de la sous?région du fait de la souplesse des contrôles à ses frontières, a vu dans un contexte de crise économique et sociale et d’affirmation des identités, les représentations de l’étranger se dégrader. Dans ce cas précis, la crise de leur modèle de développement fondé sur l’expansion des cultures de rente et des produits miniers a constitué un facteur aggravant de cette répulsion envers les migrants perçus de plus en plus comme des concurrents pour l’obtention d’emplois en ville et pour l’accès à la terre.
Les processus de stigmatisation des étrangers se sont donc naturellement accrus. Ainsi, selon certains Ivoiriens dans les villes, les migrants dans leur grande majorité exercent beaucoup de petits métiers mais réinvestissent très peu en Côte d’Ivoire, préférant transférer leurs ressources dans leurs pays d’origine. Ils vivent dans la précarité la plus totale pour pouvoir rapatrier leurs ressources. Tout cela a créé une frontière de méfiance et de tension sociale entre les populations ivoiriennes et étrangères qui s’est traduite par la revendication publique de l’identité nationale à travers la notion d’ivoirité. Fondée sur la valorisation de l’autochtonie, elle est devenue populaire au début des années 2000, dans un contexte de baisse généralisée du niveau de vie de la population.
Au Gabon, la morosité économique et la dégradation des conditions de vie qui a suivi la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, ont lourdement pesé sur le destin des migrants, notamment sénégalais. Le pays pétrolier qui a toujours semblé jusqu’alors mieux loti que d’autres sur le continent, n’a pas pu échapper aux conséquences dévastatrices de cette dévaluation, mettant ainsi en relief comme à chaque fois en temps de crise, le migrant tout en précarisant sa condition. Cette situation a donc largement entamé l’hospitalité du peuple gabonais vis-à-vis de « celui qui vient manger son pain ». Cela d’autant plus que cette population étrangère était estimée à 44 % en 1993, soit près de la moitié de la population totale.
Les positions ouvertement xénophobes de la population ont été reprises par les opposants qui s’en sont servis contre le Président de la République alors présenté comme « celui qui a fait venir les indésirables ». Ce qui a contraint ce dernier à renforcer sa politique d’immigration en ordonnant notamment les expulsions de 1991 qui ont concerné essentiellement les Maliens, les Nigérians et les Équato-guinéens. Ces expulsions ont atteint leur paroxysme après la mise en place d’un Commissariat à la Gabonisation en 1992. Boucs émissaires commodes, accusés de tous les maux, les immigrés des matiti (quartiers populaires) étaient alors tenus pour responsables de la criminalité et de l’insécurité qui régnaient dans les centres urbains.
Au Nigéria, les migrants pour la plupart tchadiens, nigériens, camerounais, etc. séjournant dans les différentes villes du pays, sont aussi régulièrement reconduits aux frontières par centaines voire par milliers car soupçonnés, par le gouvernement, d’être en situation irrégulière mais surtout proches de la secte islamiste Boko Haram qui sévit dans le pays depuis des mois avec les attentats terroristes.
Ainsi, le développement des sentiments nationalistes ou xénophobes trouve souvent un écho favorable auprès des autorités qui l’intègrent très vite dans le débat politique.


























