Des flux migratoires sous forme de nomadisme des éleveurs et chasseurs-cueilleurs de l’époque ancestrale en passant par les exodes ruraux et les grandes migrations de travail que l’on connaît aujourd’hui, l’Afrique a toujours été une terre de mobilité. Même si ces migrations intra-africaines ont connu, au fil des années, des évolutions différentes et variées, elles demeurent avant toute autre chose des migrations de main-d’œuvre. En effet, que la dimension économique soit ou non au centre du projet migratoire, ces migrants ont toujours à l’esprit l’objectif de travailler.
Ainsi, les migrants qualifiés vont automatiquement se diriger vers les États et grandes villes industrielles possédant des moyens de transport (en particulier aérien et maritime) et de communication modernes pour poser leurs valises, car ceux-ci offrent des opportunités inédites ailleurs en Afrique. Jouissant généralement d’une situation favorable aux échanges internationaux (ils ont tous des débouchés maritimes), ces États ou grandes villes sont reliés à l’espace mondial. Une situation qui, associée au développement des transports et des nouvelles technologies de la communication, permet à ces migrants de se connecter au système migratoire mondial, faisant d’eux un lieu de transit pour les migrants désirant rejoindre l’Occident. Tandis que ceux intéressés par une migration durable, voire définitive, se tournent pour la plupart dans les secteurs comme l’industrie, le commerce, le secteur bancaire, etc.
Le secteur de la santé reste aussi naturellement l’un des grands secteurs économiques clés qui intéressent ces migrants qualifiés car c’est le plus touché par le manque de main-d’œuvre. Au cours des dernières années, de nombreuses infirmières diplômées et formées au Malawi sont parties travailler à l’étranger, notamment en Afrique du Sud alors même que le Malawi est confronté à l’une des pénuries d’infirmières les plus graves d’Afrique, avec près des deux tiers des postes vacants dans le système de santé publique.
Ainsi, des pays tels que l’Afrique du Sud, le Gabon, le Nigeria, le Sénégal, la Namibie et la Côte d’Ivoire forment un puissant pôle d’attraction pour de nombreux migrants qualifiés sur le continent. Il existe par ailleurs ce que les spécialistes appellent la migration intra-africaine de circulation qui concerne surtout certains domaines dont ceux du développement (ONG, ONU, coopérations décentralisées et bilatérales, etc.) ou de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il s’agit d’individus qualifiés qui circulent ainsi de façon assez équilibrée entre les États, créant parfois des réseaux de coopération entre leur pays d’origine et celui de destination. À côté de ces migrants qualifiés, l’on retrouve également une autre forme de migration plus populaire d’Africains plus ou moins pauvres qui se dirigent vers les grandes villes de leur nouveaux pays d’accueil pour exercer des métiers guère lucratifs et ne nécessitant que de modestes investissements au départ. Ainsi, les hommes sont souvent commerçants ambulants de légumes, de vêtements, petits commerçants de charbon, etc. tandis que les femmes sont bonnes et autres métiers domestiques.
Mais parmi ces commerçants, certains parviennent très bien à tirer leur épingle du jeu en tirant profit de certaines situations comme le différentiel de prix entre deux États ou la rareté d’un produit dans un État. Ainsi, s’est développé entre le Nigeria et le Bénin un commerce de céréales et d’essence par le biais de migrations transfrontalières dont la direction varie en fonction des avantages douaniers d’un pays ou de l’autre, provoquant une migration circulaire entre les deux pays. De même, de nombreuses femmes se retrouvent dans cette catégorie de « grand commerçant », à l’image des femmes mina togolaises ou bien yoruba nigérianes qui ont réussi à s’imposer comme de véritables femmes d’affaires surnommées les « mamas benz », en mettant à profit une longue tradition de commerce féminin. Un autre exemple est celui des femmes maliennes commerçantes des chemins de fer, commerce qui s’inscrit dans le cadre de réseaux sociaux et familiaux transnationaux, en particulier entre le Sénégal et le Mali.
Enfin, les villes ne sont pas les seuls espaces de destination pour cette migration de main d’œuvre. L’espace rural, notamment les zones de culture de rente comme le café et le thé en Afrique de l’Est et l’arachide au Sénégal, constitue également des espaces attractifs pour les paysans. L’accès à la terre reste donc encore aujourd’hui un facteur important de migration. Ces migrations foncières ont lieu soit dans le cadre de mouvements organisés par l’État (périmètres irrigués de l’Office du Niger par exemple) soit de façon spontanée (planteurs de caféiers et de cacaoyers burkinabés en Côte d’Ivoire).


























