Comme nous le disions en ouverture de ce dossier, la grande partie des migrations intra-africaines ont injustement été associées aux conflits. Les nombreux immigrés, estimés à près de 17 millions de personnes, qui empruntent les couloirs du continent, le font pour plusieurs raisons.
Le gros des migrations intra-africaines est de type volontaire. Comme l’expliquent les sociologues, « du point de vue des pays d'origine, ces migrations paraissent comme une fenêtre ouverte vers le monde, la liberté, l'accès à la modernité, vers une vie meilleure, et parfois vers la survie. Pour les pays d'accueil, cela apparaît comme un remède au vieillissement, un facteur de flexibilité, de main-d’œuvre bon marché, mais aussi de malaise face à une altérité rapidement considérée comme une menace. » Puis, on retrouve les migrations « involontaires », celles des réfugiés dont les déplacements, obligés par les conflits ou les catastrophes, sont également présents et varient au gré des événements.
Une récente étude de la Commission européenne sur les migrations Sud-Sud indique que la catégorie des migrations volontaires recouvre une grande diversité de types de migrants, hommes et femmes appartenant à toutes les catégories sociales et à toutes les classes d’âge. Toutefois, il s’agit majoritairement d’individus de moins de 40 ans, c’est-à-dire en âge de travailler : une large part des migrations volontaires relève des migrations de main- d’œuvre ; que la dimension économique soit ou non au centre du projet migratoire, ces migrants conservent comme objectif le fait de travailler, de se procurer un revenu en vue soit d’un retour, soit d’une installation durable. Les migrations volontaires ont ainsi largement participé à la croissance urbaine en Afrique au cours des cinquante dernières années, contribuant ainsi à l’émergence des pôles structurants cet espace.
Au niveau de ces migrations volontaires, on retrouve les migrations circulaires sans doute le type de migrations le plus ancien (sous forme de migrations saisonnières) sur le continent africain, renvoyant à la période précoloniale. Elles se définissent comme « une forme particulière de migration temporaire, caractérisée par la répétition des déplacements entre plusieurs lieux de résidence» et contrairement aux migrations temporaires, les migrations circulaires impliquent la répétition des voyages entre divers lieux de résidence, sans présupposer au préalable la durée du séjour dans l’un ou l’autre de ces lieux. Ce sont principalement des commerçants qui en font partie.
On retrouve ensuite les migrants temporaires qui se distinguent des autres catégories de migrants volontaires par l’hétérogénéité de leurs origines socio-économiques et par leur capacité à affirmer leur « rupture » avec leur groupe d’origine : ils partent pour eux et non pour le groupe. Leur projet migratoire, souvent imprécis au départ, se construit au fur et à mesure du parcours, en fonction des opportunités.
Enfin, il y a les migrants définitifs dont la concentration a contribué à la croissance des espaces urbains. Mais les villes ne sont pas les seuls espaces de destination des migrants définitifs : l’espace rural, notamment les zones de culture de rente (café et thé en Afrique de l’Est, arachide au Sénégal…) ont constitué des espaces attractifs pour les paysans. L’accès à la terre est aussi un facteur important de migration ; ces migrations foncières ont lieu dans le cadre de mouvements organisés par l’État (périmètres irrigués de l’Office du Niger).
Quant aux réfugiés, leurs migrations sont forcées en ce sens qu’elles se distinguent des migrations volontaires dans le sens où elles surviennent dans un contexte de crise aiguë et se caractérisent par une rupture dans le fonctionnement d’une société et dans son espace de vie. Elles se caractérisent comme on l’a dit plus haut, par des calamités naturelles (réfugiés écologiques), des conflits et persécutions (réfugiés et déplacés) ou des expulsions et retours forcés. Le Haut commissariat pour les réfugiés et la Croix-Rouge internationale évalue à près de 10 millions le nombre de réfugiés sur le continent africain. Ce chiffre varie peu en raison de la persistance des conflits dans les zones les plus sensibles du continent depuis un quart de siècle, notamment la région des Grands Lacs et l’Afrique de l’Est ; et à cause du retour de certaines catastrophes climatiques, sécheresse ou inondations.
Cette analyse nous permet donc de mieux comprendre la dynamique migratoire intra-africaine faite, comme sous d’autres cieux, de circonstances voulues ou imposées. Nous verrons dans le détail les activités de chacun de ces groupes dans le prochain article de ce dossier.


























