La dynamique des migrations africaines n’a pas pour seul axe les autres continents. Le phénomène est tout aussi marqué à l’intérieur du continent où des milliers d’Africains changent de location chaque année. L’ampleur du potentiel de ces migrations varie cependant d’une zone à l’autre de l’Afrique et il faudra nécessairement oublier l’image dominante d’une migration africaine Sud-Nord pour préciser que la grande majorité des migrations économiques africaines se font à l’intérieur même du continent.
Cette dimension économique est l’une des composantes des migrations dans le continent où les migrations forcées dans lesquelles se retrouvent les réfugiés et les « déplacés » sont nombreuses. Résultat malheureux des nombreux conflits latents aux quatre coins de l’Afrique.
De ce portrait complexe, c’est la sociologue Sylvie Bredeloup qui nous en donne un meilleur aperçu. « Il y a quelques années, révèle-t-elle dans une étude parue aux Éditions du Quart Monde, on recensait officiellement 7,2 millions migrants africains implantés dans un des trente pays de l’OCDE, dont 1,2 million de ressortissants ouest-africains. En revanche, selon des évaluations établies à partir de multiples recensements sur le continent noir, l’Afrique de l’Ouest abrite quant à elle 7,5 millions de migrants, originaires d’un autre pays ouest-africain. Autrement dit, 86 % des migrations ouest-africaines sont aujourd’hui intra-régionales et principalement frontalières. Et même si l’urbanisation se développe très vite en Afrique, continent où la population des villes a le plus augmenté ces cinquante dernières années (4 ,3 % par an pour 1,2 % en Europe, 3,4 % en Asie), le milieu rural demeure encore la zone de départ tout comme le point d’arrivée de la majorité des immigrants : il s’agit surtout de ruraux effectuant une migration ponctuelle vers des plantations ou des gisements miniers, pétroliers. »
Les derniers chiffres des instituts de migrations internationales sont également assez édifiants à ce sujet. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 19,3 millions de personnes sont concernées par les migrations à travers les régions d’Afrique, soit 1,9% de la population totale du continent.
Les principaux points d’accueil de l’immigration économique se retrouvent généralement en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et en Afrique australe et les dernières données de la Banque mondiale sur les migrations intra-africaines affichent le classement suivant : Côte D'Ivoire, Afrique du Sud, Ghana, Nigeria, Burkina Faso, Kenya, Soudan, Tanzanie, Ouganda, et Éthiopie. Si la Côte d'Ivoire exerce un fort potentiel d’attraction, l’Afrique du Sud demeure le pays qui accueille le plus d’immigrés, réfugiés compris.
Victime de sa réussite économique et surtout de son émergence fulgurante, la nation « arc-en-ciel » dispose d’une population immigrée qui compte pour 3 à 5% de la population totale du pays. Selon le dernier recensement disponible, on parle donc de 345 161 Africains étrangers en 2001. Dix ans plus tard, le taux a certainement changé compte tenu de nouvelles opportunités offertes aux travailleurs saisonniers et permanents.
Comme dans les autres points du globe, on remarque donc que le principal facteur de mobilisation des migrants reste la recherche de meilleures conditions de vie. Les données de la Banque mondiale concluent ainsi avec les principaux couloirs migratoires sub-sahariens : Burkina Faso-Côte d'Ivoire, Zimbabwe-Afrique du Sud, Côte d'Ivoire-Burkina Faso, Ouganda-Kenya, Érythrée-Soudan, Mozambique-Afrique du Sud, Mali-Côte d'Ivoire, République démocratique du Congo-Rwanda, Lesotho-Afrique du Sud, Érythrée-Éthiopie.
On peut donc voir, comme ailleurs, que les pays les plus recherchés demeurent ceux qui ont une meilleure stabilité politique et surtout offrent des opportunités d’emploi, légales mais aussi, illégales.


























