Les zones économiques spéciales : tremplin ou servitude ?

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Les zones économiques spéciales : tremplin ou servitude ?Pour ou contre les zones économiques spéciales (ZES) ? La réponse, qui est loin d’être si simple, dépend souvent de quel côté de la clôture se trouve le répondant. Même si, a priori, investisseurs étrangers autant que pays d’accueil y trouvent leur compte.

Il n’existe pas de recette magique ou de méthode universellement applicable pour l’implantation de chaque ZES. La règle du « cas par cas » est ici incontournable et comporte son lot de surprises, bonnes ou mauvaises. Si la Chine a montré la voie il y 30 ans en se propulsant au rang de puissance mondiale avec ses différents projets, tous ne peuvent espérer aussi bonne fortune. L’Empire du Milieu possède la population (1,4 milliard), une abondance de capitaux internationaux provenant de sa diaspora, ainsi que des lois et normes du travail très aléatoires.

Capital financier et capital humain, deux éléments essentiels du succès chinois qui font trop souvent défaut dans les pays qui tentent de reproduire le modèle. Mais ça ne suffit pas. En Inde, où on tente depuis le début des années 2000 de récupérer le miracle asiatique, les ZES ont laissé un goût amer à plusieurs.

Prétextant « l’intérêt public supérieur », le gouvernement indien donne pleins pouvoirs aux compagnies étrangères venues investir de fortes sommes pour développer leurs projets. Ces dernières peuvent aller jusqu’à déposséder des propriétaires de leurs terres, sans contrainte aucune, ce qui a causé de graves crises sociales au sein de la population. Devant des conditions si favorables, les propositions de ZES ont explosé. Alors que seulement 19 projets ont été autorisés avant 2005, 260 ont été déclarés entre 2005 et 2008. « Un accord formel a été donné à 552 autres demandes, et 141 ont reçu une approbation de principe », apprend-on sur le site de DPH (Dialogues, propositions, histoires).

Peu de règles

Ces politiques économiques qui devaient développer le territoire et favoriser l’industrialisation, ont trop souvent eu l’effet contraire. L’absence de règles et de contraintes dans certains pays aidant, les ZES ont eu tendance à s’installer dans les régions les plus industrialisées du territoire. Ce phénomène, normal vu la qualité des infrastructures existantes, n’a fait qu’accentuer les inégalités régionales. Toujours en Inde, 75% des ZES sont concentrées dans seulement six États du pays qui en compte pourtant 28. Les territoires choisis sont bien sûr les plus développés.

Une autre critique souvent formulée est que ce modèle économique ne favorise pas le développement de nouvelles compétences chez la population locale. Trop souvent, les locaux ne possèdent pas la formation nécessaire pour les emplois créés et offerts. Les habitants, déjà bousculés par ces changements soudains du territoire, restent donc spectateurs du développement qui s’opère sous leurs yeux.

Et l’Afrique ?

Bien épaulé par Pékin, le continent noir a tranquillement pris le virage ZES au cours des dernières années. Promoteurs et responsables gouvernementaux parlent évidemment « d’impact positif, de dynamisation du secteur privé et de création d’emplois nouveaux ».

Chef du Centre de recherche d’études politiques et stratégiques (CREPS) de l’Université Yaoundé II Soa au Cameroun, Joseph Vincent Ntuda Ebodé s’est exprimé sur la question à l’agence de presse Xinhua (Chine nouvelle). Il estime que les ZES se transposent encore mal en Afrique.

« Quand vous prenez un certain nombre de pays africains, pendant longtemps on a parlé par exemple du modèle de l'île Maurice qui semblait fonctionner. Mais si vous prenez un cas comme le Cameroun, entre les zones franches et les points francs, il est difficile aujourd'hui de considérer que la petite croissance économique qu'on observe est essentiellement impulsée par les zones franches ou les points francs. Donc, on peut de manière générale dire que ce concept a connu des destins divers en fonction des pays », mentionne l’universitaire.

Dans les faits, cet espace que les Africains n’occupent pas sur leur territoire, d’autres le prennent. Toujours selon le professeur Ebodé, il est donc capital de développer une élite locale qui pourra à son tour agir en exploitant et donneur d’emplois. C’est la seule façon de garantir succès et pérennité du modèle économique proposé.

« Le pays qui fait cette zone franche doit pouvoir dégager des moyens financiers et avoir une élite capitalistique capable de rentabiliser ces moyens, poursuit le Camerounais. Lorsque vous créez une zone franche en attendant que les moyens financiers viennent de l'extérieur, les experts en tant que ressources humaines également, je crois que vous devez nécessairement vous attendre à des résultats marginaux. Les zones franches, à mon avis, doivent être conçues pour que les mesures applicables aux nationaux soient de nature à les inciter à lancer eux-mêmes leur propre économie. Dans la plupart des pays africains, on continue d'attendre les gens qui viendront s'implanter dans ces zones franches. »

Les ZES sont le rendez-vous du « donner » et du « recevoir ». Et dans ce type de rencontres, les seuls États qui tirent leur épingle du jeu sont ceux qui répondent aux conditions du marché. Car le marché a toujours raison, toujours. Et c’est tout aussi vrai en Afrique.

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