La dernière crise financière a également forcé les gouvernements africains à trouver d’autres alternatives pour attirer les capitaux, des investisseurs et des entreprises afin de relancer l’activité économique. Parties de zéro, les capitales du continent noir veulent rattraper le train.
Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale pour la région Afrique, déclarait en 2009 que « l’impact de la crise économique actuelle sur l’Afrique met en évidence la fragilité des économies monolithiques et justifie clairement la diversification au profit de secteurs non classiques ». Les modèles asiatiques sont très vite apparus comme des exemples à suivre. Et Madame Ezekwesili de rajouter, « Les expériences spécifiques de la Malaisie, de Singapour et de la Chine dans la mise en place de zones économiques offrent une option stratégique pour le renforcement de la compétitivité. Elles permettent aussi aux participants d’améliorer leurs compétences dans le domaine de la conception des pôles de croissance axés sur l’agriculture, l’agro-industrie, les activités de fabrication légère et l’industrie, entre autres ».
Après plusieurs mois d’échanges parrainés par la Banque mondiale, la Chine a été la principale destination de choix pour les décideurs africains et un rapport du Fonds monétaire international publié il y aura tout juste un an, indique l’importance de Beijing dans la réalisation de ces projets. Dans le cadre de sa stratégie consistant à «aller à l’étranger», la Chine installe plusieurs zones économiques spéciales (ZES) en Afrique subsaharienne. Cinq ZES sont actuellement en cours d’aménagement dans quatre pays de la région (Zambie, Nigéria, Maurice, Éthiopie) et une en Égypte. Pour ce faire, 250 millions de dollars ont été investis par la Chine jusqu’à la fin de 2010. Ces projets sont conformes à l’engagement pris lors du Forum sur la coopération sino-africaine de 2009, aux termes duquel trois à cinq des cinquante ZES qui seraient créées à l’étranger à moyen terme le seraient en Afrique.
Les entreprises chinoises jouent généralement un rôle moteur dans la création des ZES et la promotion de pôles industriels dans le secteur manufacturier. Le lieu d’implantation des ZES en cours de construction a été choisi à l’issue d’un appel d’offres formel auquel ont répondu des entreprises chinoises privées ou d’État. Celles-ci ont également négocié avec les pouvoirs publics des pays subsahariens concernés au sujet d’incitations et de responsabilités particulières.
La plupart de ces zones sont soumises à un régime type, sans dispositions dérogatoires particulières. Les promoteurs chinois (ou une coentreprise réunissant un promoteur chinois et ses partenaires subsahariens) construiront des infrastructures dans ces zones, et les pouvoirs publics locaux se chargeront de leur approvisionnement en électricité, eau et gaz, de leur desserte par des voies de communication, etc.
Globalement, l’objectif des ZES est d’inciter d’autres acteurs de l’industrie manufacturière à investir (principalement des entreprises chinoises, même si certaines zones sont également accessibles à des investisseurs locaux et non chinois) afin de créer des synergies au niveau des pôles industriels.
De leur côté, les autorités chinoises apportent généralement des subsides et une aide à la constitution de réseaux aux promoteurs de ces zones. Ainsi, chaque promoteur peut bénéficier de 200 à 300 millions de renminbis (29–44 millions de dollars) de subventions et 2 milliards de renminbis (294 millions de dollars) sous forme de prêts de longue durée. Les subventions auxquelles les promoteurs peuvent prétendre représentent jusqu’à 30 % de certains des coûts préalables aux travaux de construction. L’État chinois a également organisé des événements commerciaux pour assurer la promotion des ZES et aidé les promoteurs à trouver des solutions aux retards qu’accusaient certains projets à Maurice et au Nigéria.
On ne peut donc pas parler pour le moment de différences notables dans l’établissement de ces zones puisqu’elles s’inspirent toutes de réussites. Il y a simplement à attendre les premiers résultats tangibles de leurs réalisations. L’économie y gagnera-t-elle notablement ? C’est à voir. Mais déjà, les spécialistes du FMI y trouvent des avantages certains. Bon nombre des bénéfices résultant des échanges de l’Afrique subsaharienne avec ses nouveaux partenaires, y compris ses partenaires régionaux, sont les mêmes que ceux qui sont généralement associés à un essor du commerce international, relève-t-on dans le même rapport sur les Perspectives économiques régionales en Afrique subsahariene. Pour le FMI encore, La multiplication des échanges imputable aux partenaires émergents favorise la spécialisation en fonction des avantages comparatifs, stimulant ainsi la productivité et la production. En majorant les économies d’échelle, le commerce avec des partenaires émergents fait baisser les coûts de production en Afrique subsaharienne et accroît la diversité des marchandises disponibles, aspect particulièrement important pour la plupart des petits pays subsahariens ayant une petite classe moyenne. Les exportations subsahariennes vers de nouveaux partenaires produisent également des effets dynamiques pour la région, par le biais des transferts de technologie et des incidences sur la croissance économique de l’apprentissage par la pratique.


























