Le Congo-Brazzaville vient d’annoncer son intention de créer des Zones économiques spéciales (ZES). Ce pays pétrolier de l’Afrique centrale prévoyant que ses ressources en or noir, qui représentent actuellement 90% des exportations et 85% des recettes de l’État, vont diminuer en raison du « vieillissement » de certains gisements, tente ainsi de diversifier son économie. « Les ZES représentent l’espoir de demain. Elles vont nous faire oublier le pétrole », a expliqué Alain Akouala Atipault, le ministre des ZES.
Une zone économique spéciale est une enclave dans laquelle les lois économiques sont plus libérales et donc plus avantageuses pour les entreprises, que celles pratiquées dans le reste du pays. Ces dernières peuvent ainsi s’y installer à bon compte, produire et exporter sans « tracasseries » bureaucratiques grâces à certaines mesures mises en place par les autorités du pays. Ces leviers leur permettent de voir leurs coûts d’investissement, de financement et d’exploitation réduits considérablement par rapport à un environnement économique « classique ». Ces mesures incitatives se traduisent le plus souvent par des réductions fiscales qui se matérialisent, par exemple, par la création d’une zone franche sans taxes ni droits de douane; mais également par des aides directes à l’installation comme l’instauration d’une prime à l’investissement ou la fourniture de terrains et de locaux à prix réduits.
Le Congo veut développer quatre ZES d’ici 2015, dans les capitales politique et économique que sont Brazzaville et Pointe -Noire (sud), à Ollombo-oyo (centre-nord) et dans le site forestier de la Sangha (nord) récemment inscrit au patrimoine mondial. « Les ZES ne seront une bonne initiative pour les Congolais que quand elles auront changé la donne économique. On veut réellement que ces ZES nous apportent un plus dans l’économie, et surtout des emplois dans un pays où le chômage gagne chaque jour du terrain », a commenté l’économiste congolais Alain Kiba Maba, à l’annonce du projet.
Ainsi, le Congo espère, avec la création de ces ZES où les investisseurs bénéficieraient d’avantages sur le plan fiscal et administratif, donner un coup de fouet à la croissance et prévenir une éventuelle crise économique alors qu’une « grande majorité de champs en production depuis les années 80 ont atteint une phase mature et amorcé leur déclin ».
Les zones économiques spéciales, ces enclaves libres de fiscalité et de pesanteurs administratives, ont vu le jour en Chine où elles ont fait leur preuve en favorisant selon beaucoup d’experts, le démarrage économique du pays dans les années 80. Depuis, beaucoup d’États, notamment les pays émergents et en développement, suivent ce modèle. On a donc vu naître, au cours des deux dernières décennies, de nombreuses zones économiques spéciales un peu partout dans le monde.
Le Brésil, le Pérou, l’Iran, l’Inde, la Jordanie, les Émirats arabes unis, la Corée, le Kazakhstan, le Pakistan, les Philippines, la Russie, l’Ukraine, la Pologne, les Philippines, la Corée du Sud et des pays africains comme le Gabon, la République démocratique du Congo, le Kenya et la Zambie, sont autant de pays qui ont tenté l’expérience des ZES avec l’espoir d’importer des nouvelles technologies et de nouveaux modes de gestion économique.
Selon un rapport de 2008 de la Banque mondiale, il y avait à l’époque près de 3000 ZES déjà créées ou en projet, réparties dans 135 pays (un chiffre qui a sans aucun doute augmenté depuis). Ces initiatives représentaient à l’époque plus de 68 millions d’emplois directs et plus de 500 milliards de dollars d’échanges de valeur ajoutée entre zones. Ces ZES peuvent-elles alors être perçues comme un modèle de réussite économique à travers le monde?
« Les ZES peuvent être un outil efficace dans le cadre d’une stratégie de croissance globale misant sur la compétitivité et les investissements directs étrangers », soulignait le rapport de la Banque mondiale. Un outil efficace qui a fonctionné pour l’Amérique du Sud et l’Asie qui comptent de véritables succès, ce qui n’est pas encore le cas en Afrique où, selon le même rapport, « beaucoup d’expériences ont échoué ».


























