Scandales bancaires : des réseaux et un système vulnérables

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scandales bancaires,financesLe phénomène est global et n’épargne aucune structure. La crise financière qui frappe l’économie mondiale depuis 2008 vient en grande partie d’une cupidité irraisonnée des opérateurs économiques. Ces derniers ont toujours su trouver des failles à travers les mailles du filet sécuritaire imposé par les agences de régulation et les États. Face au désastre planétaire, quelques propositions ont été avancées pour contrer ces dérives.

On l’a vu, les crises bancaires peuvent provenir de l’intoxication de titres ou de la manipulation de données et des transactions au sein même du système financier international. Puisque la confiance des investisseurs vient de subir un nouveau revers avec l’affaire Barclay’s, il faudra développer des trésors d’imagination pour se battre contre la spéculation qui est au cœur des scandales à répétition dans le secteur financier.

 

Il y a quelques années, certains ont émis l’hypothèse de laisser les banques s’autoréguler. Sans succès. Compte tenu des manipulations incessantes, il fallait en conclure qu’elles sont irresponsables, comme l’affirme sans ambages l’économiste français Olivier Pastré. Pour ce professeur d’économie, comme pour quelques autres analystes peu écoutés, les débats techniques n’apporteront pas vraiment de réponses à la déroute morale et éthique installée au cœur du système bancaire.

Un réseau vicié

Une réforme de l’environnement des banques pourrait être une piste efficace à la longue bataille contre cette Hydre de Lernes. Le professeur Pastré indique entre autres que « les marchés de gré à gré, ni centralisés ni contrôlés, représentent 90 % des marchés financiers (10 % pour les bourses). 90 % des marchés financiers ne sont donc soumis à aucun contrôle, de quelque nature qu’il soit. C’est un peu inquiétant et cela contribue à de nombreuses dérives. Les banques, dans un environnement concurrentiel, participent à ces dérives (ce que l’une ne fait pas, l’autre le fait). »

« Le shadow banking - ou banque fantôme -, ajoute-t-il, désigne les acteurs qui exercent des activités bancaires sans avoir les contraintes d’une banque. Les États-Unis sont champions du monde dans ce domaine. À l’origine de la crise des subprimes, les erreurs avaient moins été le fait des banques que de toutes les institutions financières non bancaires qui, n’étant pas régulées, pouvaient faire n’importe quoi. Ce n’est pas pour exonérer les banques américaines de leur responsabilité mais Countrywide, le principal opérateur sur le marché des subprimes, n’était pas une banque. »

D’autre part, il est également essentiel de convaincre les responsables politiques de l’absurdité des normes comptables et des normes prudentielles actuelles ou en cours d’élaboration. Les nouvelles normes comptables - dotée d’une fair value, ou juste valeur - consistent à attribuer un prix à quelque chose qui n’a pas de prix de marché : le crédit. Olivier Pastré, comme l’ensemble des spécialistes, estime qu’en période de croissance, ce n’est pas grave. « Mais en période de crise, l’obligation faite aux banques d’accumuler des provisions les poussera, dans vingt ou vingt-cinq ans, quand la crise sera terminée, à reproduire les erreurs commises les années précédentes. »

Des réponses politiques à la crise

Parallèlement aux débats des spécialistes, les États durement frappés par les multiples crises bancaires s’essaient à la fois à une réglementation et à une supervision des activités financières.

En Europe, dans le cadre des réformes, trois autorités de surveillance ont été mises en place l'année dernière afin d'aider les autorités nationales de réglementation à coordonner leur travail et d'assurer une application cohérente de la législation européenne. Au mois de juin dernier, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a émis l’idée de la création d'une union bancaire afin de rétablir la confiance dans les banques et de la monnaie commune, et en vue d'une intégration économique et budgétaire à long terme. Les principaux éléments de cette union seraient les suivants:

  • des règles bancaires communes à toute l'UE, dont des prescriptions communes mais souples quant aux exigences imposées aux banques en matière de fonds propres;
  • un organisme européen unique de contrôle bancaire qui serait investi des pouvoirs de surveillance directe des banques présentes dans plusieurs pays ainsi que des grandes banques, afin de faire respecter les règles et de superviser les contrôles de risque;
  • des règles communes en matière de prévention de faillites bancaires et d'aide aux banques en difficulté financière, afin d'éviter le recours à des sauvetages financés par les États;
  • un système unique de garantie des dépôts afin de protéger dans toute l'UE les avoirs des épargnants et des investisseurs, et de renforcer ainsi la confiance dans le système bancaire.

Aux États-Unis, la règle Volcker qui s’imposera cette année, vise à interdire aux banques qui collectent les dépôts des ménages de réaliser des opérations spéculatives et a été intégrée au Package législatif - Dodd-Frank - adopté au Congrès en 2010 et révisant toute la régulation financière. Plusieurs en avaient mis en doute l’efficacité, mais le scandale JP Morgan & Chase a fini par convaincre les plus rétifs à se rallier à cette législation.

En Grande-Bretagne, le gouvernement de David Cameron envisage pour 2015 de séparer au sein de chaque groupe bancaire la banque de détail de la banque de financement et d’investissement (BFI). Comme le rapportent les dépêches lors des travaux de la Commission mise sur pied à cet effet et présidée par John Vickers, « il a été proposé un cloisonnement des activités de banque de détail à l'intérieur des grandes banques universelles pour que le Royaume-Uni soit le premier pays à mettre en place des réformes structurelles pour que la garantie de la puissance publique donnée aux déposants particuliers ne subventionne pas implicitement les activités de trading et d'investissements financiers comme c'est le cas aujourd'hui. »

Ces deux options sont cependant différentes puisque selon la majorité des économistes, « l’approche américaine est à la fois plus ciblée et radicale. Les Américains veulent interdire les activités spéculatives pour compte propre des banques et maîtriser le risque sur les produits dérivés en incitant très fortement leur traitement dans un processus identique à celui des actions cotées. Cette approche a des implications plus évidentes et une mise en œuvre plus simple pour l’industrie financière ».

C’est peut-être l’une des voies les plus sûres pour limiter drastiquement les tentations et les catastrophes qui peuvent s’ensuivre. Mais il n’en demeure pas moins que le volet coercitif devrait également être revu à la « dure ». Sanctionner financièrement les établissements fautifs et condamner plus sévèrement les responsables de ces dérives… en attendant les prochains scandales.

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