« Il y a lieu que sous la présidence de François Hollande, la France fasse mieux que par le passé pour que nous puissions arriver à un partenariat stratégique. Sur le plan commercial, financier et économique, nous sommes très liés, nous partageons le même destin. » C’est par cette déclaration que Yayi Boni, président du Bénin et président de l’Union Africaine, espère des changements dans les relations franco-africaines.
Rien de nouveau cependant dans cette déclaration, car il en est ainsi à chaque nouvelle élection présidentielle dans l’Hexagone. Que l’Afrique s’invite au cours de la campagne est bien mais dans les faits, il y a très peu de choses qui changent. Ou, s’il y a des modifications d’alliances et des divergences d’intérêts, c’est parce que, désormais, l’Afrique a multiplié ses canaux de coopération.
Les autorités françaises y sont extrêmement sensibles et de fait, les principaux candidats à la dernière élection avaient proposé de nouveaux cadres de coopération et de partenariat avec le continent. Même le très patriotique Front National promettait de « rompre avec la France-Afrique corruptrice et poser les bases d’une politique africaine fondée d’une part sur un respect réel des souverainetés nationales africaines, d’autre part sur un soutien fort par l’État français des investissements privés français en Afrique en échange d’une inversion des flux migratoires. »
Ce n’est pas nouveau, disions-nous. En 2006, l’UMP, par la voix de son président national d’alors, Nicolas Sarkozy, affirmait vouloir « construire une relation assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé […] des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent » et demandait au contraire « plus de transparence » et un lien entre la France et l’Afrique reposant beaucoup moins sur la « personnalisation des relations ».
Mais au-delà des appréhensions habituelles, il faudrait admettre ce que de très rares analystes africains se permettent. Le président de la République française, quel que soit son camp, est d’abord élu pour défendre les intérêts de la France. Et dans la franchise qu’on lui a reconnue, le même Nicolas Sarkozy déclarait en cette même année 2006 que « la France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie ».
Ce ne sont donc pas quelques postures qui feront croire que les lignes vont bouger à court ou à moyen terme. Les Africains doivent être les premiers à réviser leur attitude face à la France et donner à leur pays une image plus responsable.
Si on doit parler d’un éventuel rééquilibrage de partenariat, il faudrait en arriver à l’élimination de certaines barrières qui continuent à faire des relations franco-africaines, un rapport entre colon et colonisés. Ce constat part des multiples accords de défense et d’assistance aux échanges commerciaux largement défavorables à l’Afrique.
Un rééquilibrage de partenariat avec l’Europe et la France passe par un rééquilibrage général des relations avec tous les partenaires internationaux. On ne peut prétendre imposer le respect en étant à découvert sur tous les flancs de la coopération internationale. À chaque tournant idéologique global, l’Afrique apparaît comme un territoire de toutes les expérimentations.
En Europe, ce constat est plus appuyé. Lors d’un colloque de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) tenu l’année dernière sur les relations entre l’Union européenne (UE) et l’Afrique, Philippe Hugon, directeur de recherche dans l’organisation disait que l’Europe « n’était plus qu’un partenaire pour l’Afrique, parmi tant d’autres ».
Mais d’après le chercheur, « les relations entre l’Europe et l’Afrique restent fondamentalement asymétriques. La Politique Agricole Commune (PAC) représente environ 50 milliards d'euros par an. Le Fonds Européen de Développement (FED), c'est-à-dire les fonds d'aide de l'Europe à l'Afrique, représente une aide estimée à 5 milliards d'euros. L'aide européenne à l'agriculture africaine représente, quant à elle, environ 500 millions d'euros ».
Henri-Bernard Lecomte-Solignac, chef d’Unité Afrique au Centre de développement de l’OCDE, rappelle que l’Occident n’est plus le seul pourvoyeur d’aide pour l’Afrique comme il l’était autrefois. L’émergence de la Chine et des nouveaux partenaires consacre ce que l’on pourrait appeler la « fin de l’ère postcoloniale ». Selon M. Lecomte-Solignac, « nous ne sommes plus dans le face-à-face exclusif entre l’Europe et l’Afrique car les cartes ont été redistribuées et la part des partenaires économiques nouveaux, est en forte progression ces quinze dernières années. Elle représente 1/3 du commerce pour le continent. De ce tiers de commerce, la Chine représente à peu près la moitié. L’autre moitié est constituée de six/sept pays. Quant aux 2/3 restants, ils sont encore faits avec les pays occidentaux, au premier rang desquels se trouve l’Union européenne. Le continent africain se normalise. Il s’ouvre à de nouveaux partenaires. Il négocie, il collabore, il échange avec le reste du monde. La relation privilégiée Europe-Afrique s’est estompée avec le temps ». Ce constat s’applique bien évidemment aux États, dont la France.
La fin de la « Françafrique » devrait donc nécessairement se poursuivre en Afrique, au sein des institutions étatiques et chez les décideurs politiques et économiques, afin de lever toute ambiguïté dans nos rapports avec la France, voire l’Europe. Il faut les dépassionner en plus de faire preuve de volonté et « d’indépendance », c’est un impératif catégorique.


























