Véritable système mis en place après la vague des indépendances africaines des années 60, le concept de « Françafrique » a plusieurs fois été déclaré mort. Son existence revient au premier plan de l’actualité à la faveur de l’arrivée de François Hollande au pouvoir. Si, historiquement, c’est la « Gauche » française qui a voulu changer la nature des relations avec le continent africain sur un mode plus éthique et moral, rien ne s’est réellement traduit dans les faits, ou très peu.
« Engager une rupture avec les vieilles pratiques de la "Françafrique", ce système de réseaux d'influences et d'accords secrets ayant longtemps caractérisé les relations entre Paris et ses ex-colonies », voilà la promesse de campagne du tout nouveau président de la République française. Cette déclaration bien intentionnée fera-t-elle long feu ?
Plusieurs analystes et responsables politiques africains veulent bien y croire. Plusieurs sont optimistes, à l’instar d’éditorialistes de journaux sénégalais, encore remontés contre le fameux discours de Dakar au cours duquel Nicolas Sarkozy avait choqué en disant que « l’homme africain n’était pas assez entré dans l’histoire ». C’est cependant Agbéyomé Kodjo, ancien premier ministre togolais, qui résume le mieux la situation : « Le monde du XXIe siècle s'est tellement métamorphosé avec des exigences de justice et de prospérité partagée par les peuples africains, qu'à mon avis la ‘’Françafrique’’ aura du mal à prospérer. M. Hollande n'aura d'autre choix que de favoriser l'instauration de la démocratie et de la bonne gouvernance dans nos pays", juge-t-il.
Quand on sait qu’au début de son premier mandat, François Mitterrand avait « éloigné » son ministre de la coopération Jean-Pierre Cot pour avoir pris à la lettre sa mission et que Nicolas Sarkozy avait choisi de « liquider » Jean-Pierre Bockel, coupable d’une application intégrale de la nouvelle attitude vis-à-vis des complaisances héritées d’un autre âge, il y a fort à parier qu’il sera vraiment difficile pour le nouveau locataire du Palais de l’Élysée de changer facilement la donne. La bataille sera rude parce que la « Françafrique » draine des intérêts de trop grande importance pour la France et parce que plusieurs dirigeants africains disposent encore d’oreilles attentives dans plusieurs officines de l’Hexagone pour se maintenir au pouvoir.
Interrogé par l’Agence France Presse, Lécas Atondi Momondjo, analyste politique au Congo-Brazzaville, juge à cet effet qu'« on ne peut pas penser un seul instant que l'arrivée de Hollande va marquer la fin de la ‘’Françafrique’’, pour la simple raison qu'elle n'est pas née avec Mitterrand, ni Chirac, ni Sarkozy ». « C'est, insiste-t-il, un important ‘’pacte colonial’’ qui perdure au nom de la défense par la France de ses intérêts économiques et de son poids diplomatique à l'ONU.
François Hollande avait cependant promis, dans une entrevue au mensuel Afrique Magazine (AM), «une France plus présente aux côtés des États démocratiques et francophones». Pour le socialiste, il fallait purement et simplement « mettre fin à la ‘’Françafrique’’ et à ses miasmes, et faire la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance en Afrique. »
Témoin dans la même entrevue, cette assurance : «Je pense qu'une rénovation en profondeur des relations avec l'Afrique est possible. C'est mon engagement que de mettre en œuvre cette vision (…), en mettant fin au soutien par la France à des régimes corrompus et portés à bout de bras contre la volonté des peuples africains (…) car la relation entre la France et ses partenaires africains doit se faire entre égaux, sans rapports de subordination».
De l’intention à l’action, cinq années sont à venir pour vérifier jusqu’où le nouveau président élu de France conduira la politique africaine de son pays. Un premier rendez-vous est pris au prochain sommet de la Francophonie, du 12 au 14 octobre prochain à Kinshasa.


























