Loin des spéculations et de l’accumulation du capital boursier, de nombreuses manœuvres sont en cours depuis plusieurs décennies pour s’approprier les meilleures ressources naturelles, et même humaines, à travers le monde. Ces dernières années, cette course a pris une tout autre dimension avec l’arrivée du géant chinois dont la recherche de nouveaux marchés s’est accompagnée de l’acquisition de nouveaux territoires pour son industrie agricole.
Le récent cri d’alarme de Kofi Annan allait dans le sens de la mise en cause de cette tendance. En effet, l’ancien Secrétaire général des Nations-Unies dénonçait il y a quelques semaines la mainmise des pays riches sur les terres agricoles des pays plus pauvres. « Avec le problème du changement climatique, la sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale est l'enjeu de notre époque », soulignait-il, lors d'une conférence de presse à la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.
Cet appétit se fait malheureusement aux dépens des pays les moins avancés qui ne peuvent généralement pas résister à une offensive qui s’accompagne de monnaie d’échange comptant. Rien n’y échappe.
Avec l’alimentation, les besoins en énergie poussent régulièrement les pays industrialisés, anciens et nouveaux, à étendre leurs tentacules sur toute la planète, créant au passage des zones d’influence. Et cela ne suffit manifestement pas, puisqu’il ne se passe pas une seule année sans que de nouvelles poches de gaz ou de pétrole ne soient mises au jour à travers le monde.
L’Afrique, nouvel el dorado qui offre bien plus avec des minerais précieux ou stratégiques, est un excellent baromètre de ce climat. L’Occident et les nouveaux pays émergents s’y sont donné rendez-vous pour acquérir des concessions et exploiter encore plus les ressources primaires. Sur le terrain, les pays membres de l’Union européenne, le Brésil, la Russie, la Chine et l’Inde sont à la manœuvre. Du nord au sud et de l’est à l’ouest du continent, on s’investit et on investit avec souvent plus de bonheur qu’ailleurs.
D’autre part, comme nous le mentionnions plus haut, les terres agricoles sont également fortement convoitées et après les nombreuses révolutions agraires annoncées ici et là mais jamais complétées, on assiste littéralement aujourd’hui à une braderie des meilleurs sols à des intérêts étrangers. Il n’est donc plus surprenant de retrouver de plus en plus dans le circuit commercial, des céréales ou des agrumes récoltés en Afrique pour d’autres marchés.
Enfin, la boulimie des pays riches c’est également la constitution de conglomérats économiques avec la création de multinationales et des monopoles qui les accompagnent. La spéculation aidant, on fait tourner les liquidités en multipliant les acquisitions. Ainsi vogue la galère de la mondialisation qui tangue souvent lors des vents contraires soufflés par l’éclatement des bulles spéculatives.
Et même si sur ces échiquiers, des bras de fer se jouent, toutes les alliances sont possibles… au détriment des « moins nantis ». Ce qui est très regrettable car, comme le reconnaît la Banque mondiale, « ces investissements, loin d’être une aubaine pour le continent, finissent par nuire à des populations déjà pauvres et à des économies précaires. Les acquéreurs ciblent les pays avec les législations les plus faibles, arrachent des locations à prix cassés, à des taux d’imposition ridicules voire inexistants, sans forcément créer de l’emploi ni développer les infrastructures locales. »
Une remarque qui s’applique malheureusement aussi à des « réduits » européens comme la Grèce, le Portugal ou l’Italie, et aux territoires d’Orient, d’Asie voire du Pacifique.


























