À l’heure où l’Europe en pleine tourmente financière s’inquiète pour son avenir, beaucoup s’étonne de constater que son salut pourrait venir des « pays pauvres », des pays considérés autrefois comme les maillons faibles de la planète. En effet, confrontés à une crise de financement grave qui les fragilise économiquement, ces pays européens et même les États-Unis, se sentant ainsi de plus en plus menacés, n’hésitent plus à faire appel aux pays émergents disposant d’importantes liquidités, spécialement les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), pour les aider à endiguer la crise de la dette souveraine.
Les principales économies émergentes sont donc prêtes en ce temps de crise, à apporter financièrement par l’intermédiaire du Fonds monétaire international (FMI), leur aide, à la zone euro en particulier, en participant au Fonds européen de stabilité financière (FESF). Ainsi, l’année dernière la Chine déjà grand créancier des États-Unis, s’était engagée à soutenir lors de ses futures émissions d’obligations à long terme la Grèce, qui a subi un plan d’austérité drastique, étranglée par le poids de sa dette souveraine et la hausse des taux. De même, récemment le Portugal a dû faire appel à son ancienne colonie, l’Angola en plein essor économique, grâce notamment à ses ressources naturelles comme le pétrole, le gaz et les diamants. En effet, l’ancienne métropole également sous le coup d’un sévère plan d’austérité et en mal d’investissements directs étrangers (IDE), est à la recherche de moyens financiers pour relancer sa machine économique. C’est donc naturellement que Lisbonne courtise ce pays du sud-ouest de l’Afrique qui avec un taux de croissance de 12% prévue pour 2012, a déjà multiplié par 70 ses investissements au Portugal ces sept dernières années. Ainsi, de 1,6 million d’euros en 2002, ces investissements sont passés à 116 millions en 2009, année record et entre janvier juin 2011, les Angolais ont investi au Portugal pas moins de 46 millions d’euros. Par ailleurs, la banque angolaise BIC a offert d’acheter la Banco portugues de negocios pour 40 millions d’euros. L’économie angolaise se développe à grande vitesse depuis une dizaine d’années, date correspondant à la fin de la guerre civile qui a ravagé ce pays durant 27 ans.
Le Portugal a également reçu une promesse d’aide de la part des grandes puissances émergentes comme la Chine qui souhaitent ainsi se positionner en sauveur potentiel des pays européens grâce à ses nombreuses réserves de change. Après avoir acheté pour une centaine de millions d’euros la dette de la Grèce, l’Empire du milieu envisage de faire de même avec Lisbonne (de l’ordre de cinq milliards d’euros). Pékin qui participe déjà beaucoup au refinancement des États-Unis dont il détient 1 160 milliards de dollars de bons du Trésor américain (chiffre de mai 2011), veut désormais prendre part au sauvetage de l’économie européenne. Il veut ainsi entre autres, réduire sa dépendance vis-à-vis de Washington dont il est le premier détenteur mondial de réserves en devises américaines.
Par un paradoxal et ironique retournement de l’histoire, ce sont donc aujourd’hui les pays émergents dits « pays pauvres » qui volent au secours des « pays riches ». Ce fait constitue la confirmation que ces pays qui bénéficiaient autrefois de l’aide internationale sont devenus en une décennie, des acteurs majeurs de l’économie mondiale.



























