Depuis quelques années, l’Amérique latine connaît une vague de nationalisations, notamment dans le secteur de l’énergie. Ainsi, des pays comme le Venezuela, la Bolivie et l’Argentine se servent des nationalisations des multinationales étrangères comme coup politique, en particulier face à une situation économique de plus en plus difficile. Les présidents Hugo Chavez, Evo Morales ou encore Cristina Kirchner, soucieux de respecter des promesses électorales, se sont donc mis à nationaliser à tour de bras certaines entreprises pétrolières ou minières étrangères, tout en restant cependant modérés. En effet, l’Amérique latine est certes un continent qui tend à devenir de plus en plus puissant; pour autant, il n’en reste pas moins qu’il a besoin des pays européens qui absorbent ses exportations et des investissements extérieurs pour améliorer ses infrastructures, car comme l’affirme Maxime Pinard, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), au quotidien français Libération, « si le secteur énergétique dans un pays n’est plus compétitif, le pays risque de perdre des parts de marché ».
Ainsi, le président bolivien Evo Morales a commencé en 2006 à nationaliser les 26 compagnies étrangères dont Petrobras (Brésil), Repsol (Espagne), Total (France), ExxonMobil (États-Unis), présentes dans le pays. Ces dernières passaient de ce fait sous le contrôle de la compagnie nationale YPFB (Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos) chargée dès lors du transport, du raffinage, de la commercialisation et de la transformation du pétrole et du gaz. Avec ces nationalisations effectuées sans confiscation ni expulsion, Evo Morales n’a fait que traduire en acte le résultat du référendum organisé dans le pays, le 18 juillet 2004, où la population, à une large majorité, soit 70 % des voix, s’était prononcée pour la « récupération de la propriété des hydrocarbures », après avoir chassé les précédents présidents qui entendaient les brader. De même, avant lui, son homologue vénézuélien Hugo Chavez s’est livré à la même opération en obligeant les 32 multinationales présentes sur son territoire, à accepter de nouvelles règles du jeu qui consistaient, entre autres, à payer davantage d’impôts et à se fondre dans des entreprises mixtes dans lesquelles la compagnie nationale PDVSA détenait la majorité. Il a ainsi d’une manière générale exproprié 990 entreprises en treize ans de pouvoir.
Au niveau européen, les pays les plus touchés par la crise financière économique à l’image de l’Islande ou l’Espagne, sont ceux qui ont le plus procédé à des nationalisations. C’est donc naturellement le secteur bancaire qui a le plus subi les affres de cette nouvelle stratégie. Ainsi, l’Espagne a récemment décidé de nationaliser Bankia, la quatrième banque du pays, issue de la fusion de sept caisses d’épargne espagnoles en décembre 2010. Une nationalisation partielle sollicitée par la banque elle-même. Il s’agit de la première nationalisation d’une banque importante depuis une vingtaine d’années. Le gouvernement, après un apport en capital de plus de 4,4 milliards d’euros, va prendre 45% du capital du groupe bancaire, devenant ainsi l’actionnaire majoritaire. De même, en 2008, au lendemain de la crise des « subprimes », l’Islande avait dû nationaliser pour venir au secours de ses banques. Le pays avait ainsi nationalisé Landsbanki et Glitnir, deuxième et troisième plus grandes banques du pays, et développé un bataillon de lois lui permettant de prendre le contrôle du système bancaire. Une première en Europe. Le Royaume-Uni, moins touché par la crise que les deux autres pays, a également nationalisé de manière partielle huit de ses plus grandes banques (Abbey appartenant à l’espagnol Santander, Barclays, HBOS, HSBC, Lloyds TSB, Nationwide Building Society, la plus grosse banque non cotée du pays, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered) avec une prise de participation allant jusqu’à 50 milliards de livres, soit près de 65 milliards d’euros.
Sur le continent africain, l’Algérie est le seul pays à faire partie de ce club de pays champion de la nationalisation. En effet, le 24 février 1971, l’Algérie décidait de nationaliser les groupes pétroliers français après un processus entamé en 1967 de récupération de ses richesses avec la reprise entre autres, des intérêts des multinationales comme BP, Esso, Shell et Mobil. Ainsi, elle détenait en 1971, suite à cette décision historique, au moins 51% des intérêts des sociétés concessionnaires françaises présentes sur son territoire. Elle a également nationalisé tous les intérêts miniers portant sur les gisements de gaz naturel.


























