Les nationalisations : d’hier à aujourd’hui

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nationalisationsLe président bolivien Evo Morales semble bel et bien décidé à poursuivre sa politique de nationalisation dans son pays. Ainsi, après l’annonce en juin dernier, de la nationalisation « avec effet immédiat » de l’une des mines du géant minier suisse Glencore, il paraîtrait, selon des rumeurs rapportées par l’AFP, que le gouvernement bolivien désire aujourd’hui nationaliser une mine exploitée par une compagnie canadienne.

Des rumeurs qui inquiètent le Canada. Et pour cause, elles interviennent moins d’un mois après une violente occupation de la mine de Malku Khota, située à 340 km de la Paz (sud-ouest de la Bolivie) par des groupes de mineurs et de paysans et après qu’un ministre bolivien ait déclaré que le président Morales s’était prononcé en faveur de la révocation de la licence d’exploitation de la compagnie South American Silver suite à ces violentes protestations. Rien d’étonnant donc à ce que le ministre canadien du Commerce international, Ed Fast, ait écrit une lettre à son homologue bolivien pour exprimer son inquiétude. « Le ministre a fait valoir auprès du gouvernement bolivien qu’une telle décision enverrait un signal négatif aux Canadiens et à tous les investisseurs étrangers », a confirmé à l’AFP la porte-parole du ministre qui a également souligné que le ministre a donné des instructions aux officiels canadiens pour qu’ils « intensifient les rencontres avec le gouvernement bolivien pour protéger et défendre les intérêts canadiens ».

Ces nationalisations boliviennes renouent avec une pratique qui remonte à plus d’un siècle dans le monde et qui a connu son âge d’or en Europe durant les années d’avant-guerre. Une période où le Vieux Continent s’est en effet engagé dans une course de nationalisation massive des secteurs stratégiques comme les services et l’industrie. Ce mouvement s’est ensuite largement intensifié après la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, en Allemagne, le phénomène commence dès 1920 avec la nationalisation des chemins de fer avant de s’étendre dans le secteur banquier et celui des industries sidérurgiques et métallurgiques pendant les années 30. En Espagne, l’Institut National de l’Industrie (INI) mis en place en 1941 par le régime franquiste pour promouvoir le développement industriel et l’Autosuffisance de l’économie nationale, a été à l’origine de la création de nombreux groupes devenus des poids lourds du marché espagnol et international. Mais cet institut va perdre un peu de son influence au cours des années 80 car l’entrée de l’Espagne dans la Communauté européenne entraîne la privatisation de certains de ces groupes. En France, la première nationalisation à caractère économique a lieu en 1907 lorsque l’État vole au secours de la « Compagnie ferroviaire de l’Ouest » alors en grande difficulté financière. Ensuite, le phénomène va prendre plus d’ampleur dans les années 30, avec la nationalisation de certaines usines d’armements et de Chemins de fer (création de la SNCF en août 1937). Le secteur de la construction aérienne est également en partie touché. En Italie, le régime fasciste de Mussolini prend le contrôle de plusieurs entreprises au nom de l’État avec l’aide de l’Institut pour la reconstruction industrielle (IRI) qui demeure en place après la chute de ce régime dans les années 40. Contrairement à ses voisins, le Royaume-Uni ne lance, quant à lui, son programme de nationalisations qu’à partir de 1945 avec la nationalisation de la Banque d’Angleterre. De l’autre côté de l’Atlantique, au Canada, les nationalisations ont également commencé à la même période, notamment au Québec avec la création d’Hydro-Québec en 1944.

Dans certains pays, ces nationalisations ont été accompagnées de mouvements violents à l’image de la Bolivie aujourd’hui. C’est le cas de la nationalisation iranienne de l’Anglo-Iranian oil Company en Iran et celle du Canal de Suez en Égypte, les deux impliquant des compagnies britanniques. Ainsi, en 1951, le Royaume-Uni porte plainte contre l’Iran devant la Cour internationale de justice pour dénoncer le non-respect d’une convention signée en 1933 qui accordait une concession de 60 ans à la compagnie pétrolière britannique l’Anglo-Persian Oil Co, en échange d’un faible pourcentage de royalties. Un accord que l’Iran a rompu en nationalisant cette compagnie devenue alors Anglo-Iranian Oil Co. Ce conflit que la Cour internationale de justice ne parvient pas à régler, conduit au renversement par le Royaume-Uni aidé des Américains, du gouvernement iranien de l’époque (gouvernement impérial perse). De même, la nationalisation du Canal de Suez en 1956 en Égypte provoque une très vive réaction franco-britannique qui aboutit également à un conflit armé qui va finalement prendre fin sous la pression des Américains et des Soviétiques.

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