Une nouvelle flambée de violence a fait au moins quatre blessés dans une mine d’or sud-africaine ce lundi 4 septembre. Selon la porte-parole de la police locale, près de 200 hommes armés de bâtons et de barres de fer ont tenté de bloquer les accès à la mine d’or de Modder East à Springs (environ 30 km à l’est de Johannesburg) d’où ils ont été licenciés en juin dernier, quand les forces de l’ordre sont intervenues. Ce scénario est devenu assez classique dans les conflits sociaux qui agitent les mines sud-africaines depuis quelques temps.
Ainsi, au début de l’année, la mine de platine d’Impala Platinum à Rustenburg, dans le nord du pays, a été paralysée plusieurs semaines par une grève illégale qui s’est également accompagnée d’échauffourées ayant fait trois morts et plusieurs blessés. De même, à Modder East, la compagnie contrôlée par des capitaux chinois, Gold One s’est plainte dans un communiqué des menaces et violences perpétrées à l’encontre de son personnel par ses anciens employés licenciés (plus de la moitié du personnel de la mine) en juin suite à une grève sauvage. La direction a aussi indiqué avoir eu vent d’au moins quatre attaques au cours des dernières semaines, dont « deux ont été fatales et une troisième a nécessité l’hospitalisation d’un employé ».
Mais la pire des confrontations entre les mineurs grévistes et la police est intervenu le 16 août dernier. 34 personnes ont été tuées et 78 blessées dans des violences à la mine de platine de Marikana dans le nord après que la police ait ouvert le feu sur les mineurs armés de machettes, de lances et de quelques armes à feu. C’est l’intervention policière la plus meurtrière de l’histoire du pays arc-en-ciel depuis la fin de l’apartheid en 1994. Au total, ce sont 44 personnes qui ont trouvé la mort lors de ces violences car ce massacre avait été précédé du décès de 10 hommes, dont deux policiers, dans des affrontements intersyndicaux quelques jours auparavant. Le secteur minier sud-africain est donc en pleine ébullition.
Mais plus que l’Afrique du Sud, c’est l’ensemble du continent qui a de plus en plus du mal à supporter la main-basse des multinationales étrangères sur leurs richesses naturelles. En effet, le partage du pactole minier africain fait l’objet de rapports de forces féroces entre les différents acteurs en place. Les gouvernements tentent d’obtenir de ces compagnies minières plus de recettes pour leur budget et plus d’emplois pour leur population, soit un partage plus équitable des retombées économiques de l’exploitation minière de leur pays alors que celles-ci font de la résistance. On a ainsi pu constater leur combativité en Australie, en 2010, où elles sont parvenues à faire tomber le premier ministre travailliste Kevin Rudd, qui voulait taxer à 40% leurs profits exceptionnellement élevés. Il leur a suffi pour cela d’annoncer le gel de 186 milliards de dollars d’investissements.
« Certaines parties concernées, notamment les communautés locales, sont loin d’y trouver leur compte, comme le montre amplement l’étendue de la pauvreté en Afrique. », soulignait en novembre 2011 Jean Ping, président de la Commission de l’Union Africaine pour dénoncer l’accaparement des ressources minières africaines par les compagnies étrangères. Des propos appuyés par l’universitaire écossais Marc Curtis pour qui, ces multinationales « tissent très peu de liens avec l’économie locale, négligeant ainsi une occasion de stimuler le développement du secteur privé et les créations d’emplois. »
Il n’est donc pas surprenant que la situation dégénère actuellement dans les mines africaines qui vraisemblablement ne profitent quasiment pas de la redistribution des revenus du pactole minier. Ainsi, la majorité des ententes étudiées par les analystes indiquent souvent un actionnariat public variant de 16 à 25%, parfois moins, dans l’exploitation et la commercialisation des ressources minières. Ainsi, en 2010, le Burkina Faso confiait la direction de l’exploitation de sa plus grande mine d’or avec des ressources estimées à 120 tonnes, aux Canadiens qui l’ont découvert et investi 450 millions de dollars pour sa construction. Il était alors prévu, selon les autorités burkinabés, que ce gisement rapporte au trésor public un peu plus de 500 millions de dollars en royalties, impôts et taxes diverses durant les prochaines années. Or, officiellement, cette mine est appartient à la société canadienne Iamgold Corporation détentrice de 90% des parts contre 10% pour l’État burkinabè. Voilà un parfait exemple de toutes les aberrations possibles concernant l’exploitation minière sur le continent. Des aberrations qui poussent aujourd’hui les Africains à se révolter et à réclamer leur part du gâteau, à l’image des mineurs sud-africains.


























