Même si en Afrique les Investissements étrangers directs (IDÉ) ont progressé avec une implication de plusieurs poids lourds économiques du continent, on est encore loin d’un apport local conséquent. Car les investissements intra-africains, pilotés par le Kenya, le Nigeria et l'Afrique du Sud, ne représentent encore que 17% du total des IDÉ. Plusieurs efforts restent donc à faire pour les multiplier et en faire un élément central des politiques de développement et de croissance économique.
Cet intérêt progressif des investisseurs africains s’observe mieux quand on fait une comparaison de son augmentation avec la hausse générale des IDÉ. Si ces derniers se sont multipliés de 2,3 depuis 2003, la part intra-africaine est passée de 27 projets la même année à 145 en 2011, soit 5,3 d’indice de croissance.
Comme indiqué plus haut, le Kenya, le Nigéria et l'Afrique du Sud, qui mènent la barque dans leurs régions respectives, ont des économies classées parmi la vingtaine des plus grands investisseurs dans le reste du continent sur la même période de référence 2003-2011. Une progression plus franche de leurs engagements a été observée depuis 2007 avec des taux de croissance respectifs de 78%, 73% et 65%.
Cela ne doit toutefois pas cacher que beaucoup de travail reste à faire pour grossir le contingent africain des investisseurs. Mais l’analyste Philippe Peuch-Lestrade d'Ernst & Young estime toutefois que, même si la route est ardue, « mener des initiatives intra-africaines pour l'intégration régionale et l'investissement dans les infrastructures assure à l'Afrique de rester dans une courbe de croissance positive ».
Pour que cette marche soit régulière, il faudrait apporter à l’esprit des États et des institutions africaines une notion d’évolution de politiques d’investissement. Dans l’une de ses études à ce sujet, le groupe d’Initiative NEPAD-OCDE pour l’investissement en Afrique estime que « l’évolution mondiale des IDE est souvent liée à celle des politiques d’investissement. Les apports d’IDE à l’Afrique ont considérablement augmenté depuis plusieurs décennies, de même que la libéralisation des politiques d’investissement – notamment en Afrique subsaharienne. Les réformes politiques sont cruciales pour instaurer un environnement propice aux investissements – intérieurs et étrangers – qui permettront aux gouvernements africains d’atteindre leurs objectifs de développement ».
De plus, « l’Afrique a davantage progressé que n’importe quelle autre région du monde, ces dernières années, dans les classements de la liberté économique. Pourtant, dans bon nombre de pays africains, la réglementation est encore lacunaire, notamment au niveau du transfert de propriété et des titres fonciers, ce qui freine les investissements de meilleure qualité ».
Des initiatives qui ne poussent toujours pas franchement les investisseurs vers des secteurs essentiels comme l’agriculture. À cet égard, l’Initiative NEPAD-OCDE indique que « des engagements internationaux peuvent aider les pouvoirs publics à concevoir des cadres politiques solides pour un investissement responsable dans l’agriculture : il s’agit notamment des Principes pour des investissements agricoles responsables et respectueux des droits, des moyens d’existence et des ressources publiés par la Banque mondiale, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds international de développement agricole (FIDA) ou des Directives d’application volontaire pour une gouvernance responsable de l’administration foncière des terres et d’autres ressources naturelles. D’autres instruments, comme le Cadre d’action pour l’investissement agricole (PFIA) de l’OCDE, peuvent également aider les gouvernements africains à améliorer la cohérence des investissements agricoles. Ces initiatives viennent compléter les avancées du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) visant à relancer les investissements pour développer le secteur agricole à travers le Programme pour le développement global de l’agriculture africaine (CAADP) ».
En clair, l’Afrique renforce de plus en plus ses cadres d’investissement, lesquels, couplés à une gestion macroéconomique, ont d’ailleurs permis la résilience du continent face à la dernière crise financière mondiale. Avec des IDÉ locaux plus conséquents, on pourrait encore mieux assurer les sources de croissance pour les économies africaines, parce que les Africains ne peuvent qu’en être les meilleurs maîtres d’œuvre.


























