Il n’y a guère longtemps, le continent africain ne figurait pas sur la liste des endroits où les investisseurs aimaient placer leurs capitaux. La tendance s’est inversée de nos jours. Quasiment toutes les études récentes sur les IDE en Afrique montrent que les investisseurs frappent à la porte de beaucoup de pays africains, fuyant les incertitudes des marchés financiers et lorgnant les importantes ressources naturelles du continent.
Présente dans tous les pays mais à des degrés différents, la corruption peut être le fait des investisseurs eux-mêmes. Le rapport 2005 de Transparency international avait montré que des multinationales avaient déployé de gros moyens financiers pour être aux premières loges des entreprises engagées dans la reconstruction de pays sortant de guerres. D’aucuns estiment même que certaines sont impliquées dans les facteurs de déclenchement et de pérennisation de ces guerres. On sait, par exemple, que pour avoir la grosse part au Congo, ELF alimentait le conflit entre les différentes factions.
Si on insiste sur la corruption en Afrique, c’est qu’elle prend des formes particulières et semble être endémique. La sociologie de beaucoup d’États africains semble favoriser les mécanismes de la corruption. Le fait de privilégier les liens d’amitié, de parenté, les alliances « claniques », etc., renforcent ces mécanismes. C’est pourquoi, il peut arriver qu’un fonctionnaire tombe dans la corruption en n’ayant pas conscience de l’être, parce qu’ayant simplement voulu « aider » un parent, un ami, etc.
Si la corruption est généralement abhorrée par les investisseurs c’est que, à l’instar des guerres, elle instaure un climat d’insécurité économique néfaste au développement des affaires. Et, dans la plupart des États africains, les mécanismes pour la réguler sont encore faibles voire inefficaces.
Une administration faible
Dans beaucoup de pays africains le flux des investisseurs a précédé l’instauration de véritables mécanismes de lutte contre la corruption et, partant, la mise en place d’une administration publique où rigueur et service de qualité vont de pair. En effet, si la corruption persiste, c’est que l’administration est faible. Ce n’est que tout récemment, sous la pression des bailleurs et des sociétés civiles naissantes que des mesures allant par exemple dans le sens du renforcement de l’arsenal juridique ont été prises. La Convention africaine de prévention et de lutte contre la corruption (CUAPLC) n’a été adoptée par l’Union africaine que le 11 juillet 2003 et elle n’est entrée en vigueur que le 6 août 2006.
Le triomphe des entreprises incompétentes
Quand face à un investisseur étranger, un négociant commis par l’État privilégies ses propres avantages sur l’intérêt de l’État, c’est la porte ouverte à la médiocrité. Car, au lieu de favoriser les entreprises les plus compétentes, il accordera la primeur aux entreprises qui auront fourni les pots-de-vin les plus juteux mais qui n’offriront pas nécessairement les meilleurs services.
Par ailleurs, les corrupteurs préfèrent jeter leur dévolu sur les « grosses affaires », là où l’argent coule à flots. Ils privilégieront ainsi les gros contrats (travaux publics, armements, achats d’avions, etc.,) en lieu et place de secteurs cruciaux tels que l’éducation. Il en résulte une baisse de la formation et donc un impact négatif au niveau du développement.
Pour que la corruption cesse, il faut se départir de cet art cultivé de vouloir partir de ce que l’on n’est pas, et donc, que le mode d’être de l’État colonial et sa gestion patrimoniale des biens publics soit éradiqués. Il est révélateur en effet que, dans le cadre d’une enquête du réseau Global Barometer Survey Network, réalisée de juillet 1999 à juillet 2000, la question de savoir « quels sont les agents impliqués dans la corruption? » a été posée à 13 000 personnes de 7 États de l’Afrique australe. Les premières réponses ont été : « membres du gouvernement » et « fonctionnaires et assimilés ». Seuls les « agents locaux » ont été jugés comme étant les plus honnêtes.


























