Le Québec, champion du modèle coopératif

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CoopérativesCe n’est pas un hasard si le premier Sommet international des coopératives s’est tenu cette semaine au Québec, dans la Vieille capitale. Depuis près de 175 ans, le mouvement coopératif a investi presque chaque sphère de l’économie canadienne française. À tel point que le Québec d’aujourd’hui peut, à  juste titre, être considéré comme le champion incontesté du modèle. Une démonstration aux yeux du monde, un exemple que l’Afrique pourrait très bien imiter, une voie que le continent noir ne peut se permettre d’ignorer.

Promouvoir l’égalité des chances pour tous, assurer un meilleur partage de la richesse, encourager la participation des communautés dans leur milieu, mettre sur pied des mécanismes et instruments collectifs au service de l’économie, voilà les grandes lignes qui ont guidé l’évolution du mouvement au Québec. Des idéaux, certes, mais surtout des principes qui ont depuis fait la preuve de la viabilité du modèle. Car en l’espace d’une seule génération, le mouvement coopératif a fait franchir des pas de géant à la société québécoise.

La longévité des coopératives ne ment pas. Depuis 1835, des personnes se sont regroupées pour se donner diverses protections, ou l’accès à des services qui n’existaient pas ou dont le coût les rendait impossibles à acquérir de manière individuelle. Et ça a fonctionné, si bien que la formule a été reprise pour l’étendre et la reproduire dans de nombreux secteurs. Aujourd’hui, parler de coopératives et de sociétés mutuelles au Québec donne presque le vertige. Quelques chiffres suffisent à mesurer l’ampleur du phénomène.

Le mouvement coopératif au Québec c’est :

  • 3300 entreprises coopératives et mutuelles
  • 8,8 millions de membres (particuliers et entreprises)
  • 92 000 emplois
  • 25,6 milliards $ de chiffre d’affaires
  • 173 milliards $ d’actif
  • Une présence dans les secteurs des services financiers et des assurances, dans l’agroalimentaire, l’alimentation, l’habitation, l’industrie forestière, les services funéraires et le milieu scolaire.

Source : Conseil québécois de la coopération et de la mutualité

Des géants économiques

Au Québec, plus de 70% de la population est membre d’une coopérative, alors qu’au Canada, ce taux plafonne à environ 40%. On le voit nettement, la «Belle province» fait ici office de société distincte. Au cœur d’un tel succès se trouvent des géants de la société québécoise qui ont su convaincre une majorité de gens du bien-fondé de leur engagement. Le Mouvement des caisses Desjardins est constamment cité en exemple.

Plus important groupe financier coopératif au Canada et 6e plus grande institution financière au pays, Desjardins prouve que, même parmi les requins de la finance de ce monde, une coopérative peut très bien nager en eaux troubles. Et avoir du succès. Un actif de 194 milliards $, 5,6 millions de membres et près de 45 000 emplois (plus important employeur privé de la province), voilà autant de données qui témoignent de l’importance de l’institution dans l’économie québécoise.

Mais au-delà du mouvement créé par Alphonse Desjardins le 6 décembre 1900, le Québec regorge d’entreprises coopératives qui ont su faire leur marque dans leur domaine respectif. SSQ Groupe Financier (2 milliards $ d’actif), le Groupe Promutuel (5e assureur au Québec) ou la Coop fédérée du Québec (4e entreprise de la province) sont autant d’exemples d’excellence qui montrent le chemin à d’autres entreprises du genre qui aspirent, elles aussi, à de grandes choses.

Défis et crise économique

Si le mouvement coopératif a connu un si grand succès au Québec, c’est qu’il a su s’adapter aux réalités économiques changeantes des différentes époques. C’est là une de ses grandes forces.

On l’a vu avec la crise financière qui secoue la planète depuis 2008, l’économie mondiale et les entreprises ont été mises à mal. Loin d’être pessimiste, la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, voit là une validation du modèle coopératif.

« Le monde vit actuellement des moments difficiles. Il y a vraiment des enjeux économiques importants. Ça démontre que «l'économie capitaliste» traditionnelle n'arrive pas à répondre à tous les besoins. Donc, il y a une fenêtre, un moment d'opportunité tout à fait unique pour le mouvement coopératif. Il faut le saisir », lance sans retenue la première femme à diriger une grande institution financière canadienne.

Mme Leroux est toutefois la première à reconnaître que les défis qui attendent les coopératives sont nombreux, surtout dans un monde et une économie désormais «mondialisés». Le vieillissement de la population, la relève en entreprises et les jeunes font partie des premières préoccupations. Car si le développement d’un sentiment d’appartenance chez une troisième génération de membres est essentiel, il ne se fera que si le mouvement continue de répondre à leurs besoins en constante évolution.

Autre défi non négligeable, l’image et la perception qu’ont les populations de la coopérative sont à améliorer. Trop souvent, la coopérative est perçue comme un dernier recours, une ultime chance, ce qui est tout sauf vrai. Augmenter sa notoriété et sa crédibilité publiques devient ici essentiel pour conserver ses acquis.

Finalement, comme toute entreprise, les coopératives évoluent dans un terrain de jeu mondial où les concurrents ne sont plus localisés sur la rue voisine, mais bien sur d’autres continents. L’Internet, outil essentiel en 2012, s’insère ici comme une aide autant que comme un défi supplémentaire. Car si l’outil aide au quotidien, le Web impose aussi de nouvelles façons de faire des affaires à une vitesse toujours plus grande.

Le mouvement coopératif est là pour rester. Son modèle a fait ses preuves au fil des siècles. Mais c’est sa capacité d’adaptation qui dictera les couleurs de son futur, vert et doré, ou brun et gris. À ce sujet, la planète pourra toujours se tourner vers le Québec pour s’inspirer, voir cette province comme le plus grand laboratoire expérimental d’un mouvement beaucoup plus large.

Le Québec, champion du modèle coopératif
 
 
 
 

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