Éternellement considéré comme un marché émergent, le géant ouest-africain n’arrive toujours pas à confirmer les prédictions des spécialistes. Par rapport à la République sud-africaine (RSA), qui jouit d’une confortable avance sur le plan économique et fait partie des fameux BRICS, le Nigeria croît de manière poussive malgré son énorme potentiel.
Le baromètre de l’émergence est un concept un peu fumeux, mais il permet néanmoins de jauger la valeur des nouveaux marchés. Avec un Occident à l’étroit sur des espaces saturés, il aura fallu trouver des débouchés porteurs pour les multinationales. Tout naturellement, les pays qui avaient pris le pari de développer et varier leurs industries, en se dotant de main-d'œuvre qualifiée à un coût relativement bas, ont vu leur croissance exploser.
Il n’en aura pas fallu plus pour qu’un certain Jim O’Neil, du groupe Goldman Sachs, invente en 2001 le concept de BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) pour décrire la nouvelle usine du monde et un nouvel espace de développement. Des zones qui, selon le FMI, devraient représenter entre 60 et 65 % de la croissance mondiale à l’horizon 2014.
En demanda à l’Afrique du Sud de les rejoindre en 2010, les BRIC reconnaissaient de facto l’importance, et surtout l’influence, de la première économie du continent africain. Avec un PIB qui représente 25 % de celui de l’Afrique, 33 % de celui de l’Afrique subsaharienne et 75 % de sa sous-région; la République sud-africaine, 35e au classement Doing Business 2012, possède les avantages d’une économie plus libérale que le Nigeria, 133e dans le même classement.
Pour compléter ce portrait, la Banque africaine de développement dans un document de stratégie axé sur les résultats, reconnaissait au pays de Nelson Mandela l’une des Constitutions les plus avant-gardistes au monde, garantissant aussi bien les droits civils que les droits socioéconomiques. De plus, sur le plan des affaires, l’économie sud-africaine - la plus grande et la plus moderne sur le continent - a l’imposante capacité d’offrir plus de débouchés, car fort diversifiée.
Selon le même document, la croissance économique robuste enregistrée au cours des sept dernières années en Afrique du Sud s’explique également par les politiques judicieuses, transparentes et prévisibles, adoptées par le Pretoria depuis 1994, d’un côté, et par l’environnement international favorable de l’autre. Enfin, la RSA est dotée de riches ressources naturelles en plus d’une infrastructure de «classe mondiale» et d’un grand marché intérieur qui, sur le plan technologique, est bien placé pour soutenir la concurrence dans le monde.
Si du côté du Nigeria, la croissance affiche également des taux intéressants depuis quelques années, la différence se situe au niveau de la continuité qui s'appuie, en RSA, sur des secteurs traditionnellement solides (industries minières ou agriculture) et sur le développement du bâtiment, des services financiers ou des services aux entreprises.
Abuja, déjà aux prises avec la question de la corruption, comme nous l’avons vu dans les articles précédents du dossier, doit par contre se battre contre l’état de délabrement des infrastructures. Ce qui est un problème majeur pour l’économie, tout comme la dépendance excessive du pays vis-à-vis du pétrole et du gaz. Des priorités qui plombent la réputation d’un pays potentiellement riche. Le Nigeria, pays émergent ? Le défi reste de taille, mais peut être relevé.
Un récent rapport sur les perspectives économiques de l’Afrique indique que « les résultats de l’Évaluation des politiques et des institutions du pays, menée en 2011 par la Banque africaine de développement, montrent que le Nigeria a engagé d’importantes réformes. Notamment en matière de la gestion des finances publiques pour améliorer l’efficience de l’allocation des ressources et la mise en œuvre des projets et des programmes. Le pays a de fortes chances d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement relatifs - entre autres - à la mise en place d’un partenariat mondial pour le développement.
Ces indicateurs sauront-ils justifier les multiples prévisions pour un Nigeria numéro un sur le continent? Rien n’est moins sûr parce que les affaires iront croissantes ailleurs. Déjà, d’autres puissances continentales du deuxième cercle – au Maghreb et en Afrique centrale notamment - affichent leurs ambitions à l’orée 2035. Mais d’ici là, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts et il faudra qu’Abuja se dope à autre chose qu’aux hydrocarbures.


























