En proie aux démons du « bakchich » depuis des décennies, Abuja essaie par tous les moyens d’enrayer un fléau qui mine tous les secteurs de la société nigériane. Les Nigérians ne sont pas les seuls coupables. De gros poissons étrangers ont déjà été épinglés par la fameuse agence anticorruption dite Commission sur les crimes économiques financiers et économiques (EFCC). On sait à ce sujet que l’ancien vice-président des États-Unis, Dick Cheney, et Haliburton avaient été pris dans les filets des limiers de l’organisme. C’est une tâche colossale qui attend Goodluck Jonathan, l’actuel chef de l’État.
Vice-président, Goodluck Jonathan arrive au pouvoir par intérim en février 2010 après la disparition du président Umaru Yar’Adua, des suites d’une longue maladie. Il remportera par la suite des élections organisées en avril 2011. Pris dans un chaos pré et post électoral qui fera de nombreuses victimes dans la population, il imprimera tranquillement sa marque de commis d’État patient, mais un peu trop aux yeux de plusieurs observateurs.
Au-delà des violences intercommunautaires auxquelles il fait face, le nouvel homme fort du Nigeria doit affronter l’hydre de la corruption. Parce qu’au-delà des petits trafics au sein des services publics, le pays est pris avec la perte de milliards de dollars dans le secteur du pétrole, véritable pompe à fric pour de nombreux indélicats. Depuis l’indépendance du pays, on évalue à environ 900 milliards $ US, les montants distraits par divers responsables en échange de « services » rendus aux multinationales.
Mais au-delà même du pétrole, c’est tout un système qu’il faut démanteler avec ses multiples ramifications. Il ne faut cependant pas croire que les Nigérians s’arrêtent à leur auto-flagellation. De gros poissons étrangers ont déjà été épinglés par la fameuse agence anticorruption dite Commission sur les crimes économiques financiers et économiques (EFCC). On sait à ce sujet que l’ancien vice-président des États-Unis, Dick Cheney et Haliburton avaient été pris dans les filets des limiers de l’organisme. Après d’âpres négociations, les accusations de corruption ont été abandonnées en décembre 2010 dans le cadre d'un règlement de 250 millions $ US avec le groupe dont le vice-président de George W. Bush a été le patron.
Parmi les gestes forts du président Jonathan, il faut apprécier la nomination de l'ex-champion de la lutte contre la corruption au Nigeria, Nuhu Ribadu, et candidat malheureux à la présidentielle de 2011, à la tête d'une commission chargée de la transparence dans le secteur pétrolier du premier producteur de brut d'Afrique, ainsi que tout récemment, l’investiture d’une toute nouvelle ministre de la Justice, Mme Aloma Mukhtar. Goodluck Jonathan a fortement exhorté cette dernière à envisager la création d'une Cour spéciale de justice et à désigner des juges spéciaux destinés à statuer sur les affaires de terrorisme et de corruption tout particulièrement.
Le président nigérian croit fermement qu'une telle cour serait conforme aux aspirations du peuple, et permettrait de traiter plus rapidement les affaires de terrorisme et de corruption.
Lucide cependant, Goodluck Jonathan admet sans peine que cette dernière a atteint de nouveaux records dans son pays. Malgré tous les efforts faits pour enrayer le problème, chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. Et il a beau multiplier les arrestations, ordonner les mises à pied, rien ne semble perturber un système qui renaît sans cesse. Mais sa volonté de contribuer à y remédier est-elle sincère?
Les opposants du président nigérian ne manquent pas de souligner entre autres qu’il n’est pas crédible dans sa lutte contre la corruption. Et il faut rappeler que M. Jonathan est dans le viseur de certaines organisations non gouvernementales qui lui ont reproché il y a quelques mois de ne pas déclarer son patrimoine, même si la constitution ne l’y oblige pas. Le principal intéressé s’y est refusé de façon virulente en disant « n’en avoir rien à faire avec cette histoire de déclaration de patrimoine », alimentant ainsi les rumeurs sur un enrichissement illicite de sa part. Et tant l’opposition et des organisations de la société civile ont estimé qu’en refusant de faire une déclaration publique de patrimoine, comme son prédécesseur, Umaru Yar'Adua, il portait un coup dur à la lutte anticorruption au Nigeria.
Entre autres actes controversés se trouve également la nomination de sa propre épouse, Patience Jonathan, comme secrétaire permanente de l'administration de l'État de Bayelsa, l'une des principales régions productrices de pétrole au Nigeria. Le népotisme n’étant jamais loin, plusieurs s’interrogent également sur la pertinence de cette décision.
Mais au-delà de l’action « molle » du président Jonathan, l’autre problème qui guette le Nigeria est la mise en cause de l’agence anticorruption elle-même. On se souvient à cet effet qu’en août 2011, un rapport de l'organisation des droits de l'homme, Human Rights Watch, dénonçait l’ingérence politique, l’incompétence et la corruption à l’intérieur de l’organisme fédéral.
Des accusations relayées et accentuées de l’intérieur par les intérêts étrangers, surtout américains. Pour Washington, qui importe plus de 40% du brut nigérian et dont Abuja est le premier partenaire commercial en Afrique, il faudrait que les choses s’améliorent sensiblement. D’ailleurs, lors de la visite de la secrétaire d’État Hillary Clinton la semaine dernière au Nigeria, un haut responsable américain a révélé que les États-Unis continueraient d’appuyer toute initiative de la Commission nigériane des crimes économiques et financiers.
C’est dire l’âpreté de la bataille que doit mener le président. Dans une carrière politique marquée par des succès circonstanciels, le bien nommé Goodluck Jonathan a désormais appris à se servir du bâton pour mettre de l’ordre dans les affaires publiques de ce pays aux 36 États disparates. À quel prix? On l’évaluera à la fin de son mandat qui s’achève en 2015.


























