Le Nigeria, deuxième économie du continent africain derrière l’Afrique du Sud, dispose de nombreux atouts économiques incontestables. Le plus important reste évidemment ses importantes ressources naturelles, tout particulièrement le pétrole qui représente 40 % du PIB. Pourtant, le pays est gangrené, depuis des décennies, par un mal dont il a du mal à se débarrasser.
Le Nigeria est le premier producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne avec une production quotidienne de 2,6 millions de barils. À l’échelle mondiale, il occupe le 8e rang. Le pays regorge par ailleurs, de nombreuses autres ressources naturelles sous-exploitées telles que le gaz, le charbon, l’or et la bauxite, dont on extrait l’aluminium.
Malheureusement, la corruption entrave largement son développement. Ainsi, selon l’ONG Global Financial Integrity, de 1970 à 2009, 89,5 milliards de dollars, soit un taux moyen de 10 milliards par an, auraient disparu des caisses de l’État. Ce manque à gagner s’expliquerait par la corruption et la mauvaise gestion. L’ancien président de la Commission contre le crime économique et financier (EFCC) cite le chiffre de plus de 380 milliards de dollars volatilisés entre l’indépendance en 1960 et 1999.
Un chiffre que soutiennent les conclusions d’un des derniers rapports de Human Rights Watch qui dénonce les faillites de l’EFCC, créée en décembre 2002. Selon l’organisation des droits de l’homme, sur la trentaine de personnalités politiques de premier plan sur lesquelles cette commission a enquêté, seules quatre personnes ont été poursuivies. Et encore, elles ont toutes écopé de peines allégées à l’exception de Bode George, membre du parti au pouvoir et président de l’Autorité des ports nigérians, qui a été emprisonné pendant deux ans et demi.
Pour Eric Guttschuss, spécialiste du Nigeria au sein de Human Rights Watch, « L’EFCC fait face à d’importantes entraves. Certaines sont dues à des problèmes de corruption en interne et d’incompétence, d’autres sont imputables aux limites du système judiciaire et de l’exécutif ».
Par ailleurs, beaucoup de Nigérians reprochent à l’État de ne pas leur permettre de profiter pleinement de la manne pétrolière. La situation est notamment tendue dans l’État pétrolifère du Delta où les populations réclament leur part des revenus pétroliers.
Plus de 60% de Nigérians vivraient avec moins d’un dollar par jour en 2010, selon les chiffres tirés du rapport sur la pauvreté du Bureau national des statistiques (NBS). « Il demeure paradoxal qu’en dépit de la croissance de l’économie nigériane, la proportion de Nigérians vivant dans la pauvreté augmente chaque année alors qu’elle a baissé entre 1985 et 1992, et entre 1996 et 2004», soulignait alors le directeur du NBS,Yemi Kale, qui a également déclaré que, sur la base d’une auto-évaluation, 94% des Nigérians se considéraient comme pauvre en 2010.
Voilà des points importants que n’a pas manqué d’évoquer la Secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton lors de son escale au Nigéria, le 9 août dernier. « Nous comptons continuer à soutenir vos efforts de réformes pour lutter contre la corruption, pour plus de transparence. Parce que nous pensons vraiment que l’avenir du Nigeria est sans limites. Mais votre défi le plus important, c’est de vous assurer que tous les Nigérians du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest aient de meilleures chances », a-t-elle indiqué.
Elle traduit ainsi parfaitement le point de vue des ONG comme Human Rights Watch pour qui il est tout aussi crucial de s’attaquer à ce qui fait le terreau de l’extrémisme dans le nord du Nigeria, à savoir le chômage et la pauvreté entretenus par cette corruption incessante. Ainsi le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique et riche en or noir, est souvent classé comme l’un des pays les plus corrompus du monde. Il se situait en 2011 à la 143e place mondiale sur 183 au classement des pays les plus corrompus par Transparency International.
Par ailleurs, le pays fait également face ces dernières années à un regain de tensions internes. « Une hausse des violences et une anarchie qui a ruiné la vie de milliers de Nigérians », due essentiellement à la secte islamiste de Boko Haram, selon le rapport de Human Rights Watch. Selon son président pour la Région Afrique, Daniel Bekele, les problèmes « se sont accrus au Nord - la région la plus démunie du pays - où la pauvreté et le chômage maintenus par la corruption ainsi que les exactions couvertes par l’État ont créé un environnement dans lequel des groupes militants prospèrent ». Dans un bilan, l’ONG souligne que les attaques perpétrées notamment par Boko Haram auraient fait plus de 1400 morts depuis 2010.
Cependant, ces violences ne sont pas nouvelles. Le Nigeria est en effet, depuis des dizaines d’années, le théâtre d’affrontements entre chrétiens et musulmans. La situation s’est particulièrement aggravée ces deux dernières années avec l’émergence de la secte islamiste qui considère qu’il faut instaurer un État islamique au Nigeria. Et pour ce faire, il estime qu’il faut combattre tout ce qui peut avoir un lien avec l’Occident, les chrétiens ou encore les institutions internationales.
Boko Haram est ainsi devenue, avec les nombreux attentats perpétrés ces derniers mois, la principale source de peur dans le pays, cela d’autant plus que le régime fédéral ne parvient pas réellement à la combattre.


























