« La France ne verse pas de rançon », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé après l’annonce de la libération des deux journalistes français retenus on otage en Afghanistan pendant 547 jours. Une affirmation qui va à l’encontre de ce que les experts ont toujours plus ou moins affirmé jusqu’ici à propos de la doctrine de la France en matière de négociations dans les cas d’enlèvements de ses ressortissants à l’étranger. Ce pays est en effet, connu pour avoir une politique relativement souple. Il a la réputation de payer facilement la rançon aux kidnappeurs tandis que ses homologues anglo-saxons sont jugés plus intraitables sur cette question.
Ainsi, les prises d’otages d’Occidentaux qui se sont multipliées ces dernières années, connaissent des issues très diverses en fonction de l’attitude adoptée par les différents États impliqués. En effet, entre la libération secrètement négociée, l’assaut militaire et le versement d’une rançon, les attitudes divergent. Les Américains qui reconnaissent par exemple ne pas prendre part aux négociations, surtout quand il s’agit de journalistes, sont véritablement intransigeants sur ce point. On se souvient encore du journaliste du Wall Street Journal, Daniel Pearl pris en otage et décapité par les membres d’Al-Qaïda au Pakistan en 2002, après un message au gouvernement américain resté sous silence et dans lequel ils demandaient la libération de plusieurs détenus pakistanais emprisonnés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. La Grande-Bretagne qui proclame également ne jamais négocier avec les preneurs d’otages et encore moins payer de rançon, revendique une approche similaire. Ainsi, les prises d’otages des ressortissants britanniques à l’étranger se soldent souvent par un bain de sang, comme dans le cas d’Edwin Dyer, décapité par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) en juin 2009 ou de l’humanitaire Linda Norgrove tuée en Afghanistan, lors d’un raid de l’armée américaine visant à la libérer.
L’Espagne quant à elle, fait partie des pays qui reconnaissent du moins implicitement, payer des rançons aux ravisseurs quand c’est nécessaire comme avec le kidnapping par l’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) de trois humanitaires enlevés en Mauritanie puis retenus dans le nord du Mali en 2009, pour lesquels le gouvernement espagnol a reconnu avoir payé près de 8 millions d’euros. D’autres pays comme l’Autriche et l’Italie auraient également versé des rançons en 2009 et 2010, pour obtenir la libération de leurs otages au Sahel. Attitude que beaucoup de pays à l’instar de la France, dénoncent car pour eux, accepter de payer la rançon aux ravisseurs constitue une invitation à continuer à enlever et à faire chanter les pays occidentaux.
Pour autant, la France a tout de même la réputation de faire beaucoup pour libérer ses ressortissants, jusqu’à payer de rançons en dépit de ce qu’affirment son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent. Ainsi, en avril 2008, le gouvernement français avait bel et bien payé une rançon pour obtenir la libération de 30 otages d’un voilier de croisière, le Ponant, retenu par des pirates somaliens même s’il y a eu ensuite une intervention des forces spéciales qui a d’ailleurs permis en plus de la capture de six pirates, de récupérer une partie de la somme versée. Selon le journal britannique Times, la France, l’Allemagne et l’Italie auraient globalement versé 45 millions de dollars pour la libération de leurs ressortissants en Irak.
Ainsi, la France aurait à elle seule déboursé pas moins de 15 millions pour les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, libérés en décembre 2004 après 124 jours de détention contre 10 millions de dollars pour la journaliste Florence Aubenas libérée en juin 2005 après 157 jours de détention. En outre, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le service de renseignement extérieur de la France, dispose officiellement de fonds spéciaux votés par le parlement français (53,9 millions d’euros pour l’année 2011) destinés à payer la rançon dans ce type d’opérations. Cependant, selon les circonstances, l’État français adopte parfois une approche musclée face aux preneurs d’otages. On a pu le constater avec l’exécution de Michel Germaneau, cet ingénieur français à la retraite pris en otage en avril 2010 dans le nord du Niger et exécuté par l’Aqmi trois mois plus tard, en représailles à un raid militaire franco-mauritanien au Mali, ou encore la mort de deux jeunes français au Niger, le 7 janvier 2011, tués lors d’une opération de libération menée par les services français. Tous ces exemples montrent clairement la difficulté pour les pays occidentaux de définir une doctrine ferme sur cette question de prise d’otage.


























