Marie-Claude Fafard - Parquet, mobilier, accessoires déco…les essences exotiques sont prisées à travers le monde, l’Europe étant la principale consommatrice. En 2009, l’industrie du bois amazonien a représenté un marché de 2,5 milliards $, selon une étude d’Imazon et du service forestier brésilien.
Cependant, une grande partie de ce bois est issu de récoltes illégales, contribuant à la destruction des forêts tropicales, abritant pourtant une importante biodiversité et contribuant à l’équilibre de la planète.
Selon l’ONU, il y aurait chaque année entre 350 et 650 millions de m3 de bois illicite, représentant entre 20 à 40% de la production mondiale de bois industriel. Et des spécialistes estiment qu’entre 40% et 60% du bois provenant d’Amazonie est illégal. Par ailleurs, le World Wildlife Fund (WWF) rapporte qu’en 2006, l’UE a importé quelque 30 millions de m3 de bois et de produits dérivés d’origine illégale, principalement de Russie, Chine et Indonésie. Greenpeace dénonce aussi le fait que des quantités de bois illégal proviennent d’Afrique, notamment de la République démocratique du Congo et du Gabon.
Pourtant, les « poumons de la terre » captent 34 % de tout le carbone absorbé par les écosystèmes terrestres, révèle une récente étude internationale à laquelle ont participé des chercheurs québécois et canadiens publiée dans la revue Science. La forêt tropicale vient en tête de lice des écosystèmes les plus efficaces devant les savanes (26 %), les terres cultivées (12 %), les forêts tempérées (8 %), les forêts boréales (7 %), les déserts (5 %) et la toundra (1 %). Véritables puits de gaz à effet de serre, ils capturent chaque année ensemble entre 115 et 131 milliards de tonnes de carbone atmosphérique via le processus de la photosynthèse, précise l’étude.
Afin de lutter contre « l’asphyxie » de la Terre, l’Union européenne vient d’adopter une loi qui interdira d’ici deux ans sur son territoire le commerce illégal du bois sous peine de sanctions. Cette mesure, similaire à celle adoptée aux États-Unis en 2008, vise notamment les importations du Brésil, d’Afrique centrale, d’Asie du Sud-Est, l’Indonésie et de la Russie.
Selon l’AFP, la loi prévoit que les importateurs de bois ou de produits dérivés sont tenus de « faire diligence » pour s’assurer de la légalité de leurs importations. Afin de connaître l’origine du bois abattu, elle impose aussi aux opérateurs qui suivent dans la chaîne d’approvisionnement d’indiquer à qui ils ont acheté les produits et à qui ils les ont revendus.
Dans le domaine de la traçabilité à la fine pointe de la technologie, mentionnons l’exemple du Libéria qui compte sur l’industrie du bois pour sa reconstruction. Dans un effort de conservation de ses forêts pillées durant la guerre civile qui a pris fin en 2003, on pratique dans cet État d’Afrique de l’Ouest classé parmi les plus pauvres du monde, l’étiquetage électronique des arbres. Similaires à des codes-barres collés aux produits de supermarché, ces étiquettes intelligentes attachées à chaque arbre doivent permettre de suivre le bois, de sa coupe en forêt jusqu’à son embarquement au port.
Rappelons qu’en 2006, le tribunal de La Haye avait ainsi condamné à huit ans de prison un négociant néerlandais en bois pour avoir vendu des armes au régime de Charles Taylor, ex-président libérien, en échange de l’exploitation de lucratives concessions de bois exotique. La nouvelle présidente élue fin 2005, Ellen Johnson Sirleaf, a fait annuler les anciennes concessions. Cet effort du gouvernement pour reprendre le contrôle des forêts a amené l’ONU a lever en 2006 son embargo sur le bois libérien.
Le texte adopté par le Parlement européen précise que l’État assigné pour sanctionner les contrevenants, pourra prendre en compte l’ampleur du dommage environnemental, la valeur du bois ou le manque à gagner fiscal pour déterminer ces sanctions. Sont également suggérées, la saisie du bois et des produits dérivés concernés, voire la suspension immédiate de l’autorisation d’exercer une activité commerciale.
Une loi qui, espérons-le, encouragera les commerçants à s’approvisionner en bois exploité dans un souci écologique, et l’industrie forestière, à adopter une gestion responsable des ressources forestières.
À plus petite échelle, le consommateur peut de son côté faire sa part en exigeant auprès des commerçants que le bois acheté soit géré de façon durable. On peut rechercher le sceau du FSC (Forest Stewardship Council) et de la SFI (Sustainable Forestry Initiative), deux certifications internationales délivrées par des organisations indépendantes, qui garantissent aux acheteurs que le bois provient d’une forêt exploitée selon des critères écologiques et sociaux. Il y a aussi le PEFC, pour Programme for the Endorsement of Foreste Certification, une ONG internationale qui certifie que le bois a été cultivé et prélevé dans des forêts gérées et exploitées de façon responsable. Plus les consommateurs, mais aussi les architectes et designers, exigeront des bois écologiques, plus les multinationales se sentiront obligées d’obtenir une certification.Parmi les pionniers au Canada, Rona, le plus grand quincaillier au pays, a adopté en 2008 une politique d’approvisionnement uniquement auprès de fournisseurs qui peuvent démontrer que leur bois provient d’une source «légale et durable qui ne contribue pas à la déforestation ».
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