Marie-Claude Fafard - Depuis quelques semaines, l’industrie pétrolière canadienne a lancé ce qui ressemble ni plus ni moins à une vaste campagne de relations publiques en faveur des sables bitumineux. Sans doute un bon moment pour redorer le blason d’une industrie polluante, mais source importante de pétrole, alors que la catastrophe de BP a remis en question l’exploitation pétrolière en haute mer.
Dans les journaux, à la télévision et même sur le Web, la Canadian Association of Petroleum Producers et la Canada’s Oil Sands Producers a diffusé plusieurs publicités vantant les efforts de l’industrie pour limiter l’impact environnemental des sables bitumineux, notamment par le reboisement.
Même la géante pétrolière française Total, qui investi massivement dans les sables bitumineux en Alberta, s’est mise de la partie en menant une campagne auprès des médias montréalais pour expliquer en quoi consiste exactement l’industrie et mettre de l’avant les efforts de Total pour améliorer son bilan écologique. La multinationale, présente par l’entremise de sa filiale Total Exploration & Production Canada, aurait l’intention d’injecter de 15 à 20 milliards $ d’ici 10 à 15 ans en Athabasca dans le but de produire plus de 250 000 barils par jour.
Il est vrai que les sables bitumineux ont mauvaise presse et pour cause : ils rejettent de trois à cinq fois plus de gaz à effet de serre que les pétroles conventionnels, leur exploitation entraîne la destruction de vastes zones de forêt boréale – puisque les sables bitumineux sont situés sous le sol, il faut d’abord raser les arbres et retirer le terreau de surface. Leur extraction nécessite également d’énormes quantités d’eau douce qui se retrouvent souillées. Et une étude de 2009 sur la qualité de l’air et de l'eau le long de la rivière Athabasca et ses affluents menée par des chercheurs de l’Université de l’Alberta montre que les niveaux de pollution ont fortement augmenté depuis que les sables bitumineux voisins sont exploités.
Le hic, c’est que l’Alberta renferme la deuxième réserve mondiale d’or noir. La Canadian Energy Research Institute (CERI) estime que la valeur du bitume et du pétrole brut synthétique produits durant la période 2000-2020 pourrait atteindre plus de 500 milliards $.
On comprend pourquoi le gouvernement canadien investira plus de 25 milliards $ d’ici 2020 pour l’exploitation des sables et que Stephen Harper a rejeté en juin dernier la suggestion de ses fonctionnaires d’éliminer les allègements fiscaux pour l’exploration pétrolière, proposition mise sur la table par les pays membres au dernier Sommet du G20. Ce «plan d’action» du Canada concernant les fossiles combustibles consiste principalement à supprimer progressivement les coûts toujours grandissants pour la production de sables bitumineux.
Pourtant, le gouvernement aurait tout intérêt à redoubler d’efforts pour rendre l’exploitation des sables bitumineux moins polluante car celle-ci entache à l’international l’image du Canada déjà peu verdoyante! Ils ont été la cible de campagne internationale aux États-Unis ou en Europe, où ils sont vus comme des huiles sales alors qu’écologistes et scientifiques ne manquent pas une occasion de rappeler leurs effets néfastes pour la planète.
À l’automne dernier, un groupe environnementaliste nord-américain, ForestEthics, a lancé une vaste campagne pour convaincre les 500 entreprises les plus importantes des États-Unis d’abandonner le pétrole extrait des sables bitumineux. Une action qui n’a pas été sans conséquences puisque deux grandes entreprises américaines, la chaîne de supermarchés Whole Foods Market, propriétaire de 270 magasins d’aliments bio, et le détaillant d’accessoires pour la maison Bed, Bath and Beyond, ont annoncé récemment qu’elles n’utiliseraient plus de carburant provenant des sables bitumineux canadiens sous prétexte qu’il s’agit d’une source d’énergie trop polluante.
En outre, à l’heure actuelle, 17 parlementaires européens pétitionnent pour renforcer les barrières à l’importation du bitume albertain.
Sans compter que les écoulements de bassins de décantation dans les exploitations de sables bitumineux en Alberta font l’objet d’une plainte contre Ottawa, déposée au printemps dernier auprès de la Commission de coopération environnementale (CCE), un organisme de protection de l’environnement établi sous l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).
Le fait que le gouvernement ait décidé de miser sur les sables bitumineux comme source d’énergie plutôt que de développer les énergies renouvelables est une chose. Par contre, il ne peut continuer à nier les dommages collatéraux que cette industrie crée sur l’environnement. Par conséquent, il est dans son intérêt de travailler plus ardemment de concert avec l’Alberta et les compagnies pétrolières pour encourager des méthodes d’exploitation permettant à tout le moins de minimiser ses effets destructeurs sur l'environnement.
Si l’attention est actuellement portée sur la marée noire dans le golfe du Mexique, on assiste ici aussi à ce qui peut ressembler lors d’un survol aérien des terres exploitées au nord de l’Alberta à une « marée noire » terrestre, car 3000 km2 de forêt boréale dans la province auraient été ravagés à ce jour rapporte Greenpeace.
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