Marie-Claude Fafard - Le 17 juin dernier se déroulait la Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse. Pour l’occasion, le premier sommet sur le projet de la « Grande muraille verte » s’est ouvert à N’Djamena, au Tchad, en présence de dirigeants de onze pays du continent africain.
Plus précisément, il s’agit d’une bande de forêts et de pâturages de 15 km de large et s’étendant sur 7000 km d’ouest en est de l’Afrique en traversant le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Nigeria, le Tchad, le Soudan, l’Éthiopie, l’Erythrée et le Djibouti. Il est prévu que cette ceinture de végétation soit constituée d’espèces résistantes aux températures élevées et à la sécheresse. Présentée par le président du Nigéria, l’initiative a été entérinée en 2007 par l’Union africaine (UA) en réponse au problème de désertification et de dégradation des terres pour lequel la Banque mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a tiré la sonnette d’alarme.
L’origine de la désertification provient notamment du changement climatique et d’un déficit pluviométrique récurrent depuis plusieurs années, mais aussi, de l’activité humaine par la déforestation, la surexploitation des terres et les feux de forêts. Ainsi, l’avancée du sable ensevelit les villages, routes, cultures et canaux d’irrigation, ce qui entraîne de considérables dégâts économiques et accroît la pauvreté et l’insécurité alimentaire. Il s’ensuit par ailleurs une perte graduelle de productivité agricole et une dégradation des écosystèmes.
Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) basé à Nairobi au Kenya, la désertification et la perte des terres coûte à l’Afrique de 9 milliards $ par an. Elles menacent par ailleurs environ 46 % de la superficie totale du continent africain abritant pas moins de 485 millions d’habitants, a prévenu en 2009 le ministre tunisien de l’Environnement et du Développement durable, Nadhir Hamada, devant le Conseil d’administration de l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) à Tunis.
Pour aller à terme, le projet a besoin de l’aide financière de la communauté internationale et c’est pourquoi les États africains ont profité du Sommet de Copenhague pour présenter le projet. En pratique, 600 M$ seraient nécessaires sur dix ans pour assurer sa réalisation.
Ce projet est donc d’autant plus le bienvenu que bien peu d’efforts de conservation des forêts dans les pays du Sahel ont été entrepris par rapport au processus de déforestation selon un rapport 2008 du Fonds des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Celui-ci estime que 2 millions d’hectares de zones boisées disparaissent chaque année en Afrique.
Les partisans du projet affirment qu’elle s’avérera aussi utile aux populations et sera économiquement rentable. En entrevue, le Directeur Général de l’Agence du Sénégal pour la Grande Muraille verte a précisé qu’« il ne s’agit pas d’un projet de reboisement ou d’un simple projet écologique, mais du développement d’un écosystème ». En reboisant des territoires abandonnés ou abîmés, et en créant une base économique durable, on espère éviter la migration des populations agraires vers les villes et vers les pays riches.
Les bénéfices escomptés sont le maintien de la production agricole et de l’élevage dans les zones concernées, la création de ressources renouvelables (bois, productions alimentaires, fourrage pour le bétail...) gérées de façon durable et qui permettront aux populations de tirer un revenu des végétaux plantés. C’est sans compter le stockage du carbone.
En revanche, malgré ses bonnes intentions, le projet ne fait pas l’unanimité. Pour Ali Haïdar, le leader de la Fédération des écologistes du Sénégal, ce projet est pour lui une « rêverie pour encore détourner de l’argent ». Par ailleurs, plusieurs paysans grincent des dents et affirment qu’ils n’ont pas été consultés ni impliqués dans la mise en œuvre du projet. Il y aussi de la grogne chez les membres des associations sportives et culturelles des jeunes de Tessekéré qui déplorent que, bien que le chômage sévisse dans leurs rangs, l’État sénégalais ne soit pas allé les recruter pour reboiser.
Quoi qu’il en soit, rappelons que dans les années 70, une bande de filaos, arbres d’origine australienne, a été érigée le long de la grande côte des Niayes au Sénégal afin de protéger le littoral et empêcher l’érosion marine. Aujourd’hui encore, les paysans profitent des bienfaits de cette ceinture verte qui offre une réserve de biodiversité, permettant la culture de légumes. Mais comme ils n’ont jamais été consultés lorsqu’il s’agissait de choisir les espèces d’arbres à planter ni mêlés au processus, la préservation de la bande ne les interpelle pas et elle se dégrade dangereusement.
Ainsi, pour assurer la pérennité de la Grande muraille verte, ses protagonistes auraient intérêt à ne pas oublier les principaux concernés, les écouter et les mettre à contribution.
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