Zachary Richard : contre vents et marée noire

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marie-claude-fafardMarie-Claude Fafard - Cette semaine, mon blogue prend un ton un peu plus personnel en raison d’une cause qui implique un ami qui m’est cher. Jeudi dernier, Zachary Richard a donné une conférence à Montréal à laquelle j’ai assistée. D’une part, il venait dresser un portrait réel de la catastrophe écologique causée par BP en Louisiane et d’autre part, il venait parler de la récente Gulf Aid Acadiana 2010, la fondation qu’il a créée avec deux amis pour venir en aide  en premier lieu aux pêcheurs et familles affectés par la marée noire. Elle contribuera par la suite à restaurer la vitalité écologique et économique du littoral louisianais.

« On est chez nous, il n’y a rien qui marche, ça continue, on est impuissant, on ne peut rien faire, sauf de créer une fondation », a-t-il dit en conférence, dénonçant la situation alarmante dans laquelle se trouvent les habitants de la Louisiane.

Il rage du fait que BP contrôle les opérations de nettoyage. « De simples citoyens qui veulent aider ne peuvent pas. On doit être engagé absolument par BP  pour contribuer au nettoyage ». Il ajoute que le géant pétrolier manipule les informations et son image dans les médias. «Avant la visite d’Obama sur la grande île, l’équipe de nettoyage était composée d’environ vingt ouvriers. Mais le matin de l’arrivée du président, plusieurs autobus avec au total 400 ouvriers se sont amenés sur la plage et sont repartis aussitôt qu’Obama a quitté. »

Ce grand écologiste ne pouvait donc pas rester les bras croisés. Malgré un horaire estival bien rempli, il a décidé de se faire le messager des pêcheurs et des habitants à la voix brisée par un désastre qui bouleverse leur vie, et aussi celle des générations futures.

Les images qu’il a montrées ne sont pas celles de spécialistes de BP affirmant qu’ils tentent de colmater la brèche, ou encore, d’un président qui fustige les responsables de la marée noire, visitant les plages souillées pour constater l’ampleur des dégâts en se voulant rassurant.

Les photos que l’on a vues sont celles d’oiseaux englués de mazout qui ont peine à voler ou qui sont morts sur la plage brunie par le pétrole, d’un immense banc de milliers de poissons morts flottant à la surface, d’une marée noire vue de haut qui traverse les barrières flottantes qui de toute évidence ne sont pas d’une grande efficacité, des bateaux de pêcheurs à la coque souillée d’une substance ressemblant à de la mélasse et convertis en éboueurs de pétrole, d’un huîtrier de père en fils depuis 150 ans au visage dévasté car son gagne-pain est contaminé pour des années, des roseaux baignant dans une marre d’huile…

« Cette image très parlante me touche beaucoup, a-t-il dit la gorge nouée, montrant un couple de pélicans blancs souillés, tentant de nourrir sa progéniture encore intacte. Ces oiseaux n’ont aucune chance de survie. » Nettoyer un seul oiseau prend environ 400 litres d’eau, poursuit-il. Et même si on parvient à nettoyer les malheureux volatiles, les rescapés ne survivent pas toujours. Et selon Zachary, la plupart des biologistes s’entendent pour dire que la solution la plus humaine est d’abattre les oiseaux contaminés qui autrement sont condamnés à une mort lente et terrible.

« Imaginez les conséquences politiques si on abat des pélicans, l’emblème de la Louisiane. Mais on ne parle pas des sternes, des blacks skimmers (il se met à énumérer une liste d’oiseaux marins car Zachary est un véritable passionné d’ornithologie), tous ces oiseaux qui migrent vers la Louisiane, ils sont petits, alors on ne va pas se donner la peine de les nettoyer…»

Zachary nous explique l’origine de la couleur rouille de l’eau, résultat de l’emploi d’environ un million de gallons de dispersant censé dissoudre le pétrole, mais dont tous les biologistes s’entendent pour dire que ce produit est au moins quatre fois plus toxique que le pétrole. « S’il y a une chose qui me choque profondément, c’est l’utilisation des dispersants quand la communauté scientifique est unanimement contre ce processus d’utilisation d’éléments chimiques dont BP refuse de révéler les noms sous prétexte qu'il s'agit d'un secret commercial et qui l’achète d’une de leurs filiales pour pouvoir le vendre à un prix exorbitant à BP (...) »

« Mais y a une chose que les photos ne peuvent pas montrer, c’est l’odeur qui flotte partout. Ça pique la gorge et ça brûle les yeux », a-t-il précisé.

Par ailleurs, il n’y a pas que les conséquences écologiques qui sont désastreuses. Les problèmes d’ordre économique et social à venir aussi. La violence domestique, l’alcoolisme ou même le suicide sont des menaces qui planent de très près sur la communauté louisianaise.

Zachary nous montre une image d’un crevettier converti pour ramasser du pétrole.  « J’imagine ce qu’il y a dans le cœur et dans la tête de ce capitaine de bateau qui recueille du pétrole au lieu de crevettes. C’est un homme quelque part qui est brisé… », a-t-il dit en étouffant des larmes.

Voilà donc que des milliers de pêcheurs en désarroi, qui ont perdu leur avenir, seront obligés de se convertir en bureaucrates pour remplir des formulaires et se rendre dans l’un des 25 bureaux afin d’être dédommagés, alors que tous ne demandent pas mieux que d’être sur leur bateau et de travailler, a-t-il poursuivi. Tout ça pour un chèque d’environ 2720$ en moyenne...

Ce qui complique encore plus les choses, c’est qu’il existe depuis longtemps une complicité entre le monde politique et le pétrole en Louisiane. Le chanteur l’a d’ailleurs compris alors qu’il a tenté, mais en vain, de trouver du financement à Lafayette, sa ville natale, pour organiser des concerts-bénéfices, mais il s’est cogné le nez à des portes closes. La raison à son avis : les possibles contributeurs craignent d’être associés à lui, connu comme un artiste écologiste engagé, et veulent se tenir loin d'un événement qui pourrait dire du mal de l’industrie pétrolière. Et ce, même si Zachary clame que sa fondation est neutre, et qu'elle vise avant tout à soutenir les sinistrés.

Après cette conférence, j’avais la gorge serrée. Je vais saluer ce grand artiste et lui serre la main pour lui signifier ma compassion. « Ça m’attriste beaucoup tout ça, lui dis-je. Qu’est-ce qu’on peut faire?»  « Ne sois pas triste, me répond-il. On a besoin d’espoir et de soutien, surtout lorsque les médias se seront retirés une fois l’affaire calmée.»

Au nom des quelque 250 000 pêcheurs de la Louisiane déchirés qui se retrouvent sans emploi, aux familles dévastées et qui se sentent impuissantes face à une situation catastrophique et qui se demandent quand arriveront les sommes d’argent qui ne pourront jamais pallier les dommages moraux et les conséquences désastreuses futures…Je vous invite à aller visiter le site de la Fondation Gulf Aid Acadiana sur lequel on peut faire un don à www.gulfaidacadiana.com et à joindre l’organisme sur Facebook.

 

Zachary Richard : contre vents et marée noire


 
 
 
 

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