Marée noire : Obama resserre la vis

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marie-claude-fafardMarie-Claude Fafard - En mars 1989, le pétrolier Exxon Valdez s’échouait sur les rochers dans les eaux de l’Alaska, déversant 41 millions de tonnes de pétrole sur 2000 km de côtes. Cinq mois de nettoyage et un milliard de dollars de dépenser plus tard, la compagnie avait jugé qu’il était temps de mettre fin à l’opération de nettoyage, « la nature allant se charger d’éliminer le reste des 38 500 tonnes de brut déversées ». Pourtant, ce n’était pas l’avis  des travailleurs engagés par la compagnie, ni celui du gouvernement de l’Alaska. La compagnie a contre-attaqué par une vaste campagne médiatique pour redorer son image corporative.

Une bataille juridique a été engagée par l’administration américaine, des organisations environnementales et des particuliers ont intenté des procès. Ainsi, 32 000 personnes de la communauté de Cordova ont déposé un recours collectif contre la compagnie Exxon, qui, après avoir été condamnée à payer des dommages-intérêts de 5 milliards $ aux plaignants, a vu le montant réduit à 500 millions en 2008 suite à de multiples appels d’Exxon à la Cour Suprême des États-Unis.

Pourtant, vingt ans plus tard, les conséquences se font encore sentir comme le dénonce le récent film BlackWave, l’héritage de l’Exxon Valdez. Une quantité importante de pétrole s’est enfouie sous le sable, contaminant la chaîne alimentaire, et intoxiquant encore mammifères et oiseaux. La disparition d’espèces de poissons a de plus créé une crise économique pour les pêcheurs, provoquant de graves problèmes sociaux. Le sinistre scénario risque de ne pas être différent pour les victimes de la marée noire causée par BP.

Pour éviter que l’histoire se répète et que les grandes pétrolières ne fassent plus ce que bon leur semble, le président américain Barack Obama a resserré la vis. En premier lieu, le Sénat et la Chambre des représentants américains ont concocté un projet de loi pour relever le plafond des indemnisations à 10 milliards $.  Un montant plus dissuasif que les 75 millions exigés au départ, surtout lorsque l’on est une multinationale qui génère des milliards de profits annuels – ceux de BP ont été de 25,59 milliards en 2008 et de 14 milliards en 2009.  En plus des compensations versées par la société responsable, un fonds du gouvernement fédéral américain permet de couvrir 1 milliard $ de dommages dans le cas d’une marée noire. Ce fonds a été mis sur pied grâce à une taxe de 0,08$ par baril de pétrole qui entre aux États-Unis.

Obama a également été très clair. BP est responsable de la fuite, et doit assumer tous les coûts reliés à ce qui sera « peut-être une catastrophe  écologique sans précédent ». D’ailleurs, une première facture de 69 millions $ US a été présentée par l’administration Obama selon le principe pollueur-payeur inscrit dans la loi américaine. Les moyens mis en œuvre par BP étant jugés insuffisants, c’est l’État fédéral qui a financé dans l’immédiat le déploiement de troupes supplémentaires et a bien l’intention d’être remboursé.

De plus, une enquête civile et pénale a été mise sur pied par le ministre de la Justice américaine, histoire de déterminer s’il y a eu violations des lois sur la propreté de l’eau, sur les espèces menacées, sur les oiseaux migrateurs et sur la pollution pétrolière. Les possibles condamnations serviront aussi à payer les coûts de nettoyage et à rembourser les frais de l’État fédéral.

Par ailleurs, Obama ne s’est pas gêné pour taper sur les doigts de l’entreprise au cours de ses déclarations médiatiques. Il a rappelé notamment les obligations financières de la société envers les victimes de la marée noire dans le golfe du Mexique, au moment où elle annonçait qu’elle pourrait verser 10, 5 milliards $ de dividendes à ses actionnaires. « (…) Cela ne me pose pas de problèmes que BP respecte ses obligations légales (envers ses actionnaires), mais je veux qu’ils sachent qu’ils ont des obligations morales et légales ici dans le Golfe », a dit Obama. Ce dernier a également fustigé BP d’avoir «acheté pour 50 millions de dollars d’espace publicitaire télévisé pour gérer son image pendant ce désastre ».

Un ton sévère essentiel et stratégique pour le chef de la Maison Blanche au moment où un sondage ABC News/Washington Post révèle que 69 % des Américains ont une mauvaise opinion de la réaction de l’administration du président Barack Obama.

Quoi qu’il en soit, la négligence et l’arrogance de BP risquent de lui coûter très cher. Le patron de BP estime les coûts de nettoyage à 4 milliards $ d’ici la fin de l’année – l’entreprise dispose d’une trésorerie comprise entre 6 et 8 milliards $ en 2010. C’est sans compter les poursuites qui s’empilent déjà sur les bureaux des avocats.

Décidément, les temps ont changé depuis les années 70, et l’intransigeance sans précédent des États-Unis envers les grandes pétrolières fautives pourrait probablement avoir un effet boule-de-neige sur les autres pays en cas d’autres catastrophes écologiques. La dolce vita des grandes pétrolières serait-elle révolue?

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