Des semences transgéniques : un cadeau empoisonné ?

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Marie-Claude FafardMarie-Claude Fafard - Au début du mois de mai, la firme américaine de biotechnologie Monsanto, premier producteur mondial d’organismes génétiquement modifiés (OGM), a annoncé un don à Haïti de 475 947 kilos de graines hybrides de maïs et de légumes.

Ce n’est pas la première fois que l’entreprise fait un tel « don » à des pays en développement. Alors que le Malawi est frappé par une terrible sècheresse en 2004, la société fait cadeau l’année suivante de 700 tonnes de « semences de maïs hybride de premier choix » aux agriculteurs de cet État d’Afrique australe. Ce geste humanitaire a permis du même coup à Monsanto de faire une percée en Afrique sub-saharienne.

Le don de semences est aussi une méthode utilisée par Africa Bio, un important consortium pro-OGM formé par des firmes privées ainsi que plusieurs institutions de recherche et des producteurs, qui fait pression sur les autorités publiques en faveur de la biotechnologie. Les semences sont offertes la première année afin de permettre aux agriculteurs de financer l’achat de semences l’année suivante grâce aux revenus de leurs récoltes.

Derrière ces gestes philanthropiques se cache une stratégie de marketing de la part des grandes sociétés d’OGM pour conquérir de nouveaux marchés, les pays en voie de développement étant une cible idéale. Sont alliées à ce « cadeau » des campagnes publicitaires et d’informations agressives sur les avantages des OGM. Il s’agit d’une solution au problème de malnutrition  avec la production de vitamine A par du riz transgénique par exemple, et permet une autonomie alimentaire en augmentant la productivité avec moins de matériel. En effet, les firmes travaillent à modifier les cultures et augmenter le rendement des graines de sorte qu’elles résistent mieux au climat et aux maladies et parasites tout en nécessitant moins d’arrosage de pesticide. Avec les OGM, finies les famines, les dépenses exorbitantes et les tâches agricoles astreignantes !

En réalité, les agriculteurs se retrouvent les mains liées. Ils doivent payer des redevances à leur fournisseur puisque les semences sont brevetées. Cela signifie que les agriculteurs n’ont pas le droit de réensemencer et doivent racheter des graines à chaque nouvelle saison. Un agriculteur canadien l’a ainsi appris à ses dépens. En 2007, Paul Beneteau a été jugé coupable par la Cour fédérale d’avoir violé les droits de propriété intellectuelle de Monsanto en ayant cultivé, récolté et vendu 55 acres (27,5 hectares environ) de soja Roundup Ready sans payer les royalties rattachées. Ainsi, il a dû payer 160 $ par acre cultivé. De plus, pour maximiser leurs récoltes, les acquéreurs de graines hybrides doivent bien souvent se procurer les engrais et herbicides auprès du fournisseur pour maximiser leurs récoltes – les semences sont modifiées afin que la plante résiste à l’herbicide ce qui permet aux agriculteurs de le répandre sans affecter les récoltes.

C’est sans compter le risque de contamination des champs adjacents par le pollen transporté par le vent. Les producteurs de lin du Canada ont pâti de ce problème alors qu’à la fin de 2009, ils se sont vus privés de leurs marchés d’exportation lorsque leurs cultures se sont avérées contaminées par une variété transgénique non autorisée en Europe ou dans les autres marchés d’exportation (sauf les États-Unis). C’est pourquoi le projet de loi C-474 a été déposé au Parlement. Il exige « avant de permettre la vente de toute nouvelle semence transgénique, que soit menée une analyse du risque potentiel pour les marchés d’exportation. »

Par ailleurs, le fait de jouer avec la génétique et la nature peut déclencher de nouvelles résistances chez les parasites. Le cas de la culture du coton Bt de Monsanto, introduit dans neuf États indiens en 2002, est un bon exemple. La société a avoué huit ans plus tard son échec alors que des vers roses de la capsule du coton, un parasite qui nuit aux récoltes de l’or blanc, sont devenus résistants à la toxine produite par ce coton modifié génétiquement.

En Afrique, la culture du coton, riz, soya et maïs transgénique commence à se répandre. Ainsi, sous l’impulsion de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), huit pays africains producteurs de coton (Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana et Togo) ont décidé en 2006 d’en promouvoir sa culture par la création d’un Centre régional de biotechnologie. Le Burkina Faso a annoncé récemment l’ensemencement de 80% des surfaces en coton transgénique. Quant à l’Afrique du Sud, selon un rapport de l’International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (ISAAA), elle occupait en 2009 la 8e position des pays ayant le plus cultivé de PGM avec 2,1 millions d’hectares.

Les enjeux sont de taille pour le continent africain et aucune étude scientifique à ce jour n’a pu prouver l’innocuité des OGM pour la santé publique et la biodiversité. Et la technologie des OGM n’est visiblement pas au point. L’an dernier, une récolte des 82 000 hectares de maïs OGM a été condamnée en Afrique du Sud. Monsanto a avoué un problème lors du « processus de fertilisation en laboratoire », qui concernerait un tiers des agriculteurs ayant acheté les semences, ce qui a donné des champs stériles et s’est traduit par des pertes pour les agriculteurs en millions de dollars. À la lumière de ces faits, la prudence est donc de rigueur. En outre, les OGM sont loin d’être une panacée comme le vantent certaines multinationales qui manipulent le vivant tête baissée.

 

 

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