Marie-Claude Fafard - Récemment, 21 sociétés membres de l’Association des produits forestiers du Canada (APFC) et neuf grands organismes environnementaux canadiens ont donné naissance à «L’Entente boréale » après deux ans de négociation. Un accord qualifié « d’historique ».
Concrètement, les compagnies de bois doivent suspendre toute nouvelle coupe d’arbres sur près de 29 millions d’hectares de forêts intactes, ce qui va permettre de protéger des espèces vulnérables comme le caribou des bois ou le carcajou (glouton). Les producteurs de bois promettent également de respecter les normes les plus strictes en matière de coupe d’arbres sur le reste du territoire concerné.
En échange, les groupes écologistes, dont Greenpeace et la Fondation David Suzuki, suspendent leurs campagnes de boycottage lancées contre les producteurs de bois, promettant même de soutenir leurs efforts sur la scène internationale.
Une bonne nouvelle en apparence. Pas tant que ça, selon l’organisme québécois l’Action boréale en Abitibi-Témiscamingue (ABAT), qui lutte pour la sauvegarde de la forêt boréale. Son co-fondateur, le poète-chansonnier Richard Desjardins – son documentaire L’erreur boréale avait ouvert le débat en 1999 en montrant des forêts québécoises ravagées par les coupes à blanc –, qualifie de «genres de Walmart écologiques » les groupes écolos qui se sont entendus avec les entreprises forestières. Il déplore le fait que les groupes locaux – dont l’ABAT qui pourtant connaît de fond en comble le dossier – , les Autochtones et même le gouvernement provincial aient été tenus à l’écart des négociations. Or, l’entente concerne 16 millions d’hectares de forêt québécoise. M. Desjardins pousse la réflexion plus loin. Le sort de la forêt est entre les mains d’une poignée de compagnies forestières et de groupes écologiques, qui est une richesse collective dont personne n’est propriétaire.
Le président de l’ABAT, Henri Jacob, a mis en doute la connaissance exhaustive du dossier de la forêt boréale par des groupes qui ont leur siège social à Toronto. Il s’est aussi étonné aussi du fait que la zone de la forêt boréale définie dans l’entente se rend jusqu'à la baie d’Ungava, «une région nordique où ne se rend pas la forêt boréale », a-t-il indiqué en entrevue. D’autant plus qu’aucun moratoire de coupe n’a été acquis dans la région de Val-d’Or où se trouve le troupeau de caribous des bois le plus menacé au Québec.
Autre crainte de la part de l’ABAT : l’entente dans sa forme actuelle ne prévoit pas la réduction par les compagnies de l’intensité de leur récolte globale même si elles conviennent de moratoires de coupe dans certains territoires.Conclusion : ce qu’elles ne couperont pas d’un côté, elles le récolteront ailleurs, empiétant sur d’autres aires protégées ou non.
De son côté, le gouvernement du Québec n’est pas de cet avis. Il a au contraire salué l’accord tout en rappelant qu’il a amorcé un plan de redressement de ses populations de caribous forestiers il y a deux ans : «Alors, notre leadership, on l’a déjà exercé», s’est défendue la ministre des Ressources naturelles Nathalie Normandeau.
Et pourquoi l’entente ne se limite-t-elle qu’à trois ans? C’est bien peu pour élaborer et mettre en place les 60 objectifs de conservation prévus. Et après 2013, cela signifie-t-il que les compagnies pourront réapparaître avec leurs machines et recommencer leurs activités sur ces territoires qui ne seront alors plus protégés?
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