Marie-Claude Fafard - Voilà maintenant 28 jours, soit depuis le 20 avril, que l’une des plateformes pétrolières exploitées par le groupe britannique BP fuit dans le golfe du Mexique des suites d’un flux d’hydrocarbures qui a remonté, causant une explosion suivie d’un incendie. Depuis, il s’est déversé jusqu’à ce jour l’équivalent de 75 piscines olympiques de pétrole dans l’océan. Mais des experts estiment que ce volume serait 5 à 20 fois supérieur en raison notamment de la découverte par des scientifiques américains d’énormes nappes de brut à grande profondeur.
La véritable raison de ce désastre? De la pure négligence des exploitants pétroliers qui ont préféré se remplir les poches et pratiquer le déni en ne tenant pas compte du problème potentiel de fiabilité à grande profondeur signalé par le sous-traitant Transocean, qui exploitait la plateforme pour BP. En plus d’avoir négligé de prendre des mesures de prévention, aucun plan de mesure d’urgence extrême pour faire face à ces catastrophes n’a été élaboré.
Selon l’organisation Center for Public Integrity basée à Washington, les raffineries de pétrole exploitées par BP aux États-Unis ont enregistré un nombre record de violations des règles de sécurité. Ainsi, deux raffineries de BP cumulent à elles seules quelque 97 % de toutes les violations relevées par les inspecteurs américains dans ce secteur au cours des trois dernières années.
Cela signifie quoi ? D’une part, que les sociétés pétrolières toutes puissantes ont fait ce qu’elles voulaient en violant des lois en matière d’environnement et de sécurité, d’autre part, qu’il y a eu un laxisme flagrant de la part des autorités qui savaient que les compagnies pétrolières agissaient comme bon leur semble sans mettre en place un encadrement indépendant de l’industrie.
Une négligence qui cause de lourds dommages écologiques se traduisant par la mort de dizaine d’espèces d’oiseaux et de mammifères marins, mais aussi par la perte de poissons, de larves et d’invertébrés. La marée noire met aussi en péril l’existence des marais que les experts qualifient de « pouponnière animale », à un moment où oiseaux, tortues et mammifères donnent naissance à leurs petits. Pis encore, si elle atteint les marécages, elle sera impossible à nettoyer. Déjà, elle a touché la réserve naturelle aux îles Chandeleur en Louisiane.
Les séquelles sont aussi d’ordre économique. Selon des analystes de la firme d’investissement Bernstein, l’industrie touristique et la pêche des quatre États touchés, soit la Louisiane, l’Alabama, le Mississippi et la Floride, pourraient subir des pertes de 5,5 milliards $.
Alors que la société Transocean, propriétaire de la plate-forme, l’exploitant BP America et Halliburton, auteur du coffrage en ciment du puits et la fabrication d’un bouchon temporaire, se renvoient la balle devant le Sénat (personne ne veut payer la facture estimée entre 3,5 milliards et 30 milliards de dollars !), le gouvernement de Barack Obama a entrepris le dépôt de divers projets de loi pour éviter à nouveau le pire.
Il a mis en avant la création d’un organe de surveillance indépendant du secteur pétrolier qui sera chargé de garder un œil sur des installations pétrolières, notamment des plateformes en mer. Il souhaite aussi relever le plafond des indemnisations dues par les compagnies pétrolières en cas de dommages économiques de 75 millions à 10 milliards de dollars.
Un autre projet de loi sur le climat, très attendu au Sénat américain, a par ailleurs été modifié sur la question de forage en mer. Ainsi, les États côtiers disposeront d’un droit de veto pour tout projet d’exploitation qui se situera à moins de 120 km de leurs côtes. De plus, Obama a annoncé une révision du processus d’autorisation des forages pétroliers. Car selon le Centre pour la diversité biologique, le Service de gestion minier (MMS) des États-Unis aurait autorisé les forages dans le golfe du Mexique sans permis requis conformément aux directives sur les espèces menacées et la protection des mammifères marins.
Des initiatives qui auraient intérêt à faire leur chemin au Canada, alors que la direction de la compagnie pétrolière Chevron Canada annonçait récemment le début du forage du plus profond puits de pétrole offshore au Canada, le Lona O-55, à environ 430 km au nord-est de St John’s, au large de Terre-Neuve et qui sera creusé à un endroit où les eaux atteignent plus de 2,5 km, selon le quotidien Globe and Mail. La ministre des ressources naturelles de Terre-Neuve-et-Labrador, Kathy Dunderdale, a tenté de rassuré la population en déclarant à la CBC News : « (…) À ce stade, nous avons l’assurance qu’il n’est pas imprudent de continuer à forer dans le Bassin Orphan (...) S’il y a d'autres mesures que nous pouvons prendre pour offrir des garanties aux habitants de la province, sur nos activités offshore, nous le ferons ». Le Premier ministre de la province, Danny Williams, a promis quant à lui de recruter un expert indépendant pour superviser le forage…Faut-il le rappeler, deux importants accidents ont eu lieu sur la plateforme Hibernia, au large de Terre-Neuve, en 1982, et près de l’île de Sable, en Nouvelle-Écosse, en 1984.
Car la prévention vaut plus que toutes les sommes astronomiques dépensées pour réparer les pots cassés. La preuve, Exxon Valdez, responsable d’un déversement en 1989 de 41 tonnes de mazout au large de l’Alaska avait beau payer 4,3 milliards en nettoyage et en frais légaux, 20 ans plus tard, du mazout est toujours collé aux rochers, des espèces animales ont été décimées et il flotte une amertume parmi la communauté de pêcheurs ruinés qui tente de remonter l’économie locale jadis prospère avant ce jour fatidique.
Marie-Claude Fafard
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