Marie-Claude Fafard - À l’heure où la demande énergétique mondiale est en pleine croissance et que le changement climatique est un réel problème, le regard de plusieurs pays est maintenant tourné vers le biocarburant. Ainsi, une trentaine d’États africains se sont lancés dans la production de ce nouveau combustible vert produit à partir de végétaux, selon l’Association africaine des producteurs de biocarburants (AAPB).
En Afrique du Sud, la firme Ethanol Africa veut ouvrir huit usines de bioéthanol en 2010. La compagnie souhaite investir également en Angola, en Zambie, en Tanzanie et au Mozambique pour produire du biocarburant à partir du maïs et de la canne à sucre. Le Sénégal, tout comme le Mali, s’est de son côté mis à la culture de jatropha, un arbuste originaire du Brésil poussant en milieu aride, dont les graines non comestibles produisent une huile s’apparentant au diésel. Au Zimbabwe, qui fut pionnier en Afrique en matière de production des biocarburants issus de la canne à sucre dès le début des années 80, l’intérêt pour le végétal est tel que 60 000 hectares ont été plantés l’an passé. L’Ile Maurice mise sur la canne à sucre tandis que le Cameroun produit déjà son biocarburant à partir de l’huile de palme. Le Nigeria s’est, quant à lui, lancé dans la production de bioéthanol à partir du manioc. En résumé, le continent vit une véritable ruée vers l’or «vert» !
Une bonne chose si l’on considère que cette industrie permet d’accroître l’indépendance énergétique des pays africains qui en produisent en plus de générer des revenus en exportant vers les principaux consommateurs, dont leur plus proche voisin, l’Union européenne. D’autant plus que la consommation mondiale de biocarburant est estimée à 15,5 millions de tonnes/an avec une tendance à la hausse. C’est aussi une alternative qui contribue à réduire les émissions de dioxyde de carbone et de surcroît à créer de l’emploi en milieu rural.
En revanche, plusieurs voient dans l’augmentation de la consommation du biocarburant un effet pervers. Aux États-Unis, la production d’éthanol, biocarburant issu du maïs, a déjà absorbé 20 % de la culture de cette céréale qui constitue la base de beaucoup de populations pauvres. Cette tendance est grandement responsable de la baisse mondiale de l’approvisionnement des graines, et par conséquent responsable de l’augmentation des prix. Au Mexique, avec l’explosion du marché de l’éthanol, la quantité de maïs disponible pour l’alimentation animale et humaine a diminué et cette raréfaction a provoqué une augmentation du prix du maïs estimée à 67% en 2007.
C’est sans compter les conséquences environnementales néfastes des pesticides souvent pulvérisés dans les champs des cultures, la contamination de l’eau dans les milieux aquatiques provoquée par le phosphore et l'azote des engrais chimiques utilisés et la déforestation pour créer des lots à cultiver.
Autre bémol : les terres, souvent arables, sont sacrifiées pour les biocarburants. Comme de plus en plus de terres sont rachetées pour la production à grande échelle, les petits exploitants cèdent leur lot et, du même coup, leur moyen de subsistance. Une étude sur les biocarburants au Sénégal, publiée début 2009 par les ONG Wetlands International et Action-aid, a estimé que le développement des biocarburants pourrait à terme menacer les cultures vivrières. Or, selon l’ONG Oxfam International, la crise alimentaire menace plus de 10 millions de personnes en Afrique.
Sans tourner le dos aux agrocarburants, il est sage que les chefs d’État s’impliquent dans la gestion de cette industrie florissante. La 2e Conférence internationale sur les biocarburants de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui a eu lieu à l’automne dernier, recommande le lancement de politiques d’autosuffisance alimentaire en parallèle à des stratégies de développement des agrocarburants. En outre, l’utilisation des surplus et des résidus végétaux (bois, bagasse de canne à sucre, etc.) pour produire le biocarburant ne menace pas les cultures vivrières. Miser sur la culture de la Jatropha Curcias semble aussi une bonne option puisque cet arbuste originaire du désert pousse sur des terres semi-arides et ne nécessite aucun entretien, donc peu d’arrosage et aucun pesticide. Et surtout, les agriculteurs doivent se méfier de l’opération séduction des Mosanto, Syngenta, Bayer et Dupont de ce monde qui font miroiter des économies de temps et d’argent grâce à leurs semences de soya et de maïs transgéniques. Mais ce serait tomber dans le piège d’une autre dépendance…
Marie-Claude Fafard
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